‹ Liberté et socialisme, ou, Discussion des principes de l'organisation duChapitre 30 sur 42 · LES 6R£V£S £T LE DROIT DE RÉUNION · texte numérisé non relu

LES 6R£V£S £T LE DROIT DE RÉUNION

bre des intéressés, se réunissant avec crainte et disposés à déléguer eux-mêmes leur délégation, remettent par le fait les résolutions à prendre aux mains des plus hardis, lesquels songent, d'une part, à s'assurer des avantages personnels pour s'indemniser du péril qu'ils courent, et, d'autre part, à faire usage du pouvoir immense dont ils se sentent investis, de manière à l'essayer et à voir jusqu'où a va.

Tel est le résultat naturel des délégations furtives. Il sera le même tant que les hommes conserveront leurs passions et leurs mobiles d'action. Peu importe qu'il s'agisse d'un corps d'état ou d'un autre, d'un individu ou d'un autre. Il faudrait des saints, ou du moins des hommes autrement organisés que ceux que nous connaissons pour que les choses se passassent autrement.

Mais comment la masse des ouvriers d'un corps d'état obéit-elle? Parce que chaque individu isolé se trouve en présence d'une résolution collective ; il ne peut ni n'ose dire non, quand il croit que tous ses camarades disent oui. Il le peut d'autant moins , que les hommes peu habitués à se réunir et à délibérer, ne savent pas plus contredire que supporter la contradiction; ils obéissent ou commandent, subissent la volonté d'autrui ou lui imposent la leur, le plus souvent sans bien savoir pourquoi. Avec des hommes ainsi préparés, toutes les fraudes, toutes les usurpations de pouvoir sont possibles. Il se passe entre eux, en petit, ce que l'histoire nous montre en grand dans les empires absolus, lorsque deux simples soldats, comme le dit Tacite, se mettent en tête de faire un empereur et le font.

La situation légale où se trouvent les ouvriers, quant aux

'lOG APPENDICE.

coalitions, et les habitudes qu'ils ont, eux et leurs patrons, contractées sous la législation dure et injuste par laquelle ils ont été si longtemps opprimés, donnent lieu de craindre que, dans les discussions relatives aux salaires, les résolutions impérieuses et extrêmes, fatales aux intérêts de tous, soient adoptées de préférence. Quelle qu\iit été jusqu'à présent la modération avec laquelle les difficultés de ce genre ont été discutées, on a eu lieu de regretter plus d'une fois des résolutions qui n'avaient pas été mûries par une délibération publique et libre.

Il est regrettable que Ton persiste à confondre chez nous la réunion et le club ou société politique avec organisation permanente. Il y a certainement de bonnes misons à invoquer contre le club tel que nous l'avons connu, et ce qu'on peut dire de mieux en sa faveur, c'est qu'il ne tiendrait pas longtemps sous un régime de liberté étendue. Mais la réunion temporaire pour un objet déterminé est chose trè;sdistincte et très-différente du club proprement dit : elle sert et ne peut nuire.

Voici un corps d'état, les cochers, par exemple, qui éprouvent le besoin de se réunir pour délibérer sur des demandes à présenter à qui les emploie. L'objet de la réunion est bien déterminé : on sait de quoi il y sera question exclusivement, d'une affaire spéciale à un corps d'état et très-nettement circonscrite. Quel inconvénient y a-t-il pour la paix publique à ce que les intéressés se réunissent et discutent publiquement et librement leurs intérêts, à ce qu'ils prennent même des résolutions collectives qui n'obligent que ceux qui veulent les accepter? Il n'y a évidemment d'inconvénient d'aucfine sorte à une réunion

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