DU TRAVAIL DES FEMMES
ajouteot que la femme doit se contenter des soins de la famille et des travaui de Tintérieur, et ne pas aller chercher un salaire loin du foyer domestique et du berceau de ses enfants.
Certainement, avec Tidéal que nous nous faisons de la famille, il nous semble mauvais que la femme aille, loin de ses enfants, passer la journée dans un atelier; qu'elle et son mari vivent chez le traiteur, ^chacun de son côté, tandis que ses enfants vont à l'asile. On se demande même, en présence de cet état de choses, ce qui reste de la famille, et on cherche ^ec anxiété comment on pourrait revenir à une situation plus régulière et plus rassurante pour l'avenir.
Mais quel que soit le sentiment de tristesse que l'on éprouvk il faut se garder de vouloir trancher à la hâte une aussi formidable question. Il convient d'examiner comment on en est venu au point oh nous sommes. Croiton que les femmes qui vont hors de chez elles travailler à la typographie, ou à toute autre profession, y aillent par goût et pour leur plaisir? Non, sans aucun doute. Si leurs pères, leurs maris, ou leurs frères, leur faisaient à la maison une existence tolérable; si même elles pouvaient vivre choz elles en travaillant, elles y resteraient sans aucun doute. Si elles vont demander du travail au dehors, c'est parce qu'elles ne trouvent pas chez elles secours ou protection, soit qu'elles n'aient pas de protecteurs légitimes, soit que ces protecteurs soient impuissants ou manquent à leur devoir.
En réalité, ce n'est pas le travail de l'atelier qui ruine
la famille : ce travail est plutôt demandé par les femmes
comme un remède à la ruiue de lu famille. 11 est de notoriété que celle-ci a souffert des dommages considérables, et par la faute des hommes principalement. Mais aussi, nous ne pouvons admettre qu'on discute à la légère et à la hâte un problème formidable, comme si les faits dont on se plaint n'avaient pas de cause, et une cause beaucoup plus grave que les faits eux-mêmes.
Convenons-en d'abord : la famille appelle une réforme. Faut-il Tattcndre des lois? Personne probablement ne le proposera. Quelques légères modifications de la législation civile pourraient faciliter la r^rme, mais ne sauraient la déterminer. La réforme doit être l'œuvre de l'action libre et volontaire de chacun; elle dépend de la volonté des ouvriers eux-mêmes, et de personne autre. Que leur opinion soit sévère pour quiconque cherche à vivre^ux dépens d'autrui, pour qui ne remplit pas ses devoirs de famille, pour qui décline la responsabilité de ses actes : qu'ils sachent dépenser en famille, et les femmes ne se hâteront pas d'aller demander de l'ouvrage au dehors.
Mais en attendant que la réforme se fasse, il faut que les femmes vivent : aucune autorité divine ou humaine ne peut exiger qu'elles meurent de faim. Si les hommes ne les protègent pas, peuvent- ils se plaindre qu'elles veuillent conquérir leur indépendance, et la conquérir noblement par le travail? Si l'on ne veut pas qu'elles travaillent, qu'on dise ce qu'on veut qu'elles deviennent.
Évidemment l'entrée des femmes dans l'atelier est un fait nécessaire, auquel il est impossible de s'opposer avec la moindre apparence de justice. - Mais il peut arriver que les femmes viennent envahir spécialement un corps