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LES GRÈVES ET LE DROIT 1>E RÉUNION

cette condamnation atteint, nous la regrettons, tout en reconnaissant sa parfaite légalité. Nous désirerions que les coalitions fussent libres h ce point que les tribunaux n'eussent à intervenir que dans les cas de menaces ou violences effectives, lorsque la liberté de l'individu se trouve sérieusement attaquée.

•Cette imperfection de la législatiop actuelle est encore supportable : ce qui Test moins, ce sont les inconvénients qui naissent de l'absence du droit de réunion. Comment s'est organisée la mise en grève de plus de trois mille cochers? c( Quelques jours avant le 15 juin, dit le jugement, des individus, demeurés inconnus, ont fait savoir, dans les diverses stations de Paris, que les cochers cesseraient de travailler le 15, si l'administration n'augmentait pas leur salaire. Dans le même temps, une lettre anonyme fut adressée dans chaque dépôt, à un cocher, pour lui apprendre qu'il était choisi comme délégué, à l'effet de faire accepter, par l'administration, un projet de règlement qui était joint à la lettre. Une plainte était, le 10 juin, envoyée par la poste, au directeur de la Compagnie, au nom des cochers, sans signature, mais avec une liste de dix-neuf cochers, qu'on qualifiait de délégués.

» Ces manœuvres mystérieuses ont suffi pour amener la grève de tous les cochers de place et d'une partie des cochers de remise de la Compagnie, sans que les uns et les autres aient délibéré et se soient concertés sur cette mesure, si grave pour leurs intérêts et pour les intérêts du public. »

Voilà rhistoire de la mise en grève telle qu'elle est juridiquement constatée. Comment ces lettres anonymes ont-

elles été écrites? Est-ce par quelques individus prenant la responsabilité des nominations de délégués et du règlement et affirmant avec audace une délégation qui n'existait pas. Cela pourrait être. Est-ce à la suite d'une délégation furtive, sans entente, ni délibération préalable faite par un certain nombre de cochers? Cela est plus probable. Mais il est certain, comme le dit le jugement du tribund, que les cochers n'ont pas délibéré et ne se sont pas concertés. Us ont obéi à une consigne, à un pouvoir improvisé et réduit à se cacher, à la fois audacieux et timide.

Si toute cette grève, qui a produit tant de bruit et d'effet, avait été organisée par un petit nombre d'hommes hardis, usurpant eux-mêmes et faisant usurper à d'autres, qui ne se seraient pas doutés de la fraude, le titre de délégués, ce serait un grand exemple des abus auxquels peut conduire le défaut de publicité et de liberté. Là où les hommes peuvent se réunir et délibérer au grand jour, ils n'ont pas besoin que la justice vienne les protéger contre des fraudes de ce genre : ils ne reconnaissent pas des délégués qu'ils n'ont pas élus, un règlement qu'ils n'ont pas délibéré et décidé, une grève qu'ils n'ont pas résolue en assemblée générale. Chacun veut entendre et être entendu, savoir de quoi il s'agit au juste, connaître exactement les griefs formulés, les remèdes proposés, les résultats probables de telle ou telle détermination.

Cette disposition des esprits habitués à la liberté écarte les résolutions violentes et extrêmes ; elle écarte surtout les prétentions personnelles des délégués, qui peuvent suffire à rendre toute conciliation impossible. Au contraire, des délégués nommés furtivement, même par un grand Dom-

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