‹ Libertés de l'Église gallicaneChapitre 19 sur 153 · UTILITÉ DES LIBERTÉS · texte numérisé non relu

UTILITÉ DES LIBERTÉS

fense qu'il faudra reproduire aussi souvent que les entreprises et les attaques se renouvelleront.

Il s'est trouvé cependant des gens (et cela parmi ceux qui ont l'habitude de se croire plus libéraux que les autres) qui se sont mis à dire : « Qu'est-ce donc que les libertés de l'Eglise gallicane au dix-neuvième siècle? Eh quoi! vous en êtes encore là! c'est aujourd'hui un non-sens! »

Oui, peut-être, pour ceux qui ne sont pas catholiques, ou pour les esprits forts qui se piquent de n'avoir aucun culte et de les braver tous. Ceux-là, j'en conviens, n'ont pas besoin pour leur usage de ce qu'on appelle les libertés de l'Eglise gallicane ; ils en ont assez d'autres ; ils ont toutes celles qu'ils se donnent, et tout ce qu'ils entreprennent sur celles d' autrui. Mais pour le catholique, pour celui qui tient à vivre intimement avec sa foi, à ne point s'en séparer, celui-là a besoin de se défendre autrement que les dissidents et les athées ; il faut que sa défense se concilie avec le respect qu'il doit et qu'il veut garder aux choses de la foi et de la hiérarchie.

Sous ce point de vue, les libertés de l'Eglise gallicane sont donc : 1° Pour l'Eglise qui leur a donné son nom , la marque et la garantie la plus certaine que le gouvernement auquel elle est soumise n'est pas un gouvernement tyrannique et absolu, mais un gouvernement réglé par des lois, auxquelles son Chef même ne peut pas arbitraire nient déroger; c'est une monarchie, mais une monarchie en réalité constitutionnelle , et dont l'alliance avec les gouvernements civils qui portent ouvertement ce nom , semble d'autant plus facile que celui de l'Eglise leur a pour ainsi dire servi de modèle. (Voyez les notes sur l'art. XL des Libertés, ci-devant p. 41.) 2° Pour les simples fidèles, les libertés gallicanes sont encore ce qu'elles ont toujours été , le moyen de n'être point opprimés dans l'exercice de leur foi , de ne dépendre que des véritables règles de l'Eglise, et non du caprice ou de l'ambition excentrique de tels ou tels de ses ministres. 3° Pour l'Etat, les libertés de l'Eglise gallicane n'ont pas cessé d'être ce qu'elles étaient autrefois, suivant la Déclaration de 1682 : le gage le plus assuré de l'indépendance de la couronne, et les droits du pouvoir politique dans tout ce qui regarde les rapports du pouvoir temporel avec le pouvoir spirituel et la police des cultes. C'est le droit des gens de la France vis-à-vis delà Cour de Home; c'est son droit public à l'égard du clergé national. — Le baron Charles Dupin , mou frère, a parfaitement exprimé et résumé ces idées dans le discours qu'il a prononcé le 23 avril 1844

à l«i Chambre des Pairs, en répondant à un jeune orateur qui avait eu l'imprudence de nier ces libertés ! « Les libertés de l'E- » glise gallicane, a-t-il dit, ce sont les libertés du roi , du clergé » national et du peuple catholique; ce sont les libertés qui ga- » rantissent la couronne du souverain, la mitre de l'évêque, » l'étole du prêtre et la famille du laïque; ce sont elles qui nous » garantissent tous dans nos personnes, dans nos baptêmes, nos » mariages et nos sépultures; dans notre dignité, notre pro- » priété, nos droits et notre honneur, contre tout envahisse- » ment, toute oppression, toute confiscation, tentés par une » partie de l'Eglise contre l'autre et parla Cour de Rome contre » l'Eglise gallicane. »

On conçoit donc que ces libertés ont conservé, sous tous les rapports, la même importance que sous l'ancien régime; car le régime de l'Eglise n'a pas cessé d'être ancien. C'est donc le cas, encore aujourd'hui, de répéter avec l'immortel auteur de la Déclaration de 1682 : u Conservons ces fortes maximes de nos n pires, que l'Eglise gallicane a trouvées dans la tradition de m l'Eglise universelle, a (Bossiet. Discours de i unité de l'Eglise.)

Page 1