DISCOURS DE M. I H T I \ CONTRE LES JÉSUITES
répond pur un projet de révision des lois! J'aurais bien des choses à dire sur ce projet de réviser les lois organiques du concordat, nous verrions ce que vous voudriez en ôler, et nous verrions ce qiie vous \oiulriez mettre à leur place. En attendant, je réponds que la législation actuelle, jusqu'à ce qu'elle soit revisée, n'en doit pas moins recevoir sa complète exécution. Cette exécution provisoire des lois, nous devons la pratiquer par respect pour les lois elles-mêmes, et pour l'exemple que nous devons à la société et qu'elle attend de nous, législateurs.
Je le répète, la question n'est pas religieuse; c'est une question politique. Il s'agit de l'existence légale ou illégale des congrégations dans l'Etat, avec des dangers plus ou moins grands, selon la nature de ces congrégations.
Je veux resserrer de plus en plus la question, tandis qu'on s'efforce de la porter sur un autre terrain, en donnant des complices à ceux dont, au contraire, nous voulons faire seulement des accusés uniques et principaux.
Et d'abord, ne confondons pas la question des congrégations avec la question des associations; les mêmes lois peuvent, à quelques égards, les atteindre; et, sous ce point de vue, je ne veux rien ôter ni à l'action du pouvoir ni à l'autorité des lois : mais il y a une différence qui ne peut pas vous échapper.
Les associations se forment entre simples citoyens ; des pères de famille, vivant dans leurs maisons, exerçant leur commerce ou leur profession, vivant dans le monde, se réunissent pour un motif déterminé, politique ou littéraire, ou autre; en cela, l'état de leurs personnes n'est pas affecté; au sortir de la réunion, ils sont ce qu'ils étaient avant d'y arriver : citoyens au même titre, se mêlant à tous les devoirs de la cité.
Dans les congrégations, il n'en est pas ainsi : on se lie par des vœux, on se lie par des serments, on dénature sa personne, on abdique son individualité ; à la place de tel homme, c'est un couvent soumis à un abbé, à nu chef spirituel ; toutes les volontés individuelles s'effacent et disparaissent devant l'être collectif, moral, qui représente tous les membres et constitue une société dans l'Etat, une société qui vit par une organisation qui lui est propre.
Je vous recommande cette différence, qui est capitale.
Je veux encore, à cet égard, dire quelques mots de la confusion qu'on s'efforçait, il y a quelques instants, de faire entre une congrégation et toutes les autres congrégations. Certainement, si l'on veut raisonner avec uue logique absolue, on peut
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dire que pour toutes les congrégations, si on veut les voir établies à l'état de congrégations, pour toutes il faut une loi qui permette au Gouvernement de leur donner l'être, et une ordonnance qui soit pour elles l'œuvre de la création. Mais toutes ne sont pas considérées au même point de vue, quant aux dangers qu'elles peuvent présenter, et même quant à la tolérance dont on peut user à leur égard.
On a parlé des trappistes, des chartreux; on aurait pu parler des bénédictins, des missions étrangères ; mais il est à remarquer d'abord que toutes ces associations auxquelles on veut bien donner ce nom-là, n'existent pas à titre de congrégations définitivement constituées par des ordonnances qui auraient une loi pour support; elles n'ont qu'une existence de fait. Elles existent à l'état de simple association, tolérées, parce qu'en cet état, entièrement précaire, on â pensé qu'elles pouvaient exister sans dommage pour la société. Mais elles ne sont pas, à proprement parler, des congrégations, si l'on prend ce mot dans un sens légal; car ce mot suppose une organisation complète et définitive préalablement autorisée par une loi. Qui songe à troubler la paix d'un chartreux, qui ne trouble celle de personne? S'il y avait des bénédictins qui se réunissent autour d'une bibliothèque, qui songerait à les arracher à leurs études, à dissoudre cette association? — Quant à la société des missions , distinguons.
S'agit-il de celles qui font des missions à l'étranger? Nous ne les craignons pas; nous n'avons jamais redouté que les missions à l'intérieur. (On rit.) Ce sont celles-là qui cherchent, non pas à convertir des infidèles, mais à tourmenter des fidèles *, (Nouvelle et bruyante hilarité.)
Les missions à l'étranger ont un tout autre caractère. Elles portent le nom français et notre civilisation dans les pays lointains; et l'on peut leur rendre cette justice, que leur concours a été souvent utile à notre diplomatie. Leurs membres se sont montrés aussi bons Français au dehors, que certains individus, qui n'appartiennent pas à leur institut, se sont montrés quelquefois mauvais citoyens au dedans.
1 On peut rattacher ici ce que disait Eustache du Bellay, évêque de Paris, dans l'avis qu'il donna en 1551 contre l'introduction des Jésuites, dont il « redoutoit plusieurs inconvénients non prérus ni prémédites. » — Il ajoutait : * Comme ils s'annoncent comme ayant été institués pour prè- » cher les Turcs et les infidèles, il faudroit établir lesdites maisons et So- » ciétés ès lieux prochains desdits infidèles, ainsi qu'anciennement a été » fait des chevaliers de Rhodes, qui ont été mis sur les frontières de ta » chrétienté, non au milieu d'elle. »