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QUESTION DU CHOMAGE ET DES ASSURANCES

constater, n Si Tauteur de ces lignes avait lu n'importe quel traité d'économie politique publié depuis soixante ans, il aurait pu y voir qu'aucun économiste n*a méconnu la dureté des épreuves par lesquelles passe Touvrier/ et que tous, ou presque tous, ont étudié, avec plus ou moins de succès, les moyens de les alléger et de les rendre plus tolérables. Mais tous ont reconnu que le moyen le plus direct et le plus efficace était de dire à l'ouvrier, comme à tous, la vérité sans réticence. S'ils ne se sont pas occupés du déficit constant^ c'est qu'ils n'ont pas réussi à comprendre qu'on consommât ce qui n'avait pas été produit.

IV' 11. — llmestlon ém Clidiuige et 4m A«siirameMU

VOpinioii nationale répond, non sans quelque aigreur, aux observations que nous avons publiées au sujet des sociétés projetés contre les chômages, et nous trouvons dans sa réponse, à c6té de quelques affirmations, beaucoup de sous-entendus, auxquels il est assez difficile de répondre, et que nous regrettons sincèrement. En toute question, et dans celles des salaires surtout, les sousentendus nous semblent fâcheux, et la discussion ne peut jamais être ni trop franche, ni trop complète.

Nous avons dit et nous répétons, qu'il nous semblait bon que les ouvriers fussent absolument libres de former des sociétés de prévoyance contre le chômage, en ajoutant que nous ne croyions* pas, quant è nous, que ces sociétés pussent donner les résultats qu'on en attendait, ni même

être utiles. La réponse qu'on nous fait nous confirmerait, 8*il en était besoin, dans notre opinion.

Eu effet, nous avions cru qu*il s'agissait seulement de chômages extraordinaires, tandis qu'il s'agit aussi de parer aux chômages périodiques ou mortes saisons, comme on les appelle. U nous semble éyident qu'un chômage périodique, prévu et certain, doit être combattu par des moyens autres que ceux qu'on emploie contre les accidents fortuits et imprévus, comme l'assurance : on doit y pourvoir, et on y pourvoit, dans la pratique, par la différence des salaires. A conditions égales, les salaires sont plus élevés dans les professions qui ont des mortes saisons que dans celles qui n'en ont pas, et d'autant plus élevés que les mortes saisons sont plus longues.

Noire contradicteur ne tient pas. compte de ce fait, qui est universel cependant, et s'irrite de ce que nous ayons remarqué que les maisons de confection pour habits avaient réduit les mortes saisons; car cette réduction a été achetée aussitôt par une baisse des salaires h la façon et à' la journée. L'ouvrier a consenti et pu consentir à travailler pour un salaire moindre, assuré pendant un nombre de jours plus grand par année. Ce changement de situation a été, nous le savons, très-pénible, d'autant plus pénible qu'on n'a pas compris d'abord en quoi il consistait, et qu'il s'est produit de grandes résistances; mais il nous semblait qu'aujourd'hui il devait être compris.

•Il est non-seulement convenable, mais indispensable que l'ouvrier économise dans la saison du travail, afin de pourvoir aux besoins de la morte safeon. Autrement il ne pourrait pas vivre. Il peut économiser tout seul ou s'asso-

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cier pour TécoDomie; mais, quel que soit le parti qu*il prenne, la somme des salaires et celle des besoins que créera le chômage resteront les mêmes. Si Ton adopte la méthode de <& chacun pour soi, » comme dit VOpinianj chacun ne comptera que sur lui-même, et n'aura de compte à démêler avec qui que ce soit, ou de frais d'administration quelconques ; il ne sera astreint, en aucun cas, à subir les décisions d'une majorité. Dans 1e cas où il adoptera la méthode que notre contradicteur lui recommande, il n'aura ni plus ni moins les ressources qu'aupa*rayant, et il rencontrera devant lui les petits inconvénients que nous venons de signaler.

L'Opinion nous reproche la distinction que nous avons sign{dée entre les ouvriers meilleurs ou moins bons de chaque profession. Si cette distinction n*existait pas en fait, nous aurions peut-être eu tort de la faire ; mais elle existe très-positivement dans la pratique, et plus spécialement dans la question qui nous occupe. Voici ce qui se passe, non «n vertu d'un caprice individuel, mais par la nature même des choses : au commencement de la morte saison, l'ouvrage diminue, et l'entrepreneur réduit le nombre des ouvriers qu'il emploie. Quels sont ceux qu'il remercie les premiers? Ceux qui, par la nature de leur travail ou de leurs habitudes lui produisent moins : les ouvriers inférieurs ; et, à mesure que l'ouvrage diminue, il réduit le nombre de ses ouvriers, en suivant la même méthode. Ce n'est qu'à la dernière extrémité et dans le cas assez rare de suspension totale des travaux qu'il remercie les meilleurs ouvriers, ceux dont le caractère et le travail lui inspirent toute confiance. Lorsque les choses se

passent ainsi, n'est-il pas évident que, dans une assurance contre les chômages, les meilleurs ouvriers paieront plus de primes, et que les ouvriers inférieurs recevront plus de secours? Il n*y a, ce nous semble, en tout cela ni rhétorique, ni grammaire, mais question de fait et d'arithmétique. •

Notre contradicteur ne voit nulle difficulté pratique dans rétablissements des assurances contre le chômage. Nous pouvons lui eu signaler une, entre autres. Les assurances s'appliqueraient ou à un seul corps d'état, ou à plusieurs, ou à tous. Si elles s'appliquaient seulement à quelques-uns, les ouvriers tendraient à s'y porter et augmenteraient en nombre, à moins de règlements exclusifs. Si les assurances s'étendaient aux ouvriers de tout état,^ établirait-on pour eux tous des conditions uniformes, ou bien créerait-on des catégories? Mais pourquoi insister? Qu'on crée ces assurances : nous n'y mettons nulle opposition. Nous prenons seulement la liberté grande de dire aussi dis crètement que possible ce que nous en pensons.

On trouve mauvais que nous relevions la contradiction qu'il y a à soutenir que l'ouvrier est en déficit constant, en même temps qu'on lui propose d'économiser. On nous parle d'abstraction, de logique d'école, que sais-je encore? Il n'en est pas moins vrai que la contradiction est flagrante. Mais laissons les mots et venons aux faits.

Le déficit constant dont on parle n'existe pas. Seulement, il arrive qu'un grand nombre d'ouvriers, ne sachant ou ne pouvant économiser en temps de travail, s'endettent peu* dant la morte saison, paient leurs dettes lorsque le travail reprend, et s'endettent de nouveau quand la morte saison

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