DES TRAVAI X INÉDITS DE J. E. M. PORTALIS
aucun autour ultramontain qui, après avoir établi ce faux principe de l'infaillibilité des papes, n'en tire en même temps cette périlleuse conséquence , qu'il peut en certains cas prendre connaissance de ce qui concerne le gouvernement des Etats et la conduite des souverains? On appuie l'une de ces opinions sur les mêmes raisonnements que l'autre; et elles sont le fondement de toutes les prétentions ultramontaines. On ne peut, ajoute M. Talon, apporter trop d'exactitude et de sévérité pour en arrêter les progrès et pour en tarir entièrement la source. En effet, u si l'on pouvait persuader aux hommes que le chef d'une » société ecclésiastique qui s'étend sur toute la terre ne peut pas
» se tromper, il serait vraiment le souverain de l'univers Le
» peuple ne raisonne point, et le monde ne peut être régi par » des distinctions scolastiques ; ainsi il devient impossible de a disputer un droit quelconque à celui qu'on reconnaît pour in- » faillible et qu'on croit revêtu de la puissance divine. » . C'est ce qui faisait dire au célèbre rapporteur de l'assemblée de 1682, Choiseul, évêque de Tournai, dans sa lettre adressée à tous les prélats de l'Eglise gallicane, « qu'avec l'opinion de » l'infaillibilité et de la supériorité des papes sur les conciles, a qui prête un appui aux attaques livrées a l'indépendance des "gouvernements, on ne pourrait être Français, ni même a chrétien. '>
M. Portalis va plus loin , et il dit « qu'avec cette doctrine, con- » sidérée dans tous ses rapports, on ne pourrait être citoyen » dans aucune partie du monde. »
M. Portalis couronne la discussion de ce sujet par une réflexion aussi juste que profonde : « On devrait s'apercevoir, ditil, que les courtisans <le la cour de Rome agissent seuls en ennemis du saint-siége, lorsque, par des fausses prérogatives, ils en dominent la majesté sous prétexte de la relever, et préfèrent pour lui des chimères de puissance à sa grandeur solide et incontestable.
Appliquant ces maximes générales au gouvernement des affaires de l'Eglise, M. Portalis en infère que l'autorité du pape sur les choses mêmes qu'il a le droit de gouverner comme chef de l'Eglise , ne saurait être une autorité arbitraire et despotique. Il en est de même des autres pasteurs.
La domination a été interdite a tous; et l'interdiction de la domination, si formellement exprimée dans l'Evangile, n'est point un simple précepte d'humilité , ni une simple défense d'usurper les matières temporelles ou le pouvoir coactif; mais elle
est « la désignation d'un ordre particulièrement établi dans le » gouvernement ecclésiastique ; elle est prononcée pour indi- » quer le caractère essentiel de ce gouvernement.... C'est un 5) gouvernement de charité et de persuasion : Xon dominemus » fidei ve.strœ. »
Dans l'Eglise, tout doit se faire canoniquement (c'est-à-dire selon les règles : Ornnia canonicè fiant. Saint Paul). Les supérieurs n'ont qu'une autorité réglée; l'obéissance des inférieurs doit être non aveugle, mais raisonnable : Obscquium vestrum sit ralionabile.
Telles sont, dit en finissant M. Portalis , les maximes sur lesquelles le gouvernement de l'Eglise repose , et qui fixent l'essence et la nature de ce gouvernement. Elles supposent toutes les vérités que nous avons établies sur les droits de la puissance civile, sur la limitation du pouvoir ecclésiastique aux choses purement spirituelles , sur l'autorité des conciles généraux. « Ce sont ces » maximes qui ont servi de bases aux articles organiques de la » convention passée entre le gouvernement français et le pape s? Pie VU , et qui ont constitué dans tous les temps l'antique disci- « pline de l'Eglise gallicane. »
La seconde partie du rapport contient la justification détaillée de ces articles. Sur chacun d'eux , M. Portalis apporte les preuves et les autorités qui les appuient. Cette seconde partie n'est pas susceptible d'analyse; c'est un commentaire suivi de toute la loi du 18 germinal an X, et la meilleure réponse que l'on puisse faire à ceux qui la bravent et qui la calomnient.
Somme toute, le travail de M. Portalis est celui d'un savant publiciste, d'un homme d'Etat éminent, d'un catholique aussi respectueux envers le saint-siége que citoyen fidèle aux droits et aux libertés de sa patrie : nul ouvrage, en soi et par le juste crédit qui s'attache au caractère et au talent de son auteur, n'est plus propre à fixer l'attention publique et à éclairer les esprits sur une question qui bientôt ne sera plus ni ultramontaine ni gallicane, mais toute politique et constitutionnelle.
L'héritage du clergé de 1682 sera-t-il donc répudié par ses successeurs? Faudra-t-il dire du clergé actuel quantum mutatus ah Mo? M. de Montabimbcrt l'affirme ; mais, malgré d'incroyables aberrations de quelques esprits, j'aime mieux croire que la majorité de nos prélats français continuera de mériter le jugement que portait encore sur leur compte M. de Cormenin. Dans
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son traite de Droit administratif (appendice, page 19), il s'exprime en ees termes :
« Cette liberté des cultes qui peut détacher quelques anneaux n de la chaîne catholique et qui mène à la longue à l'indifférence » religieuse; cette liberlé de la pensée qui, sans s'arrêter aux r résistances de la foi, permet de sonder les mystères de la réa vélation, la certitude de ses dogmes et l'intelligence de ses pratiques: ces lois de l'Université contraires au rétablissement » des corporations religieuses, qui par l'unité de l'enseignement a entraînaient dans les mêmes voies toute une génération a d'hommes comme un corps à cent mille têtes; ces lois polia tiques qui rejettent loin de l'Etat les milices organisées de » moines, agissantes ou spéculatives, toujours prêtes à comn battre, ne reconnaissent de chef que leur général, de patrie que Rome, de souverain que le saint-siége, d'ordres que ses a ordres; ces institutions, ces libertés, ces lois, Rome les voit » avec une appréhension exagérée, et le temps arrivera peut- « être où elle puisera sa force et sa recrudescence précisément a là d'où lui viennent ses alarmes. — Mais en attendant, si a quelques évêques , cédant à des suggestions du dehors ou aux » irréflexions spontanées de leur zèle, se permettaient d'attaquer » dans leurs mandements les lois existantes , ils encourraient la a suppression de leurs écrits et le blâme du gouvernement par a l'organe de son conseil d'Etat. — Heureusement que bien peu de vénérables prélats ont lancé dans leurs diocèses des mandements politiques. L'épiscopat français, le plus éclairé peutêtre de tous les épiscopats de l'univers catholique, a toujours a marché sur les traces du grand Bossuet, défendu contre les • entreprises d'au delà des monts 1rs Liberté* de notre Eglise, et honoré son ministère par sa vive soumission à la foi, à la ■ discipline du saint-siége, non moins que par sa fidélité aux a institutions de son pays, a
LOIS COXSTITUTIONNELLES