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EFFET DV LIBRE £CHA.NGÊ SUR LA. GOirSOMMATION.
La liberté commerciale nous promet le bon marché. Mais d© même qu'il y aura des baisses inaccoutumées de prix sous ce régime, qui laisse tout au hasard^ qui n'admet aucun traité, aucun règlement entre le commerce des nations , qui rend soli-
daire chaque peuple des causes et des influences funestes que d'autres peuvent subir; de même il pourra y avoir des hausses tout à fait violentes et insolites. Citons un exemple qui réunit à la fois ces deux cas :
En 1845 y quand l'Angleterre trouvait de grands et avantageux débouchés en Chine et dans les Indes, elle n'envoyait plus de fils en Allemagne qu'à des prix bien plus élevés qu'auparavant. Ses filatures et ses fabriques faisaient d'énormes bénéfices^ qu'elles pouvaient utiliser à ruiner des industries analogues dans des pays dénués de droits protecteurs suffisants, et cela d'autant mieux que l'industrie d'aujourd'hui ne ressemble plus à celle de il y a un siècle , parce que les moyens de fabrication et les combinaisons de vente s'établissent maintenant sur un pied gigantesque.
Sous le régime du libre échange, la France n'aura plus que peu de produits à fabriquer ; et elle se trouvera entièrement à la merci de l'étranger pour tous ceux dont elle aura sacrifié la production. Un droit fiscal de 5, lo ou ao pour cent, comme quelques libres échangistes le proposent, ne servirait qu'à ruiner notre industrie, sans profit pour nos consommateurs; car, aussitôt que les Anglais seraient en possession de notre marché, ils sauraient déjà élever leurs prix.
En faisant ces réflexions, on verra que le consommateur aura peu de chances à gagner à ce changement.
Par suite des capitaux immenses que les Anglais
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ont amassés, ils peuvent se lancer dans les plus grandes spëculations.
En effet, quels moyens puissants ne posséderaient pas les capitalistes de ce pays, pour exploiter nos consommateurs français et pour spéculer sur la nécessité de se procurer quantité d'objets que le pays ne serait plus è même de fournir , si notre gouvernement n'avait plus le pouvoir d'atteindre et d'éteindre cet esprit spéculateur qui, dans tous les pays , se remue pour acquérir le mono* pôle de telle ou telle vente! Esprit de spéculation dont^ il y a vingt ans, on ne se faisait point encore d'idée, et qui est aujourd'hui le fléau et la honte de notre société.
Cest la tyrannie du gros capital , tyrannie qui pille le pauvre au profit du riche, et cependant le soleil luit pour tout le monde.
Et qu'on ne dise pas que, dans l'état actuel, les choses en sont au même point. Si un abus intérieur comble sa mesure, le gouvernement peut et doit y porter remède; mais, si la coalition s'élève et s'organise en Angleterre, cela regarde le gouvernemetit de ce pays. Le nôtre y est impuissant , et il est inutile de dire qu'il ne viendra jamais en idée au gouvernement anglais d'empêcher ses fabricants ou ses commerçants de rançonner le consommateur étranger, dussent-ils en exiger mille pour cent de bénéfice.
En outre, si en France une coalition quelconque veut se former, tous les Français ont le droit d'élever une concurrence; ils en ont non-seulement le
droit, mais encore le pouvoir, et trouveront dans la consommation encouragement à le faire ; tandis qu'en Angleterre nos concitoyens ne pourraient pas songer à y élever la plus petite concurrence: lois(i), langue, mœurs, esprit national , tout s'y opposerait.
£t coalition pour coalition, s'il Fallait choisir, nous préférerions encore ôelle qui ne peut se faire qu'en France: au moins Targent^ les gains restent dans le pays, tandis que ^ les Anglais se liguant contre nous , l'aident qui forme les profits usuraires sortirait de France pour ne plus y rentrer.
Observons encore que, dans l'état actuel des choses , il arrive dans la plupart des cas que le marchand détaillant français tire directement de la fabrique française, qui vend à des prix presque uniformes à tous, et ces prix n'ont d'autres variations que celles qui résultent du plus ou moins grand perfectionnement de travail. Si , au contraire, les mêmes marchandises venaient de l'étranger, le marchand détaillant, faute de capitaux suffisants, ne pourrait s'adresser directement au fabricant; ses commandes ne seraient même pas assez importantes. Il s'établirait alors un nombre beaucoup plus considérable de marchands en gros, et ces marchands en gros, non-seulement prendraient des bénéfices, mais il leur serait encore facile, dans le siècle de spéculation où nous vivons, d'organiser le monopole, ou au moins d'à-
(i) Ija loi aDglaise interdit à tout étranger le droit d'acquérir la moindre parcelle de terre en Angleterre.
mener des fluctuations de prix telles, qu'ils y trouveraient de grands avantages.
Voyez le pouvoir de quelques maisons colossales^ les spéculations sur les chemins de fer, etc., etc. : il y a un demi-siècle, l'on ne se doutait pas encore de ces abus commerciaux et financiers.
Voilà donc de gros bénéfices palpés par quelques grands capitalistes 9 au détriment des consommateurs.
Nous avons démontré plus haut que, sous le régime du libre échange, la production française devait s'attendre à chaque instant à recevoir le contre-coup des maux qui peuvent affliger l'étran- * ger; la consommation sera dans le même cas. Citons un exemple. Les ouvriers se liguent souvent en Angleterre, et, par suite, font hausser une marchandise à un taux très-onéreux. Les tailleurs de limes et les ouvriers mineurs nous en ont fourni une preuve récente, ce qui a fait hausser les limes de lopour^'/cCt la tonne de fer de 12 fr. Soc.
Par conséquent si nous n'avons plus nos manufactures, nous serons obligés de payer à l'ouvrier anglais i5 à ao fr. par jour, tandis que nous aurons forcé les nôtres à s'expatrier ou à courir le pays pour chercher à gagner 60 à 76 cent, par jour ; et ils seront bien forcés de s'en contenter s'ils ne veulent mourir de faim.
Parlons encore des céréales. Si vous compromettez notre agriculture , si vous lui enlevez l'appui de l'industrie, si vous l'exposez a des concurrences ruineuses du dehors , il est clair que vous
rendrez ses conditions moins fortes , que vous la découragerez en TafTaiblissant, et que si ses ressources diminuent dans les bonnes années , elles seront pour ainsi dire nulles dans les mauvaises ; alors vous dépendrez encore de l'étranger et de la spéculation 9 qui, comme on sait, affectionne principalement cet article.
En général le bon marché du libre échange sera très-problématique; dans tous les cas il sera soumis à mille incertitudes, et vous ferez des besoins de la consommation des affaires de bourse.
En outre, les contrastes de hausse et de baisse, pouvant être très-violents, ne permettront aucune fixité d'appréciation , et la valeur de toutes choses, jusqu'à la valeur du moindre magasin, pourra changer du jour au lendemain.
Quelle source d'incertitudes et de calamités!
EFFETS DIVERS DU LIBRE EGHA.1VGE.
Avant d'établir le libre échange, il sera nécessaire que chaque pays adopte aussi les mêmes lois^ car il est permis de croire que la France, qui possède les lois les plus libérales, et entre auti*es plusieurs lois favorables à l'industrie, ne voudra pas devenir la dupe des autres peuples.
Exemple : Ou bien il faut abolir la loi sur les brevets d'invention^ ou il faut que cette loi soit universelle; mais fût-elle même universelle, elle serait inefficace ; car comment voulez-vous que le
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Parisien breveté poursuive le Moscovite coutrefac* leur, et s'expose à un procès dans un pays dont il ne connaît pas les lois, parce qu'elles sont au* très que chez nous? Mais admettons méaie que ces lois fussent identiques aux nôtres, n'est-il pas évident qu'il faudrait avoir des motifs de la plus haute gravité pour entamer un procès à cette distance? Il est donc plus que probable que le fabricant français (dont le génie inventif est connu) serait dou* blement victime , car non-seulement ses produits seraient contrefaits dans les pays éloignés, mais pourraient encore venir sur le marché de France , et lui faire concurrence, étant perfectionnés au moyen de sa propre invention.
Qu'on ne nous réplique pas que le fabricant français aura son premier recours contre le marchand français , qui serait dans le cas de vendre ces produits contrefaits; car il existe bien des cas où la contrefaçon ne peut être constatée que par la connaissance de l'atelier de contrefaçon, parce que l'objet en lui-même ne se prête pas à cette vérification. C'est ainsi que M. Ruolz perdrait même en France les fruits de sa belle invention de la dorure électrique, qui aujourd'hui se pratique dans différents pays à bien meilleur marché que chez nous.
En mainte circonstance il ne pourra pas être question de représailles, parce que nous nous trouverons rarement dans le cas d'imiter des peuples moins avancés en industrie que nous^ tandis que si ces peuples ne possèdent pas le génie inventif.
SFFSTS GÉlliaÂUX MJ UMI ÉGHAMGi. 91
ils n'en sont peut-être pas moins capables d'imiter DOS produits.
Il y aura donc moins de stimulation dans le3 perfectionnements et moins de loyauté dans les transactions.
Il convient encore d'ajouter que la propriété des marques modèles et dessins de fabrique serait également compromise. L'on sait combien les marque$, dessins et modèles du fabricant exercent d'influence sur sa vente; eb bien, par les mêmes raisons ci-dessus alléguées , ils courraient le plus grand danger d'être impunément contrefaits à l'étranger. En outre, une masse de produits ainsi contrefaits pourra s'introduire même en France, et la contrefaçon en serait bien plus difficile à découvrir que maintenant.