‹ Libre échange et protectionChapitre 19 sur 21 · C. Par dautres voies · texte numérisé non relu

C. Par dautres voies

Car la presque totalité de ces contributions diminue d'autant celles à payer par les autres contribuables ; par conséquent elles profitent à la communauté; et si elles n'ont point pour résultat de faire opérer un dégrèvement des chaires publiques j il est incontestable au moins qu'elles viennent augmenter les revenus de l'Etat.

a^ Il jaut calculer à combien de mains-dœuvre y salaires et autres dépenses y cette industrie peut donner lieu^ et de quelle importance peuvent être les bénéfices que la consommation générale retire de ces sommes.

Car l'argent que les ouvriers^ etc., reçoivent, ils le dépensent, soit en achat de subsistances, vêtements, etc.; et sur ces achats, les fournisseurs gagnent, et ces gains profitent aux producteursconsommateurs, c'est-à-dire à la communauté; car tout s'enchaine , et la richesse de chacun fait la richesse du pays.

3® Quelle est la différence entre le prix de revient des produits de telle industrie en France, et le prix d achat de ces mêmes produits à F étranger. La différence en plus ou en moins indique le bé^ néfice ou la perte. ,

Si, par la comparaisoD du prix de revient d'un produit en France avec le prix d'achat de ce même produit à Tétranger, on trouve le prix d'achat inférieur au prix de revient, la France perd sur cette fabrication, si toutefois les deux considérations précédentes ne font pencher la balance en faveur de la production indigène.

Si les deux prix se balancent, la France ne perdra rien, elle gagnera même l'avantage résultant des bénéfices des deux articles précédents.

Si le prix de revient en France est inférieur au prix d'achat à l'étranger, la France gagnera infailliblement à attirer ou à conserver cette fabrication.

Effectivement, si nous tirons de l'étranger pour loo millions de marchandises, et s'il y a sur ces marchandises 3o millions de bénéfice, nous perdons 3o millions. Entrons ici dans quelques explications.

Pendant longtemps on a soutenu , d'après le système de la balance du commerce^ que si on tirait de rétranger pour lOo millions, et qu'on ne lui expédiât que pour 80 millions, on perdrait 20 millions. Pour que cela fût vrai, il faudrait que l'on ne produisit pas plus de 80 millions, c'est-à-dire que Ton consommât 20 millions de plus que l'on ne produit; dans ce cas, on marcherait à sa ruine, comme l'individu qui dépense 10,000 francs par an quand il n'en gagne que 8,000. Mais il est certain aussi que le pays qui produit autant qu'il consomme ne devient pas pauvre; et s'il produit davantage, il de-

vient plus riclîe. Le simple bon sens démouire celte erreur, que nos économistes se sont du reste efforcés d'expliquer et de réfuter longuement. Cepen* dant, si la balance expliquée dans ce sens est erronée, il y en a une autre, dans ces deux échanges, dont personne ne parle, mais qull faut prendre en sérieuse considération : c'est

La balance résultant des bénéfices;

car si nous exportons pour la même somme de marchandises que celle pour laquelle nous importons, la balance résultant des bénéfices qu'on fait sur les marchandises peut tourner à notre avantage ou à notre désavantage.

Par exemple, si nous exportons pour loo millions de produits sur lesquels nous avons un bénéfice de 10 millions, et si nous importons pour 100 millions de marchandises qui procurent au pays qui les fabrique un bénéfice de 3o millions, ce pays gagne 10 millions sur nous; car c'est le bénéfice résultant de la production ou du travail qui en fait la valeur. 11 ne suffît pas de travailler, il faut encore gagner, et le travail qui donne le plus de profit est le meilleur.

Que l'on ne dise pas : ce Si vous payez 3o millions « de bénéfice sur ces 100 millions de marchandises « que vous importez, c'est que vous pouvez les « payer, et c'est que ces marchandises valent cela <c pour vous. » Non, mille fois non ! car, supposons qu'il y eût liberté illimitée de commerce^ que la France n'eût plus d'autres industries que son agri-

culture 9 et que les cultivateurs pour s'habiller fus^ sent obligés de tirer de l'Angleterre, chaque année, pour loo millions de marchandises sur lesquelles les fabricants anglais gagneraient 3o millions, tandis que nous ne gagnerions que lo millions sur les loo millions de vin et de produits agricoles que nous leur enverrions; il en résulterait évidemment que les Anglais auraient non-seulement, chaque année, 20 millions de plus à dépenser, mais leur population se serait accrue de toute celle que nous aurions perdue par l'abandon de notre industrie; partant, pour l'Angleterre, une plus forte population, une plus grande richesse (parle gain et la plus-value des propriétés), et allégement de charges; car les impôts et toutes autres charges se répartissant sur un plus grand nombre d'individus, chaque Anglais aura moins à payer qu'auparavant, ou le gouvernement plus à dépenser.

. Ainsi, encore une fois, ce n'est pas le travail qui nourrit^ mais le profit qui résulte de ce travail.

Il nous reste à ajouter, aux trois questions que nous avons posées, une quatrième, qui mérite également d'être prise en grande considération , savoir :

[\ Estimer les progrès quune industrie peut faire dans r espace de vingt à vingt-cinq ans y avec une protection suffisante.

Si le résultat de cette investigation amène la conviction qu'après un temps donné cette industrie peut s'exercer aussi avantageusement chez nous qu'à l'étranger, la France pourra facilement

176 CHAPITRE y.

se soumettre à quelques sacrifices pour se l'approprier; car si dos prix de revient ne s'élèveot pas plus haut qu'à Tëtranger, le bénéfice que I'ob ftiit sur cette industrie , et qui, sur loo millions, peut s'élever, de 5o à 60 raillions, est tout à l'avantage de la France.

Pour traduire maintenant les quatre questions qui précèdent en chiffres, il faut nécessairement analyser spécialement chaque industrie dont on veut apprécier la position; et pour mieux nous faire comprendre, et pour jeter quelques bases de calculs d'après lesquelles on puisse opérer, nous établirons un compte fictifs qui , pour un grand nombre de fabrications, s'approchera beaucoup de la réalité.

Nous supposerons quatre établissements occupant emfiron 1,000 ouvriers y et vendant pour 1 miltions de francs de marchandises par an (déduction faite de l'escompte ou d'autres bonifications).

Pour résoudre dans ce cas la première question , celle du bénéfice que le gouvernement tire annuel^ lement de cette industrie , on peut admettre :

A. Par fe«coit^rf6ii^ioiii€tirec/e5: Que ces quatre établissements payent poar contribntions foncières , portes et fenêtres, patentes, prestations,

timbre, mutations, etc., par an, au moins F. 12,000

Et les 1 ,000 ouvriers payeront pour les mêmes contributions (à 8 fr. l'un) 8,000

B. Par les coniributions indirectes : Que les 1 ,000 ouvriers, chefs, contre -maîtres, etc., payent en

A reporter F. 30,000

TAUX DB LA PERCEPTION DOUANliRE. ITT

Repœrt F. so.ooo

contributions indirectes sor le yijf^ le sel^ le tabac, au moins^ 20,000

C. Par éPautres vines : Pour apprécier la valeur de cette question, nous ne prradrons pour exemple qu'un seul article, celui du bois. Il est à la conn^nssance de tout le monde que, depuis que Findustrie s'est développée en Firance, le bois a doublé de valeur, au grand avantage des propriétaires de forêts, parmi lesquels le gouvernement et les communes figurent pour une large part. Sans vouloir prendre ici en considération l'industrie du fer et autres fabrications faisant une consommation spéciale de bois, nous croyons que , sans exagération , Ton peut admettre que ces quatre fabriques et ces 1,000 ouvriers consomment annuellement 10,000 stères de bois, qui, à 3 fir. d'augmentation par stère, font 20,000

Ainsi, la première question se résout en une valeur totale de F; eo^ooo

On voudra bien remarquer que dans ce compte nous ne faisons pas entrer la plus-value des con- , tributions directes et indirectes qui résultera des producteurs non attachés à ces quatre établissements, et qui palperont le million de mains-d'œuvre , salaires, etc., payé aux ouvriers et autres employés, pour les fournitures qu'ils seront daps le cas de faire à ces derniers; car les bénéfices qu'ils ont sur ces fournitures leur permettront de plus fortes dépenses ; et bien des marchands et autres

178 GiAPirat t.

producteurs pourrool s'établir et trouver des moyens d'existence , grftce au mouvement d'affaires auxquelles ces établissements donneront lieu.

Cette augmentation dans le nombre des consom* mateurs conduira nécessairement à une augmentation des revenus directs et indirects; et quand on veut remarquer que nous opérons sur i,ooo ouvriers représentant une population totale de S^ooo à 3y5oo âmes, il n'y a pas le moindre doute que ces trois revenus subiront une amélioration très-sensible par cette consommation indirecte, résultant du fait de l'existence de ces quatre établissements; mais comme les chiffres même approximatifs nous manquent , nous sommes forcé de nous borner à indiquer seulement cette corrélation d'intérêts.

Pour résoudre la deuxième question , celle de savoir de quelle importance peuvent être les bénéfi-ces que la consommation générale retire des mains-d œuvre ^ salaires et autres dépenses que cette in» dustrie paye annuellement^ il faut procéder comme suit :

Nous supposerons que les quatre établissements présentent la situation suivante :

A. 11 leur faut en Matières tirées de France et

de rÉtranger, par aa pour F. 760,ooo

B^ Ils payeront pour Mains-ctceuvre 750,000

C » Frais de fabrication, tek

qne: réparation8etentretien,emhallage, jonmaliere, graissage, écdairage et assoranûes, etc. etc. uo^ooo A reporter F. i64,ooo

TAUX DE LA MMttTION DOUÀNIÈHE. 179

Report F. i64,opo

D « Frais génératuc^ tds que :

frais de bureau^ frais de voyage, frais de banque» ports de lettres,

etc,etc 140,000

E » AmartissementffSiiBn... 40,ooo

F » Intérêts à 6 pour cent Tan,

sur 2,000,000 iso,ooo

G JB^f^/fce net des quatre établissements 60,oOo

Analysons maintenant chacune de ces sommes, pour voir le bénéfice qui en résulte pour la consommation générale.

A. 760,000 fr. pour matières. Ces matières se produisent en totalité ou en partie en France , ou elles sont tirées en totalité ou en partie de l'étranger.

Dans le premier cas, il f^iut tenir compte à Tindustrie qui nous occupe, de la protection douanière dont jouit la fabrication de la production de ces matières, et augmenter d'autant les droits sur les produits de cette industrie.

Si ces matières ne jouissent d'aucune protection, il convient cependant de tenir compte à l'industrie qui les élabore, sur la quantité qu'elle consomme du profit qui résulte de la production de ces matières premières pour la consommation générale du pays.

Si les. matières premières viennent de l'étranger,

ISO CSAMTEt T.

il faut tenir compte à rindustrie indigène qui les emploie , des droits dont elles sont frappées à leur entrée en France.

Comme ces calculs ne peuvent se faire que pour une industrie spéciale , nous nous bornons à en indiquer la formule, sans faire entrer ces calculs dans le compte que nous allons établir.

B. 760,000 fr. de mainrilt œuvre. Cette somme est acquise au pays, mais n*est pas tout profit pour le pays, quoiqu'elle finisse par se convertir presque entièrement en bénéfice; car, que fait l'ouvrier avec cet aident ?

Il en achète ie$ subsistances : Profit ponr Fagricaltore ; partant

bénéfice pour le caltivateor, fermier , meonier» boulanger, fabricant d'huile, de chanvre, de lin, la laitière, le boocher, le charcutier, le marchand de vin, blatièr, fmitière, roulier, batelier, les compagnies des canaux , l'épicier et Iç commerce maritime pour les denrées coloniales.

Il en achète ses vêtements : Profit pour Tindustrie ; partant bénéfice pour le marchand de laine, jusqu'au fabricant de drap; pour le marchand de lin et de chanvre» jusqu'au fabricant de tissus; ou béné- 0ce pour le cultivateur, berger, tondeur, voiturier, marchand, fileur, tisserand, fabricant de boutons, de bas, de velours, de soie, de coton, chapelier, tailleur, tanneur, cordonnier, couturière, fabricant d'aiguilles, de fil, de rubans, jusqu'au sabotier, etc., etc.

Il en achète ses ustensiles de ménage, ses meubles; il paye son

logement, etc. : Profit pour le ferblantier, le po-

TAUX DB LA PERCEPTION DOUANliRB. 1^1

tier, marehand de fer, mattre de foige» yeiterie, colporteur ; le charpeatier» maçon , serrurier, menuisier, carrier, pUtrier, marchand de bois» jHTopriétaire de forêts.

Enfin, il n'y a pas une industrie, un état quelconque qui n'en profite; et par conséquent tous les consommateurs -'producteurs. Le rentier, qui perçoit un plus haut fermage ou qui trouve un jdacement plus avantageux de ses capitaux ; les cures, les juges, les médecins qui voient augmenter leurs honoraires; tous y gagnent.

Il n'y aurait absolument que l'avare, qui, n'osant pas confier son capital à qui que ce soit, le mange peu à peu ; celui-ci est le seul qui ne retirerait aucun bénéfice du renchérissement général des produits par la protection douanière qu'on leur accorde. Eh bien, s'il ytkun individu de cette espèce en France, nous ne pensons pas qu'il y en ait deux.

Mais les consommateurs pourraient objecter:

« Par la protection que Ton accorde à telle ou telle « industrie, on nous force d'acheter les produits de <K cette industrie 760,000 fr. par an plus cher que « nous ne les payerions en les achetant à l'étran- « ger. Prouvez-nous donc que cette industrie nous a rende ces 760,000 fr. par le surcroit de bénéfice « que nous pouvons faire avec elle ; car si les oua vriers de cette industrie dépensent 760,000 fr. <x de main-d'œuvre qu'on leur paye, nous ne pou- « vons pas regarder cette somme comme un bé^

m néfioe pour la consommation générale , parce « que les ouvriers exigent contre cette somme des « matières ou du travail. Ce n'est donc que le bé- « néfice résultant de ces deux opérations que vous fi devez prendre en considération, et non la somme « brute. »

Quoiqu'il soit certain que toule cette somme ne se change pas immédiatement en bénéfice, il n'en est pas moins vrai que cela aura lieu peu à peu, par la filière naturelle que suivent toutes les transactions. Par exemple :

L'ouvrier achète du tailleur un habit pour 5o fî\, qui dpnne au tailleur un bénéfice de lo fr. Le tailleur payera avec les 4o fr. restants le drap, la doublure, les boutons, fil, etc., qui donneront aux divers marchands un bénéfice de lo Hr. Ceux-ci payeront les fabricants, qui gagneront à leur tour lo fr. Lesfabricantspayeront leurs fournisseurs, etc., qui gagneront 5 fr.; et en suivant cette filière, on trouvera que ces 5o fr. se réduiront finalement tout en bénéfice, sauf la somme fort minime avec laquelle on achètera à l'étranger les matières premières qui peuvent servir de base à l'une ou à l'autre de ces fabrications, et qui, pour la plupart, donnent encore lieu à un échange de produits français.

Cependant , si ces 75o,ôoo fr. restent en France et rentrent dans la consommation, nous n'en reconnaissons pas moins que le renchérissement d'un produit peut occasionner au commencement un déplacement momentané d'un capital; mais si ce

TÂUI DB LA PBRCSPTION DOUANliRB. 183

renchérissement est continu , Féquilibre se rétablira bientôt , et en cela il y a une grande dif* férence entre le renchérissement résultant d'une proteclion douanière de produits manufacturés, et les fluctuations de prix des céréales, qui ont né* cessité dans la protection Féchelle mobile.

On pourra encore nous dire : « Si les 760,000 fr. « rentrent dans la consommation, il y aura aussi mille « ouvriers de plus qui y prendront part. » Cela est vrai; mais que feries-vous de ces mille ouvriers, si vous ne pouviez leur donner du travail? Vous les forceriez de s*expatrier, ou vous en feriez des men* diauts, ou il faudrait les empêcher de nattre, ce qui du reste a déjà été conseillé, mais à tort, car la trop grande population n^est pas à craindre» ainsi que nous Tavons déjà expliqué. A ces considérations nous en ajouterons encore une dernière, savoir: que ces mille ouvriers se perfectionneront, produiront à meilleur marché, atteindront et surpasse* ront méme.souvent la concurrence étrangère et aug^ menteront notablement la production des produits de la terre; et Ton sait qu'une plus grande production conduit toujours à une plus grande richesse.

Néanmoins, comme un droit trop élevé pourrait dégénérer en monopole, surtout quand il s'agit de la fabrication de matières premières; ou donner lieu à une coalition entre fabricants de produits manufacturés, et que par suite de cette coalition de& bénéfices exorbitants et illégitimes s'accumuleraient entre les mains de quelques individus; il

184 aurms y.

esl do deroir do goa vemeoiefit d'avoir Tcnl sur ces menées, ei de diminuer ou de retirer complètement sa protection dans un cas pareil.

Pour éviter autant que possible qu'une protection trop élevée ne conduise à ces abus, et donne lieu à de justes plaintes de la part des consommateurs intéressés, nous établirons le compte de manière que le taux de la protection soit équivalent au taux des bénéfices immédiats que l'industrie procurera à la consommation : laquelle consiste, comme nous Favons dit, en consonuna^ ùon de subsistances et en consomnuUion manufac* turière.

Pour calculer les bénéfices que Fagriculture et rindustrie retireront des quatre établissements que nous prenons pour base de nos calculs, nous chercherons, quant à l'agriculture, le profit qu'elle a sur les deux principales denrées qui concourent à l'alimentation de la classe ouvrière : le^^Y>nymt et les pommes de terre ; et voici ce que nous trouvons :

Rendement:

I Arpent de 20 ares planté en frowunt , peut ^t>doire eo moyenne 5 hectolitres de Croment^ dont le prix moyen descend rarement an-dessons de 22 fr. depuis le développement de Tindastrie , soit F. 1 1 o

Le même arpent, après la récolte du froment, est encore ensemencé de nar ets> qni donnent ordinairement nn bénéfice net de 25

Rendement total F. 13&

TAUI DE LA PBlCtPTIOIf DOUANlàRfi. , 188

FraU; Report F. It6

3 Toitorei de fumier à 6 fr F. is

Main-d*œnyre pour étendre le fumier . . i

Uboorage v. . 6

60 litres de semence à 22 fr ts 20

Bbân-d'œnvre pour cooper le froment. s Main-d'œuvre pour le mettre en grange. i

» pour le battre 9

Contributions 2

Fermage 25

Total des frais à déduire F. 72 20

Reste bénéfice pour le cultÎTateur. 62 80

Plus^ pour main-d'œuvre 20

Rénéfice total 82 80

Voilà le résultat pour le cultivateur dans une contrée industrielle; quel sera-t-il si cette industrie n'y existait plus?

D'abord le prix moyen de la vente tomberait infailliblement du tiers par hectolitre de froment , parce qu'il n'y aurait plus assez de consommateurs dans la localité. Le cultivateur serait obligé de vendre son froment au loin; et^ coinme c'est une matière encombrante d'un transport difficile , les frais s'élèveraient de suite à un taux onéreux.

La concurrence de l'Amérique et de la Russie, deux pays^ssentiellement propres à cette culture et qui au besoin pourraient suffire à combler le déficit que le monde entier peut éprouver dans les céréales, devient de jour en jour plus dangereuse;

186 (»APITM ▼.

elle rendrait la culture du froment beaucoup moins productive chez nous et exercerait une fî^cfaeuse influence sur le prix. Car, ainsi que nous Tavons vu, les prix des blés dans ces pays sont de la moitié plus bas que les nôtres.

Il en résulterait que peu à peu on sacrifierait une grande partie de la culture du blé, au profit de celle dès vignes; et si les blés ne réussissaient pas à rétranger, ou dans des années difficiles, nous aurions la famine.

Ainri, 60 admettant Qoe diflérenoe de prix do tiers, 8ok 7 (ir. 80 par hectolitre , oa trooverait one diainotion de reveon par arpeot pour le coltivateorde. F. 36 60

Il est enc(»re oo fait certain , qoe partoot où l'industrie s'est développée , le fermage et le prix des terres a doublé ; même il y a des contrées en

Alsace où , depuis quarante ans , la valeur des terres s'est élevée de 300 à 800 fr. Il y a vingt ans encore, il était rare qu'on payÀt plus de 13 fr. de fermage pour 20 ares de terre , prix ^ auquel on reviendrait nécessairement ; donc ,

une seconde perte de F. 13

Il convient encore de diminua le revenu net des navets, qui sont consommés par les hommes autant que par les bestiaux ; et comme les deux consommations se trouveraient fortement réduites par la perte de l'industrie, et ce légume n'étant point à transporter au loin , il fuiàrait grandement restreindre cette culture; ce qui enlèverait à l'agricultdre un beau bénéfice, et

Areportier F. 40 4o

TAUX DE LA PERCEPTION DOUANIArE. i8?

Report F. 49 50

occasioniierait encore ane forte dépréciation de prix sur ceax que Ton continuerait de cultiver, et que nous n'estimons pas è moins de F. 14

Sttf cette somme , il conrieiit de déduire 4 fir. S8 pour les 60 litres Troment de semence. comptés dans les frais détaillés ci-dessus, à 33 fr. Thecto- Utre , et qu'il faudrait compter à 1 4 fr. 70 si riodustrie n'existait plus. 4 38

Ainsi, par la perte de l'industrie, le cultivateur et le propriétaire des terres cultivées en froment ^

éprouveraient une perte par arpent de F. 59 12

Oude4Z,S pour cent sur lex 1 35 fr. rendement actuel,

11 faudrait encore ajouter à ces 43^8 poqr cent la perte du bénéfice que le cultivateur retire d'un débit avantageux du lait et du beurre à une nom* breuse population ouvrière ; bénéfice non-^eule* ment important en lui-même et presque nul dans un pays où il n'y a pas d'industrie manufeoturière^ mais qui permet encore au cultivateur d'entretenir un plus grand nombre de vaches ; de là nait infailliblement une plus grande production de viande, pour laq.uelle il obtient même un meilleur prix. L'augmentation de son bétail lui donne en outre plus de fumier, lequel lui procure les moyens d'améliorer les terres qu'il cultive déjà, et lui permet encore d'étendre sa culture à celles qu'il laissait en friche ou en jachère auparavant. II en résulte évidemment une phis grande production agricole et une augmentation de richesse territoriale.

188 GHAPITM ?.

En effet :

De 1816 à 1819 on M récoltait qoe 49 milttoDs d'hectol. de fhwi»

et 31 » depommeedelerre;

Etdel890àl8S4oBaréeollé #3 ». defwiMiit»

et 64 • de pomoesde terre.

Ainsi un tiers plus de froment et le double de pommes de terre.

En outre 9 le cultivateur occupe plus de bras pour une plus grande et une meilleure culture ^ et il peut mieux payer ses journaliers. L'améliora* tion de ses terres donne encore une augmentation de revenus à TÉtat , parce qu'elles passent en grande partie de la troisième à la seconde et de la seconde à la première classe , dans la catégorie des impositions.

Kous ne répéterons pas ici ce que nous avons déjà dit des résultats funestes pour l'agriculture de la perle des produits du sol qui alimentent aujour^* d'hui, comme matières premières, notre industrie manufacturière, tels que les graines oléagineuses, le lin y le chanvre, etc., etc.

La culture des pommes de terre donne les résultats suivants :

Rendement :

1 Arpent de 20 ares planté en pommes de terre , peat produire en moyenne 50 sacs de pommes de

terre, d'un prix moyen de 3 fr. 50 ; soit. ....... F. 135

Frais:

2 chariots de fomier à 6 fr F. 12

Main-d'œuvre pour étendre le fumier i

A reporter F. 1 8

tkvx DB LA pmcBrrimf douamiêmb. I8d

Bepori — F. IS i2$

Labourage e

Faire les trous •! planter ••••w 3

e sacs pommes semence à 3 Ar. ( d'un prix

moindre) 13

Piocher (remuer la terre) s

Butter s

Main-d'œuYre pour les sortir 9

Pour les transport^ en cave s

Contributions s

Fermage 36

Total des frais, à déduire, i F. 7e

Reste bénéfice pour le culti?ateur .... 49

Plus, la main-d'œuvre 3S

Bénéfice total F; 74

Comme on le voit, la culture de la pomme de terre rapporte un peu moins en bénéfice ; mais elle fournit plus de main-d*œuvre, ce qui est un grand avantage, parce que ce sont les femmes qui font presque seules tout le travail.

Ensuite, les pommes de terre sont aujourd'hui un aliment aussi nécessaire que le blé ; leur réussite n'est pas soumise a autant de chances que celle du froment , et sans la maladie (résultat probable d'une année désastreuse par son humidité et d'autres causes atmosphériques) , la plantation de ce tubercule aurait encore reçu de nouveaux développe* ments.

La pomme de terre présente encore l'avantage de pouvoir être cultivée dans des terrains sablon-

190 CHAFins ▼.

neux, montagneux, où le froment viendrait mal ou point, surtout sous de froids climats. Aussi ,sans nul doute la propagation de cette plante a permis le défrichement de forêts improductives, et a donne de la valeur aux terrains autrefois incultes.

Il est donc certain que la perte de l'industrie, ou la perte de la consommation ouvrière, exercerait une influence fS^çheuse sur cette culture, plus fâcheuse encore que sur celle du blé, à cause de la difficulté du transport des pommes de terre, lequel, à^la moindre distance, en double la valeur, et les expose à se détériorer. Aussi peut-on affirmer qu'en enlevant l'industrie à telle ou telle contrée, il suffirait de quelques années pour peupler de mauvaises herbes et de broussailles ce qui aujourd'hui est jardins et champs fertiles.

Noos peosons rester bien aa-dessoos de la vérité, en admettant que le sac de pommes de terre ne diminuera que de 1 fr« par la destruction de l'iodustrie indigène ; cependant cette diminution occasionnera au cultivateur une perte de 50 fr. sur sa récolte de SO sacs; soit F. 50

Auxquels il faudra ajouter, comme au froment, la réduction du prix de fermage de la

Sur lesquels il convient de déduire 50 c. par sac semence, comptés à 3 fr. au lieu de l fr. 50 3 '

Reste une pert^ totale de * F. oo

Soii 48 p. cent sur les 125 fr. rendement actuel.

TAUX DE LA HBll»FTIOIf DOUÀNliRB. 191

Ainsi 9 la perte pour ragriculture 4ieraU de 44 pour cent sur le froment, et de 48 pour cent sur les pommes de terre ; en y ajoutant les considérations secondaires que nous avons fait valoir, on peut, sans exagération , porter cette perte à 5o pour cent.

Par le compte que nous venons d'établir du rendement de la culture du froment et des pommes de terre, on a vu que le cultivateur qui possède un arpent de vingt ares peut produire annuellement pour une valeur de ia5 à i35 francs. En admettant maintenant que cet arpent vaille de 800 à 1000 francs > on trouvera qu'il faut à l'agriculture un capital de 1000 francs pour ne produire que pour 1 35 francs de marchandises, tandis que l'industrie atteint souvent un chiffre de vente égal à son compte capital , même elle le dépassera quelquefois.

On peut donc, sans exagération, affirmer qu'en ipoyenne l'industrie manufacturière produit , avec le même fond de roulement, cinq à six fois de plus par an que l'industrie agricole.

Quelle énorme différence! et qui devient encore bien plus sensible en comparant la production régulière et constante de l'industrie manufacturière à la production chanceuse de l'industrie agricole, qui, pendant presque une année entière, est exposée à toutes les variations du temps, et qu'un froid subit, une pluie, un insecte peuvent anéantir complètement! Aussi, il n'y a nul doute que ces avantages inhérents à l'industrie manufacturière

192 cBAFini ▼.

liront pas peu coDtribuë à dëvelo|q[>er la prospérité de la France.

Par la considératioD que nous venons de (aire valoir, et pour revenir au compte qui nous occupe, nous dirons que, quant à V industrie manufoictu^ rièrcy ses bénéfices sur ce qu'elle vend à Touvrier pour s*habiller, se loger, etc., sont encore plus élevés que ceux de Tagriculture, eu ^rd au plus de main-d'œuvre qu'elle paye, et au plus grand nombre de bénéfices qu'elle fait par suite de la longue filière de travail par laquelle passent presque tous ses produits: on peut évaluer à 76 pour cent le bénéfice qu'elle réalise sur ce qu'elle lui vend. Il suffirait de faire le compte de revient des tissus de coton et de laine, articles principaux de la consommation ouvrière , pour trouver que la livre de coton et de laine brute double et triple de valeur jusqu'au moment où elle se transforme en étoffes dont l'ouvrier fait ses vêtements. D'où résulte bénéfice pour le marchand de matières premières, le fabricant, le marchand de tissus, le tailleur, la couturière, les ouvriers, les voituriers, et tous les aqtres intermédiaires.

Il faut encore considérer que sans l'ouvrier, l'industrie manufacturière n'existant plus, ne ferait pas ces bénéfices du tout, tandis que l'agriculture existerait toujours , mais ferait seulement 5o pour cent de bénéfice de moins: £n outre , c'est encore l'industrie manufacturière qui gagne le plus par l'aisance de toutes les classes de la société , parce que -c'est principalement à son profit que chacun

TAUX DE LA PEmOEPTlOIl DOUANIÈRE. 193

dépense son surcroit de revenus. L'agriculture en retire un bénéfice bien moindre; car rhomme qui de i,aoo francs élèvera son revenu à i,8oo, ne dépensera pour cela guère plus pour sa table , mais il s'habillera et se logera mieux, et donnera Une meilleure éducation à ses enfants.

Cependant, en n'admettant pour Findustrie manufacturière qu'un bénéfice de 5o pour cent comme pour l'agriculture, nous trouvons :

B. Que s«r les 750,000 f . de main-d^omvre, Tindostrie agricole et riodastrie maoufactorière

gagnent par an^ au plus bas F. 875,000

C, D. Il en est de même des 280,000 fr. formant les frais de fabrication et les frais généraux de ces établissements. Ces frais se répartissent en frais d'emballage (caisses, papiers , clous, emballeurs), réparations et entretien (mécaniciens, maçons, charpentiers, menuisiers, tuiliers, carrier, marchands de bois , serruriers , maréchal^ etc.), journaliers^ éclairage, grais- 8age> frais de voyage, frais de gestion, salaires des employés, irais de bureaux (registres^ papiers, plumes, lettres de change, papiers tim^ brés, frais de banque, ports de lettres, etc.), contributions, assurances, etc. Comme on voit, il y a parmi ces fras des payements qui sont tout bénéfice : cependant nous ne prendrons également que 50 p. cent ; soit, sur 280,ooo fir. F. I40,ooo

E. Quant aux 40,ooo fr. A'mnùrtissènienty on peut les regarder comme entièrement gagnés pour la France ; car c'est une valeur qui existe ;

A reporter...* F. 515,000

194 CBAPITRB T.

Report F. 5IM00

mais qu'on amortit pour parer aax chances de ravenir. Si l'amortissement est réduit à la somme voulue, il cesse, et les produits de ces établissements seront diminués d'autant: donc, ^flt pour les consommateurs F. 40,ooo

F. 120,000 fr. cTmf*-^. Ici , nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que l'industrie indigène double l'intérêt de l'argent, c'est-àdire que sans industrie on aurait de la peine h placer ses capitaux à plus de s pour cent, tandis que dans l'industrie on en retire facilement 6 pour cent ; par conséquent, nous prendrons la moitié de ces i30,ooo fr. d'intérêts comme un bénéfice résultant de cette industrie pour la consommation générale; soit F. 60,ooo

G. 60,000 fr. de bénéfice. Ces 60,000 fr. sont certainement à regarder en leur entier comme bénéfice ; cependant^ pour porter la même modération dans la fixation de cette somme que dans l'appréciation des autres, nous n'en prendrons que les 2/3; soit F. 40,000

Ainsi la seconde question se résout en

une valeur totale de F. 655,ooo

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