‹ Liberté et socialisme, ou, Discussion des principes de l'organisation duChapitre 35 sur 42 · GONSÉOUENCES DE LA LIBERTÉ DE COALITION · texte numérisé non relu

GONSÉOUENCES DE LA LIBERTÉ DE COALITION

par les ouvriers, des articles qui n'intéressaient pas évidemment la majorité d*entre eux , tels par exemple que ceux qui faisaient aux délégués une position privilégiée. Que s'était-il passé? Les ouvriers du corps d'état avaient, sans entente ni discussion préalable, nommé des délégués; ceux-ci avaient formulé des demandes, posé un ultimatum, que leurs commettants ratifiaient, coûte que coûte, par une mise en grève.

Avec ce mode de procéder, il est clair que les ouvriers doivent nommer pour délégués ceux qui se plaignent le plus et le plus haut. Ils votent de sentiment pour la constitution d'une sorte de pouvoir auquel ils se livrent, et dont ils s'obligent d'avance à respecter la consigne. Ils procèdent en ceci à peu près comme les électeurs ont l'habitude de procéder en France. Ensuite on se plaint que les mandataires ont excédé leurs pouvoirs, abusé de leur mandat pour s'occuper de leurs vues particulières ou de leurs intérêts, etc. En bomme, on procède mal et on est mal conduit : les minorités, comme on le dit, mènent les majorités, au grand préjudice de tout le monde.

Les choses se passeraient autrement, si les ouvriers . pouvaient se réunir et discuter librement leurs affaires. Lorsque, par exemple, un corps d'état voudrait agic collectivement, les plus disposés à l'action convoqueraient une réunion générale et publique des intéressés : peutêtre même y appellerait-on des tiers. Là, on proposerait, discuterait et critiquerait les mesures à prendre : toutes les observations et objections qui peuvent se faire jour actuellement seraient entendues, pesées et appréciées avant toute résolution définitive. Ces résolutions seraient prises par

tous les intéressés, et il ne serait pas nécesaire de recourir aux délégations, qui produisent souvent, même en politique, de très-mauvais résultats et qu'il est sage d'éviter toutes les fois qu'on le peut.

Si les choses se passaient ainsi, on peut affirmer que les résolutions qui seraient prises auraient toujours un caractère plus conciliaut, plus modéré et, en tout cas, plus pratique. On peut affirmer aussi que les discussions préalables profiteraient à l'instruction de tous, et affaibliraient bien des préjugés déplorables. Il est clair aussi que toutes les résolutions seraient prises sur l'initiative de quelqu'un, et entraîneraient après elles une responsabilité morale, qui manque aux consignes que rédigent dans le secret les délégués actuels.

La pratique des discussions publiques relatives aux salaires ne pourrait manquer d'introduire en peu de temps un certain nombre d'idées justes, et d'éclairer la population en général sur les conditions véritables de la liberté du travail. On a pu remarquer, peudant la dernière grève des cochers, que la diffusion des connaissances de ce genre était très-nécessaire.

En effet, lorsque la Compagnie des Petites- Voitures prit le parti d'improviser un certain nombre de cochers, on se rappelle qu'ils furent l'objet de quelques injures, et de quelques voies de fait, réprimées à juste titre, mais avec une sévérité regrettable. Quels étaient les auteurs de ces injures et de ces voies de fait? Ce n'étaient ni toujours, ni même le plus souvent, les cochers en grève ; c'étaient des ouvriers appartenant à divers corps d'état et très-désintéressés dans la grève. En se livrant à des actes qui très-

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