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SITUATION DE L'INDUSTRIE PARISIENNE

réduction de salaires. Ce que les uos et les autres ont de mieux à faire, dans leur intérêt comme dans Vintérét public, c*est d'étudier les faits et les circonstances avec beaucoup de soin, et d'apprécier froidement Tétat du marché, pour agir ensuite selon leurs convictions. Mieux vaut cent fois s'entendre dès le premier jour, sans lutte ni perte de temps, ni suspension de travail; mais, si on ne le peut, si les appréciations sont contraires, il n'y a d'autre arbitre que la force, c'est-à-dire la suspension de travail ou le retrait d'emploi. C'est une vérité évidente qu'ouvriers et patrons doivent s'empresser de reconnaître. Le jour où il la comprendront parfaitement^ ils comprendront mieux aussi ce qu'il y a de commun dans leurs intérêts, et tout le mal que causent aux uns et aux autres les dissensions d'atelier ; ils discuteront plus froidement ce qu'il y a d'opposé dans les mêmes intérêts, et leurs relations en général deviendront meilleures.

If** 8. — ttltaMion de l'Indaitrle parlileMme.

L'industrie parisienne traverse à petit bruit, mais plèniblement, une crise fort grave qui, dit-on, commence à préoccuper l'administration. Cette crise a eu pour point de départ l'agitatiqn relative aux salaires, coïncidant, pour un grand nombre de métiers, avec un ralentissement de la demaqde. Les souffrances s'étendent à mesure que, le mouvement des salaires se généralisant, de nouveaux corps d'états se mettent en grève, et obtiennent généralement.

en même temps qu'une hausse de salaire, une réduction d'emploi, f

Cette situation est le résultat de causes complexes que nous avons plusieurs fois essayé de signaler et de toucher, sans conclure d'ailleurs, puisque c'est l'affaire des principaux intéressés. Nous essaierons de continuer ce travail aussi ingrat que difficile, intéressant à cause du grand nombre de familles qui souffrent de toute erreur commise, et à cause de l'avenir de l'industrie parisienne, mais dans lequel on est exposé à froisser des susceptibilités fort vives.

Cependant il convient de dire autant que possible à tout le monde ce que l'on croit être la vérité, surtout si, comme on nous l'assure, on conseille à l'administration de parer aux difficultés de la situation par un redoublement d'activité dans les travaux publics de la ville de Paris.

Ouelle a été la cause première de la crise? Le mouvement des salaires, dit-on, et nous en convenons dans une certaine mesure ; mais ce mouvement lui-même n'est pas le résultat d'une pure fantaisie. Sans doute les ouvriers, voyant s'abaisser les barrières légales qui les avaient empêchés de défendre leurs intérêts à leur convenance, se sont empressés d'user de la liberté qui leur était accordée. Il est vrai encore qu'ils ont apporté dans leurs réclamations plus d'ardeur que de réflexion ; il est vrai surtout que, le droit de réunion leur manquant, ils n'ont pas pu se livrer à des délibérations et discussions publiques qui auraient pu les éclairer*. Mais qui oserait dire qu'ils se sont émus sans motifs très-sérieux?

Est-il vrai, oui ou non, que les conditions de la vie

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matérielle ont changé depuis quinze ans pour les habitants de Paris en général, et pour les ouvriers en particulier?

Est-il vrai que la vie matérielle enchérit chaque jour, et que ]es ouvriers, repoussés hors des quartiers qu'ils habitaient autrefois, sont réduits à se loger chèrement, souvent à de grandes distances de leurs travaux? Oui, sans aucun doute.

Il n'est pas moins évident que ce changement dans la condition des ouvriers est dû surtout à la rapidité avec laquelle ont été poussés les travaux d'embellissement de Paris, puisque ces travaux avaient pour effet de réduire le nombre des anciens logements d'ouvriers, en même temps qu'ils appelaient à Paris un grand nombre d'ouvriers du dehors?

L'ouvrier, ne pouvant plus vivre avec son ancien salaire, a été poussé par ses besoins de chaque jour à demander une augmentation ou à abandonner son métier, etpeutfitre à quitter Paris. Les patrons peuvent-ils toujours accorder cette augmentation? Quelques-uns, les plus forts, le peuvent, mais non les autres. Cependant ils peuvent tenter l'expérience et élever le prix du produit, essayant ainsi de rejeter renchérissement naturel de la maind'œuvre sur le consommateur.

Mais le consommateur acceptera- t-il? Oui, s'il ne peut faire autrement, s'il ne peut obtenir des produits similaires à meilleur marché, ni en Angleterre, ni en Belgique, ni en Allemagne. Là est la question.

Si le consommateur peut obtenir au dehors les produits à l'ancien prix, ou à meilleur marché que le nouveau, il s'adressera au dehors, et la clientèle de l'atelier de Paris

s'habituera à se passer de lui, et cet atelier entrera dans une voie de décadence. Nous ne disons pas que c*est là ce qui arrive : c'est ce qui peut arriver.

Peut-être proposerait-on, en ce cas, de contraindre le consommateur, par des droits de douane, à prendre les produits de Paris. Mais ces lois n'atteindraient que le consommateur français : elles n'auraient nulle action sur l'étranger, et l'étranger est un grand consommateur des articles de Paris.

Supposons que quelques millions de commandes en meubles, voitures, harnais, chapeaux, etc. soient retirés à Paris et portés ailleurs par les deux Amériques. Ne faudrat-il pas dans ce cas qu'un certain nombre de patrons et d'ouvriers renoncent à leur état? Y a-t-il une puissanre humaine qui puisse l'empêcher? Non, évidemment. C'est à cela qu'il faut bien réfléchir avant de formuler les de» mandes d'augmentation de salaire. Il n'est pas seulement question de l'intérêt des ouvriers ou de ceux des patrons, il est question de la prospérité ou même de l'existence de l'industrie parisienne.

Ceux qui croient qu'une ville occupera toujours dans rindustrie le rang qu'elle a occupé pendant un certain nombre d'années, sans efforts et par la nature des choses, se trompent beaucoup. L'industrie se déplace assez vite, et plus facilement qu'on ne saurait l'imaginer. Si les commandes faites antérieurement à Paris vont, les unes à Londres, les autres à Bruxelles, les salaires des ouvriers qui peuvent les exécuter s'élèveront dans ces deux villes ; quelques ouvriers parisiens, fatigués de chômages prolongés, pourront aller dans ces ateliers et être suivis par

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