QUI LU ANNONÇAIT SO\ INTENTION
d'adhérer au Mandement de Z*X. l'archevêque de Lyon.
Paris, ce 6 mars 18 45.
u Monseigneur,
j> J'ai reçu hier au soir votre lettre du 3 mars ; j'y retrouve l'expression de votre bonté ordinaire; et la détermination que vous m'annoncez avoir prise, quoiqu'elle me soit contraire, m'est exprimée en termes si affectueux et si obligeants, que je m'empresse d'y répondre en protestant aussi que la dissidence d'opinion qui éclate entre nous au sujet de mon livre, n'altérera en rien les sentiments de tendre respect et d'affection que je vous ai voués depuis longtemps....
» Monseigneur, en tout ce qui est de la foi et du dogme catholique, je réponds par le credo de l'Eglise, et je ne dispute pas.
» Je vénère dans le pape le successeur de saint Pierre, le chef de l'Eglise universelle, le centre nécessaire de l'unité catholique: mon livre en contient la solennelle déclaration.
» Mais dans ce qui tient à la discipline légale et à la police des cultes, dans les querelles qui ont de tout temps divisé le Sacerdoce et T Empire, dans la défense du pouvoir temporel contre ce qu'on a aussi appelé de tout temps les entreprises du pouvoir spirituel, je réponds par les lois de mon pays.
» Mon livre , Monseigneur, est un livre de droit : il contient en texte les principaux actes qui constituent le droit public ecclésiastique du Royaume. Comme jurisconsulte et comme citoyen, j'ai eu droit de traiter ces questions.
n Je sais qu'autrefois, comme aujourd'hui, elles ont divisé les ultramontains et les gallicans; que même, parmi ceux-ci, les évêques de France n'ont pas toujours envisagé quelques-unes de ces questions du même point de vue que les jurisconsultes et les magistrats.
» Et cependant, même sous la Restauration, j'ai eu ce bonheur, que deux éditions du livre que j'ai publié sous le titre de Libertés de l'Eglise gallicane, en 1824 et en 1826, n'ont excité aucune réclamation de la part d'aucun membre du clergé, et
RÉPONSE DF. M. DUPES, etc. 499
m'ont an contraire valu des encouragements et des témoignages honorables de la part de plusieurs hommes éminents.
h Or, Monseigneur, c'est dans ce même ouvrage, réimprime dans le Maiiwl et qui en forme la première partie, que se trouvent tous les actes et tous les passages incriminés dans le mandement de M. l'archevêque de Lyon.
Ce qu'il attaque, ce n'est pas des doctrines qui soient de mon invention, des opinions qui me soient personnelles, des opinions qui n'existeraient pas si je ne les eusse pas mises en avant.
Ce qu'il attaque, c'est notre droit, ce sont nos lois; — ce sont les articles des libertés de l'Eglise gallicane de P. Pithou, dédiés à Henri IV, et que le chancelier d'Aguesseau appelait le palladium de la France.
« Ce qu'il attaque, c'est la Déclaration de 1682, œuvre du clergé de France, rédigée par Bossuet, sanctionnée par Louis XIV, par la Sorbonne , et par toute la magistrature de France.
a Ce qu'il attaque, c'est la loi de germinal an X, qui a rétabli parmi nous le culte catholique, qui régit ce culte depuis près d'un demi-siècle, et sans laquelle (si, comme le fait le mandement, on la foulait aux pieds) tout serait anarchie dans l'Eglise et dans l'Etat.
i Voilà ce qu'on attaque, voilà ce que j'ai défendu en 1841, comme sous la Restauration; non plus seulement comme citoven et comme jurisconsulte , mais cette fois comme magistrat, chef des procureurs généraux, et comme homme politique, député, ancien ministre du roi et rapporteur de la Charte de 1830, qui consacre nos libertés religieuses comme nos libertés politiques.
■ Si la controverse était permise, c'était une affaire de logique, et ce ne pouvait être la matière d'une censure. Il est aussi trop commode de condamner la où l'on désespère de convaincre, et où de fausses qualifications prodiguées à ses contradicteurs ne peuvent changer la nature des choses.
M. l'archevêque de Lyon a commis un abus de pouvoir : il s'est attaqué aux lois et à l'Etat.
■ J'ai défendu l'un et l'autre ; j'ai fait mon devoir, et j'ai confiance en Dieu.
Veuillez agréer, Monseigneur, la nouvelle assurance de mon respectueux et fidèle attachement.
■ Dim. «
RAPPORT AU CONSEIL D'ETAT
PAR M. VIVIEN
Conseiller d'Etat, vice-président du Comité de législation ,
dans l'Appel comme d'Abus dirigé par M. le Garde des Sceaux CONTRE LE MANDEMENT