‹ Libertés de l'Église gallicaneChapitre 133 sur 153 · COXTRK LES JÉSUITES. IM · texte numérisé non relu

COXTRK LES JÉSUITES. IM

une organisation tout entière qui TOUS est révélée, non pas de quelques jésuites vivant dans leur régime intérieur, suivant la règle de saint Ignace, pour leur édification particulière; mais une maison organisée, qui a son chef, son provincial, son économe, son supérieur, ses teneurs de livres, son comptoir, où elle convient que se font les affaires générales de la compagnie entière en France et à l'étranger.

Eh bien, n'est-il pas évident que les lois ne permettaient pas à une congrégation de s'établir ainsi en France et de s'y maintenir sans autorisation? Le gouvernement restera-t-il inactif en présence de ce fait ?

Je conviens avec le ministère, avec tous les ministères passés, présents et futurs, qu'il est des lois de haute police qui, dans leur exécution, commandent quelquefois des tempéraments; des lois qui ne comportent pas toujours une exécution brusque et poussée dans ses dernières conséquences ; je conçois surtout ces ménagements tant que la violation de ces lois n'est pas prouvée d'une manière évidente. En 1828, quand on acquit la preuve que huit séminaires étaient gouvernés par des jésuites, on les a exclus de ces établissements, on a fermé les pensionnats; c'était le remède au mal tel qu'il venait de se révéler à la connaissance du gouvernement.

Aujourd'hui vous trouvez plus : vous trouvez une maison qui relève de Rome, qui renferme des prêtres assermentés à l'étranger; un comptoir où l'on place les fonds de la société de Jésus en métalliques, en fonds belges et autrichiens; vous y retrouvez toute l'organisation des jésuites : un provincial, un supérieur, un économe, un personnel nombreux. Ah! messieurs, en présence des troubles évidents qui ont été excités en France, de ces infractions aux lois françaises , de ces protestations contre nos lois, dont j'excuse volontiers l'épiscopat, mais dont j'accuse hautement ceux qui les ont suggérées, je dis qu'aujourd'hui comme autrefois, la résurrection des jésuites et leur impatronisation en France est une peste publique (très-bien ! très-bien !), et je dis que vous devez fermer la maison de la rue des Postes. (Marques d'adhésion.)

Qu'ensuite, par des considérations particulières, vous usiez de tempérament pour les individus, je le conçois; je ne prévois pas tous les incidents, et je ne demande pas de persécutions individuelles contre des gens qui ne commettraient pas de délits; mais je demande l'exécution des lois là où j'aperçois que les lois sont violées avec scandale, et je suis convaincu que M. le procureur géné-

DISCOURS DE M. DUPIX.

ral aurait déjà agi avec efficacité si on lui en avait donné l'ordre,

ou si on le lui avait permis 1

Messieurs, ce peuple-ci a ses défauts, mais il a aussi ses qualités. Ce qu'il y a de plus caractéristique chez le peuple français, c'est son antipathie pour tout ce qui porte le nom, pour tout ce qui rappelle les doctrines des jésuites et leurs procédés. Ce n'est pas à dire que si la partie éclairée de la nation aura toujours la force de résister aux jésuites, la partie faible ne puisse se laisser envahir. Il y a nécessité, par conséquent, de frapper les esprits; il y a nécessité pour un gouvernement qui n'est pas assez ancien pour se passer de l'exécution des lois (et je n'en connais pas qui le puisse sans danger) , il y a nécessité pour le gouvernement de juillet de ne pas se laisser braver par ceux contre lesquels était, en grande partie, dirigée la révolution de juillet, et qui s'impatronisent chez nous au nom d'une liberté qu'ils détestent et qu'ils s'efforcent de faire dégénérer en licence.

Le gouvernement, je n'en fais pas de doute, comprend ses devoirs, et il saura les remplir; mais ce que je demande, c'est que la Chambre lui vienne en aide, je ne dis pas à titre d'excitation, cela supposerait qu'il ne veut pas faire son devoir, et je suppose le contraire ; mais il importe à l'effet moral que la Chambre se prononce. Je ne fais pas de doute que si la Chambre se prononce pour l'exécution des lois, en présence de l'infraction si manifeste qui y est faite, je ne fais pas de doute, dis-je, que le peuple français, éclairé sur la question, n'adhère à l'opinion de la Chambre et du gouvernement. Le clergé lui-même s'apercevra qu'il soutiendrait une mauvaise cause s'il voulait soutenir les jésuites et s'identifier avec eux. Les jésuites ne sont pas le clergé. Le clergé est honoré en France ; le clergé, c'est l'évêque, les curés, et le pape, chef et centre de l'unité catholique, chacun avec l'autorité qui lui appartient et le respect que nous leur portons. Nous honorons et nous défendons à la fois la religion et la hiérarchie, quand nous demandons le retranchement de ces excentricités qui ont toujours porté le trouble dans tous les Etats qui ont été assez imprudents pour les tolérer. (Vive adhésion. — Sensation prolongée.)

1 Voyez le discours prononcé parce magistrat (M. Hébert) à la séance de la Chambre des Députés du 3 mai 1845. Il retrace avec vigueur toute la législation contre les Jésuites, et montre assez qu'il se sent armé de tous les moyens de dissoudre cette Société. Il ne faut que couloir en user.

CÔUTRE LES JÉSUITES. 497

A la séance du 3 mai, la Chambre, pour couronner les interpellations, adopté à la presque unanimité un Ordre du jour motivé ainsi conçu :

« La Chambre, se reposant sur le Gouvernement du soin de faire exécuter les lois de l'Etat, passe à l'ordre du jour. »

Le vote a été précédé de cette explication précise, préalablement et catéoriquement donnée par M. Thiers, adoptée par le banc des ministres, et ar la majorité :

« Il est bien entendu que nous reconnaissons que les lois sont applicables, — que leur application est devenue nécessaire, — et que, quel que soit le résultat des négociations, elles seront exécutées i »

(Extrait du Moniteur universel.)

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