DISCOURS DE M. DUPES
un chef élu ou nommé parmi vos concitoyens; elle est constituée en pays étranger; elle a un général qui est étranger, et ce général est un despote comme il n'y en a jamais eu de modèle ailleurs.
Le territoire sur lequel la société prétend exercer son empire, c'est l'univers entier, c'est l univers religieux , c'est l'univers qu'on se partage en provinces; et vous-mêmes, cet empire si ♦ glorieux, ce royaume de France, compose en ce moment deux provinces du royaume de la société de Jésus!
On a préposé à son gouvernement deux gouverneurs sous le titre de père provincial. Les voilà tels qu'ils sont : constitués à l'étranger, avec un serment à l'étranger, avec des engagements à l'étranger, une impulsion de l'étranger, le concours de l'étranger, soit en conseils, soit en directions, soit en finances ; faisant servir comme adjudance tout ce qui peut se trouver d'analogue dans les gouvernements qui nous entourent, en Belgique où ils sont établis, en Suisse où ils cherchent à se faire admettre, en Espagne, s'ils pouvaient y rétablir l'inquisition. (Murmures à l'extrême droite. — Oui! oui!)
Les provinces les plus estimées sont celles où le général aurait un pouvoir plus absolu, celles où il aurait des sujets mieux subordonnés, celles enfin qui sont le mieux disposées à se laisser conquérir et subjuguer. La France s'y montre peu disposée, mais elle n'en est pas moins dans le dévolu de cette société ; elle n'en désire pas moins d'établir sa domination chez nous comme chez les autres. Là où le maximum de la domination est atteint, c'est la perfection; plus on s'en rapproche, mieux on est; mais l'effort constant est de tendre vers ce résultat pour en approcher le plus possible.
Quel est donc le serment que prêtent les jésuites? — C'est un serment comme vous n'en voudriez pas prêter au Roi, comme aucun citoyen n'en voudrait prêter à personne. Vous prêtez serment d'obéir aux lois, d'aimer votre patrie, d'y être attaché ; mais, chez les jésuites, le serment est sans condition : c'est le serment d'obéissance absolue, qui a été traduit dans leurs propres livres de manière à montrer chaque jésuite dans les mains du général comme le bâton dans la main de l'aveugle.
Dans cette société, l'homme abdique tellement sa volonté qu'il est comme s'il n'avait pas de vie propre , perindè ac cadaver.
Eh bien, puisque c'est une société qui ne ressemble à aucune autre, est-ce que vous pouvez procéder par analogie? Et, parce qu'on use de tolérance envers quelques sociétés qui ne présen-