‹ Libertés de l'Église gallicaneChapitre 129 sur 153 · OM HK LES JÉSUITES · texte numérisé non relu

OM HK LES JÉSUITES

tent pas ces dangers, peut-on tirer comme conséquence qu'il faudrait apporter la même tolérance envers une société qui ressemble si peu au\ autres?

Ajoutez que cette société a un caractère essentiellement politique, c'est le caractère qui lui a été assigné par les arrêts, dont je parle comme raison écrite . Je n'invoque pas le dispositif des condamnations; mais j'en appelle à l'examen profond qui a été fait de leurs constitutions, au dépouillement qui en a été fait par li s magistrats dont la France s'honore le plus, à l'époque où la magistrature comptait tant d'illustres et de grands citoyens. L'arrêt du parlement de Paris les a signalés comme une société politique ; il en a donné la déûnition; je vais vous la lire en texte. Vous remarquerez la profondeur de ces motifs : L'arrêt « déclare l'institut des jésuites inadmissible par sa nature dans tout Etat policé, comme contraire au droit naturel, attentatoire à toute autorité spirituelle et temporelle, tendant à introduire dans l'Eglise et dans tous les Etats, sous le voile d'un institut rtUgiemx, un corps politique, dont l'essence consiste dans une activité continuelle pour parvenir par toutes sortes de voies, directes ou indirectes, sourdes ou publiques, d'abord à une indépendante absolue, et successivement à l'usurpation de toute autorité. »

En effet, messieurs, quand on est parfaitement indépendant, on est bien près d'être souverain ; ils ne demandent qu'une chose : Laissez-nous faire. (Rire,général.) Laissez-nous faire tout ce que nous voulons. (Nouveaux rires.) Mais c'est, en matière de douanes, le ballot de marchandises prohibées sur lequel on écrirait : Laissez entrer. Que devient alors la loi des douanes? Avec cette licence, que deviendrait votre commerce? Laissez-moi faire ce que je voudrai! Vous pouvez donc tout entreprendre contre L'Etat; vous pouvez vous affilier qui vous voudrez: vous pouvez vous recruter; vous pouvez vous établir; vous pouvez tout troubler, et, avec le temps, tout envahir et tout dominer.

La turbulence de cette compagnie a été signalée en peu de mots par le pape qui, en prononçant la suppression des jésuites, après que tous les souverains avaient voté leur expulsion, a déclaré t qu'avec cet Ordre, il ne pouvait y avoir de paix ni dans l'Eglise ni dans l'Etat. Sensation.)

En effet, on ne l'a vu reparaître nulle part sans qu'il v ait eu des agitations, sans qu'il y ait eu des troubles, sans qu'il y ait eu des conflits amenés par cette activité incessante qui est signalée par l'arrêt dont je vous ai lu tout à l'heure un fragment.

DISCOURS DE M. DITIN

Loin de trouver un à fortiori pour les tolérer sous le régime sous lequel nous vivons, il y aurait au contraire de plus fortes raisons pour les repousser. En effet, quel a été, quel serait le but de' cette congrégation?

C'est une société militante, active, établie pour combattre l'hérésie, pour la combattre jusqu'à extinction. Voilà le but; viennent les moyens.

Après le jésuite arrive le dominicain ; après le prosélytisme , l'inquisition. Au milieu du seizième siècle, au moment où cette société s'est introduite en France, on l'a vue y former des ligues, des complots; y fomenter, y entretenir la guerre civile; et longtemps après, quand le gouvernement s'était rassis, même à l'époque où il était le plus puissant et le pays le plus éclairé, on a vu, par ses conseils et ses suggestions, l'intolérance poussée à l'excès, des exils, des lettres de cachet, des dragonnades, des persécutions, dont la conséquence a été ruineuse pour l'Etat , et qui ont appelé sur la France le malheur et la désolation. Partout où ils reparaissent, c'est aux mêmes conditions, non pas avec la même intensité, mais avec les mêmes dispositions. Et comment voulez-vous qu'ils ne cherchent pas encore aujourd'hui à agiter la société? Ils reparaissent au milieu d'un ordre de choses qui consacre la liberté des cultes ; et cest à ce principe qu'ils ont déclaré la guerre ! Je fais cette remarque pour ceux qui argumentent de la Charte de 1830. Est-ce donc que les jésuites acceptent cette Charte et s'en contentent? La liberté des cultes existait avant l'article 5 de la Charte; elle existait en l'an IX, au moment du rétablissement de la religion en France; elle existait sous la Restauration. L'article 5 d'aujourd'hui est le même que sous la Restauration : la seule chose qu'on ait retranchée n'est pas pour augmenter les espérances ni les prétentions des ultramontains , mais bien au contraire pour les restreindre ; car on a retranché l'article 6 dont on avait abusé, et les expressions qu'on a mises à la place ne sont qu'un retour pur et simple aux termes du Concordat, à la formule débattue et adoptée par le pape, et qui forme le commencement et le préambule du Concordat. Il n'est donc pas vrai de dire que la Charte de 1830 a changé la position résultante des lois organiques; on n'a fait que retrancher l'article 6, qui avait été le prétexte de mauvaises tentatives sous la Restauration, et qui avait eu de mauvais effets, car on en avait conclu qu'il établissait une religion dominante dont on abusait pour dominer. En 1830, on est donc revenu aux expressions du Concordat, à la loi de l'an X, qui, en consacrant que le culte catholique

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