‹ Liberté et socialisme, ou, Discussion des principes de l'organisation duChapitre 20 sur 42 · DE L'AGITATION POUR LA HAUSSE DES SAUIRES · texte numérisé non relu

DE L'AGITATION POUR LA HAUSSE DES SAUIRES

Depuis quelques mois les ouvriers d'un grand nombre de corps d*état se sont agités à Paris pour obtenir une augmentation de salaires. Ce mouvement, qui a pris des formes très-variées et abouti à des résultats très-divers, gagne les départements et s'étendra probablement sur toute la surface de la France. C'est un grand événement économique digne d'être signalé à l'attention spéciale des lecteurs du journal.

Quelle a été l'origine et la cause de ce mouvement? La nouvelle loi sur les coalitions sans aucun doute. Les ouvriers ont voulu voir par expérience la portée de cette loi, savoir exactement ce qui leur était désormais permis et ce qui leur était défendu et jusqu'à quel point ils pouvaient satisfaire d'immenses aspirations avivées par les soufErances que leur cause, dans Paris, le haut prix des loyers et de la viande, et le déplacement de leurs logements. On leur a dit qu'ils venaient d'acquérir une liberté nouvelle, un peu soumise au bon vouloir de ia police, du ministère public

* Journal da Économistes de Décembre, 1864.

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et des tribunaux : ils ont voulu reconnaître jusqu'où s'étendait cette liberté et quelle était la mesure de ce. bon vouloir. En cela ils ont eu parfaitement raison» caria liberté est peu de chose lorsqu'elle reste ensevelie dans le BuUetin des lois; il n'y a de réelle et de vivante que la liberté dont on fait usage chaque jour.

Ajoutons que, d'après ce que nous avons appris de ee grand mouvement des salaires, il a montré généralement un caractère très-satisfaisant pour les amis de la liberté. A part quelques pétitions malencontreuses adressées au préfet de la Seine pour lui demander la fixation de certains salaires, à part quelques publications regrettables faites par certains journaux, toutes ces réclamations, qui ont agité tant de familles et qui touchaient à de si immenses intérêts, ont été présentées et débattues à l'amiable, de la manière la plus franche et la plus pacifique entre les ouvriers et les patrons. Tout au plus est-on allé jusqu'aux menaces de grève et quelquefois à des grèves partielles, sans irritation ni violences de fait ou même de paroles. Si toutes les discussions n'ont pas attesté de la part des ouvriers et des patrons une connaissance précise de leurs droits et devoirs réciproques, elles en ont attesté le sentiment, et la liberté des uns et des autres a été généralement reconnue et respectée.

Bien que le mouvement ait pris son point de départ dans une pensée et dans une situation générales, il s'est spécialisé dans chaque corps d'état, ce qui atteste un progrès notable sur les idées d'un autre temps. Quoi que l'on puisse dire et penser de la situation respective de l'ouvrier et du patron, il est clair qu'elle n'est pas la même dans les

divers corps d'état» ni même dans les divers services qui appartiennent au même corps d'état. Il est clair que si les ouvriers dont l'ouvrage est plus demandé peuvent à bon droit et avec succès réclamer une augmentation de salaire, ceux dont le travail est moins demandé ne le peuvent pas également. Or, il est bien rare, s'il n'est pas inouï, que tous les corps d'état se trouvent en même temps en égale prospérité : il existe au contraire des inégalités plus ou moins mobiles, mais toujours très-nombreuses, qu'on oe saurait méconnaître dans les mouvements de ce genre sans échouer complètement. Les ouvriers n'en ont pas toujours tenu compte suffisamment et c'est là ce qui explique quelques insuccès partiels, mais ils en ont tenu compte beau* coup plus que dans les anciens mouvements de ce genre, ce qui explique le succès qu'ils ont obtenu dans un grand nombre de cas, par l'élévation du salaire ou par une réduction du nombre des heures de travail.

Il ne nous appartient pas d'entrer dans l'exposé détaillé des réclamations qui se sont élevées et des solutions qu'elles ont obtenues : ce serait un travail difficile, toujours incomplet et peut-être plus dangereux qu'utile. Nous croyons préférable de rappeler les principes de la matière, qui ont été souvent méconnus dans les discussions, parles patrons, par les ouvriers et surtout par les journaux qui, en même temps qu'ils négligeaient des expositions de doctrine très-'opporlnnes, ont prétendu intervenir là où Ils n'avaient que faire. Ensuite nous examinerons et nous dis^ cuterons quelques-unes des aspirations des ouvriers, telles que nous les trouvons exposées dans le rapport des délégués à rexpositi<>n de Londres.

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Tous les rapports des patrons et des ouvriers, tout l'arrangement de Tindustrie moderne, sont fondés sur la li« berté du travail et sur celle des échanges qui en est la conséquence. On a prétendu flétrir cet arrangement que Ton comprenait peu, en le qualifiant d'abord de « concurrence anarchique, » ensuite « d'organisation anglaise du travail. » Il est évident cependant que rien n'est moins anarchique qu'un arrangement qui constitue un pouvoir coactif plus fort que tous les pouvoirs politiques connus. Lorsqu'on a qualifié la liberté du travail a d'organisation anglaise, » on a fait à TAngleterre plus d'honneur qu'elle n'en méritait. En effet, cet arrangement est sorti du développement spontané de la civilisation chez toutes les nations chrétiennes. L'Angleterre a eu seulement la gloire de le reconnaître et de le respecter mieux que d'autres pays. Mais laissons de côté ces vieux cris de guerre d'un temps d'ignorance et de préjugés qui tendent chaque jour à s'effacer.

Le travail étant libre et la propriété reconnue, chaque chef de famille est responsable de la satisfaction de ses be-* soins et de ceux des siens, satisfaction qu'il ne peut obtenir que par la vente de son travail musculaire, ou intellectuel, ou d'épargne. Naturellement, il cherche à vendre ce travail le plus cher possible et doit s'occuper sans cesse de lui trouver les emplois les plus avantageux.

Sous l'empire de ce principe, l'industrie a pris un arrangement assez général et uniforme. Certains individus se

sont chargés de prévoir les objets dont les consommalcurs avaient besoin, de se procurer les capitaux et le travail nécessaires pour la fabrication de ces objets. Ces individus, que nous appelons entrepreneurs et auxquels les ouvriers ont conservé le nom de patrons j traitent, d'une part, avec les capitalistes» d'autre part, avec les ouvriers dont ils ont besoin, aux meilleures conditions qu'ils peuvent. Eux seuls, entrepreneurs, courent les risques de plus-value ou de moins-value des objets qu'ils offrent sur le marché et s'engagent à payer, aux capitalistes, un intérêt, aux ouvriers, un salaire fixe, quels que soient les résultats de l'entreprise.

Dans cette situation, it est évident que le bénéfice de l'entrepreneur, Tintérét du capitaliste et le salaire de l'ouvrier dépendent, en définitive, de la demande des produits. Les variations de cette demande portent d'abord sur Teutrepreueur, ensuite et inévitablement sur le capitaliste et l'ouvrier .

Laissons là le capitaliste dont il n'est pas question en ce moment. L'ouvrier se trouve, en définitive, associé à TeDtrepreneur, sous la direction de celui-ci; mais l'un et l'autre dépendent en définitive du consommateur, de celui qui demande les produits de l'entreprise sur le marché et leur donne une valeur plus ou moins élevée. L'entrepreneur, comme l'ouvrier, n'a d'autre rémunération que celle qui résulte de la vente des produits.

Si ces produits baissent de prix et sont peu demandés, les bénéfices de l'entrepreneur baissent ou disparaissent et il ne peut plus employer le même nombre d'ouvriers au même prix. Dans le cas contraire, ses 'bénéfices aug-

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