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EFFETS DU L1BRR ECHANGE SUR LE COMMERCE

FXTIÉRIEUK.

Après avoir traité la question du commerce intérieur, nous avons à examiner quelle sera tin^ fluence que le libre échange exercera sur le com-^ merce extérieur.

A ce sujet, il faut entrer dans quelques détails tant en ce qui concerne l'industrie manufacturière que rindustrie agricole.

Toutes les grandes industries qui jouissent actuellement du drawback, cotofi, laine, ^von, cuir, cuivre, etc., n'auront point de chances de gagner,

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car aujourd'hui le remboarsement des droits les place déjà dans les conditions du libre échange.

Ou pourra bien objecter que le régime nouveau rendra moins onéreuses leurs conditions de (abrication. Sans doute; mais, ou bien T^tranger qui s^occupe de la même fabrication adoptera la liberté commerciale ) ou il ne Tadoptera pas. S'il Tadopte, nos avantages du meilleur marché peuvent également devenir les siens, et vous ne vous trouverez point, par l'efTet. unique du libre échange, dans une position meilleure que la sienne; ou bien il ne l'adoptera pas, et alors il taxera vos marchandises à l'entrée comme il l'entendra, et vous n'aurez rien de certain.

Les industries qui nous occupent se trouveront précisément dans une position bien plus mauvaise qu'actuellement : car aujourd'hui elles sont en possession exclusive du marché intérieur, qui couvre en grande partie leurs frais de fabrication et leurs frais généraux, et leur permet en conséquence ^l'exporter une certaine quantité de leurs produits à des prix réduits ou avec un bénéfice moindre. /

En général, quand il s'agit de nos plus fortes in- | dustries, comme celles des fers, laine, coton^ ma- ^ chines, etc., etc., il ne pourra guère être permis de parler d'exportation , parce que leur existence même sera mise en question ; et si les Anglais parviennent sous tous ces rapports à nous battre, comme dit M* Peel, sur notre propre marché, ils n'auront certes pas à craindre notre concurrence extérieure, aidés qu'ils sont en outre par les trans-

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ports plus avantageux que leur fournit leur grande marine marchande.

Toutes ces industries ne pourront donc plus exporter ce qu'elles exportent aujourd'hui, et cependant ce sont celles qui offrent les plus fortes sommes. D'après le tableau du commerce général de France, la valeur oflicielle des exportations des tissus de laine était,

Eo 1843 de 80 mfllioni de fr., et eem de coton de 82 millioiis de fr. • 1844 104 id. 118

1845 105 id. 128

Voilà donc seulement deux exportations qui ^ en 1845, se sont élevées à 233 millions, et que nous perdrions par le libre échange.

Est-ce la soierie, est-ce l'article de Paris, sont-ce les vins qui pourront nous dédommager de cette exportation ?

Mais quant à ia soierie , son plus beau marché est dans l'intérieur. Sur les 3oo millions qu'elle produit, plus de la moitié est consommée en France. Et qu'on le sache bien, dans aucun pays il n'y a autant de luxe que dans le nôtre, sauf l'Angleterre. Vous attirerez donc une concurrence étrangère qui pourra devenir sérieuse y sur le meilleur des marchés , sans vendre peut-être plus de soieries à l'étranger qu'actuellement; car, si TAllemagne ôle K même ses droits sur la soierie , il est fort douteux \ qu'elle en fasse pour cela une plus forte conspmmaj tion. Et si vous voulez la liberté de commerce, vous ne pouvez la vouloir seulement pour l'Eu-

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rope, il faudra l'accorder aussi à la soierie de l'Inde, qui, sauf les foulards, est jusqu'à présent frappée de prohibition, et qui^ par cette raison, doit être d^une concurrence d'autant plus dangereuse (i).

Quant aux articles de Paris^ nous ne voyons que l'Allemagne et la Russie où la vente de ces articles puisse augmenter.

Cependant, avec l'Allemagne, il ne faut pas se faire illusion, car quoiqu'elle ait élevé, il y a quatre ans , les droits sur ces articles à un taux exorbi* tant , sous prétexte de représailles, elle ne continue pas moins à nous demander les objiets de luxe dans ce genre dont elle a besoin. Il n'y aurait donc que les objets de cuivrerie ordinaire; mais, comme nous avons eu l'occasion de le dire, l'Allemagne les fabrique elle-même et à des prix qui lui permettront d'en importer une grande par-

(i) L'industrie de la soierie s'est grandement développée à l'étranger; c'est ainù que l'Angleterre^ qui, en 1824» comptait à peine 3y5oo métiers de rubans et soieries , en compte aujourd'hui environ 80,000 ; ainsi presque autant que la France, qui en a 100,000.

Le canton de Zurich en a près de r i5,ooo

Le canton de Bàle en a plus de 10,000

La Prusse rhénane, l'ancienne Prusse et la Saxe,

plus de. a5,ooo

La Russie, entre Saint-Pétersbourg et Moscou. . . la à 1 5,ooo

Enfin , r Autriche et l'Italie, au moins 25,ooo

En coûtant l'Angleterre 80,000

Nous trouvons un total de 170,000

Voilà donc 100,000 métiers français en présence de 170,000 métiers étrangers.

tie cliez nous, si, avec le système de douanes actuel, disparaissait la prohibition : à plus forte raison restera-t-elle maîtresse de son propre marché I

Nous arrivons slux produits de ^agriculture.

Passant sous silence les objets alimentaires non susceptibles de transport , qui ne laissent pas que de former une grande partie de la richesse agricole et dont nous avons vu la production Irès-compromise sur le marche intérieur, noua devons parier avant tout des céréales et des vins.

Quant aux. céréales, cette production sera mise en péril par suite de la concurrence étrangère et de la perte de ses débouchés intérieurs; et ce sont précisément ces débouchés qui sont les plus avantageux; car, en envoyant au dehors les produits du sol, Fagriculteur supporte lousles fraisd'exportation, lesquels viennent réduire considérablement son bénéfice.

Cette exportation, du reste, sera d autant plus difïicile que l'agriculture, privée en grande partie de Tappui et du profit de ses débouchés intérieurs, sera peu en état de rivaliser avec les concurrents que nous avons déjà signalés, et ce commerce, en supposant qu'il puisse avoir lieu, ne semblera point présenter beaucoup de chances de bénéfices à ceux qui le feront.

Il n'est pas même probable que Fagri culteur profitera beaucoup du bon marché que proniet le libre échange, et que cet état de choseslui procurera de grands avantages, car il se ressent peu de la protection dont jouit l'industrie ; par exemple, les droits sur le fer, dont il fait pourtant une grande consom- .

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maliou, ne pèsent que pour un centime et demi sur rhectolitre de blé. Les vêtements du cultivateur sont trèsrsimples , et il les confectionne très-économiquement ; il en use peu f et il n*y a pas de varia* tion dans sa manière de sliabiller^ en sorte qu'on peut produire ces étoffes en masse dans nos ma« nufactures et à moins de frais que les articles de luxe : aussi nous sommes certain que les vêtements de nos paysans ne coûtent au total pas plus cher que les vêtements du paysan étranger.

On peut encore objecter que, sous Je régime dé liberté commerciale^ la valeur du terrain et le prix du bail seront moindi*es ; mais en revanche les prix des blés seront Clément moins élevés, la propor* tion sera rétablie, et nous ne voyons pas q.ue la position du cultivateur devienne meilleure, surtout yis-à-vis celle de certaines contrées comme la Piussie méridionale, l'Egypte et surtout FÂmérique, car il faudrait que le prix des terres tombât bien bas pour que le cultivateur français pût rivaliser par ce motif avec le prix de vente de ces contrées; et certes ce ne serait point là un des malheurs les moins grands résultant du libre échange.

Quant aux vins , la question se présente sous de meilleurs auspices en faveur du libre échange. £xa^ minons cepepdant : nous avons dit qu'une grande partie des vins de France, soit en vertu de leur nature même, soit en vertu de leur prix et de leur qualité inférieurs, ne peuvent se consommer que sur les lieux.

Il n'y aurait donc que les vins de Bordeaux ,

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c[uel<]nes vins de Bourgogne et de Champagne, dont Texportation aurait chance d'augmenter. Mais augmenterait*elle assez pour contre-balancer la diminution des débouché; que notre production de vins éprouverait en France même ? Personne ne sau<^ rait vous le dire; il est permis même de le nier, si l'on considère que ces chances de développement ne seraient acquises qu'aux vins de luxe, tels que ceux de Bordeaux, quelques vins de Boui^ogne, de Cham^ pagne; que le Champagne, du reste, souffrira toujours delà contrefaçon étrangère etde la fabrication des autres vins mousseux ; que presque tous les pays ont des octrois à l'entrée des villes, qui sont cependant les centres de consommation des vins de luxe, et que les octrois, qui ne seront probablement point détruits par le libre échange, s'opposent même plus au développement de la consommation de ces vins que les droits d'entrée à la frontière. Nous avons la conviction que les vins ordinaires, bien loin de gagner en débouchés, perdraient au contraire, et cette perte serait d'autani plus sensible, qu'elle léserait plus d'intérêts, parce qu'il est évident que quelques vignobles privilégiés du Boixielais, de la Bourgogne et delà Champagne ne peuvent pas être comparés à tous les autres vignobles de la France. Pour nous, le résultat définitif et général du libre échange sur l'ensemble dç l'industrie vinicole parait devoir être négatif, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.

De tout ce qui précède nous croyons pouvoir conclure que les avantages perdus sur notre propre

marché, et la perte certaine des grandes exportations actuelles, ne seraient point, sous l'empire du libre échange, compensés par d'autres exporta* tions.

Biais, si même Ton veut admettre que certains produits isolés puissent développer leur vente extérieure, il est impossible de se figui*er que ces produits isolés puissent faire la contre-balance de cette masse immense de produits français qui se vendent aujourd'hui tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il faudrait, en effet , supposer que trois ou quatre industries prissent un développement tellement phénoménal) qu'elles fussent en état de représenter à elles seules la force de production et l'importance des grandes industries des fers, des cotons^ des laines, des machines et de toutes les industries que nous avons déjà citées.

Du reste, en consultant nos propres forces, en considérant les moyens de la concurrence et ceux de la consommation étrangère» on ne peut trouver aucun indice que de pareils faits puissent se réaliser. Évidemment, une telle supposition toucherait à l'absurde.

Le libi*e échange, sous le rapport de l'exportation, ne nous offre donc pas de garanties suffisantes; au contraire, plus on réfléchit à cette matière, plus on entrevoit de difficultés.

Et, de toutes les difficultés , celle qui n'est pas la moins importante résulte de la considération suivante :

Pour que la liberté commerciale eût une chance

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d application pratique , il faudrait quelle fut gêné' raie; il s* agirait donc den inculquer les principes ^ nonrseulement à la France ^ mais encore à tous les États étrangers.

Car ces principes doivent être universellement reconnus, et ne peuvent s'appliquer d'une manière partielle.

Admettons, en eflet^que nous proclamions leprinr cipe du libre échange, et que nous ne soyons pas imités par les autres États du monde , quelle serait la conséquence de cette mesure? Cest que nou^ compromettrions notre propre marché, sans savoir le parti que nous pourrions tirer des marchés étrangers: il n'y aurait même plus réciprocité, Nous ruinerions nos plus belles industries; et quant a celles qui nous resteraient, non-seulement nousau-^ rions rétréci pour elles le marché intérieur , mais encore nous serions incertains sur leurs débouchés extérieurs.

Peut-on raisonnablement espérer que l'Autriche, la Russie, le Zollverein, proclameront le principe du libre échange? Nous ne le pensons pas : TAutriche ne cesse point d'être guidée par son vieil esprit prohibitif; la Russie cherche à élever son industrie en lui accordant une forte protection ; le Zollverein , chaque fois qu'il modifie ses tarifs, opère ces changements en augmentant de plus en plus ses droits; car le cri de protection est le cri général qui s'élève en Allemagne,surtout contre l'Angleterre, que le Zollverein peut regarder comme sa concurrente la plus dangereuse. L'Allemagne, ayant passé par

récole du libre échange, sait ce qu'il coûte et dans quelles mauvaises conditions il peut placer l'industrie, surtout en ce qui concerne les ou* vriers : ce n'est, enefTet, que par des mains-d'œuvre réduites qu'elle a pu pendant longtemps soutenir la concurrence ; mais la population ouvrière a fait les frais de la lutte, et a été contrainte à une existence misérable. Ainsi , quand les Anglais eurent ruiné complètement les fileurs allemands, les tisserands continuèrent à élaborer les fils que leur envoyaient les Anglais ; mais ce travail n'a pu s'effectuer qu'au prix des plus grandes privations, c'est-à-dire en se contentant d'un gain de 60 à 70 centimes par jour , et encore moins.

On objectera que ce fait peut être la conséquence de l'infériorité du travail à la main sur le travail mécanique : mais cette objection ne détruit pas notre assertion ; car comment les Allemands pour« raient-ils concourir contre la supériorité des Anglais dans le travail mécanique, sans l'appui de la protectiota ?

Admettons même que le concours de toutes les autres nations soit acquis au libre échange, il fau« dra s'assurer si ce concours sera durable, s'il pourra l'être, si ce traité général de commerce sera decon-^ texture plus solide que les traités politiques qui ont jusqu'à présent, tant bien que mal , régi les États de l'Europe. Le régime commercial ressentira indubitablement et à chaque occasion les contrer coups des ébranlements du régime politique, parce qu'une guerre entre deux peuples, si elle ne brise

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entièrement les relations commerciales entre eux , met ces relations pour le moins en question, et en ^mprometFavenir.

Il faudra donc s'assurer si la premièi*e guerre venue, si la moindre jalousie de peuple à peuple, si la lésion qu'une nation peut éprouver dans ses intérêts par suite du nouveau régime, si enfin ces causes réunies ne peuvent briser le tissu du libre échange, qui nous semble assez fragile, et il Tesl^ parce que les causes qui peuvent le désoi^aniser sont malheureusement écrites à chaque page dé rhistoire. Cesseront-elles d'agir par la suite? nous l'espérons, mais nous voudrions avoir une certitude.

Tirons de cela des conséquences, en raisonnant d'après la situation actuelle des choses. Supposons le libre échange établi partout : nous avons vu que nous y perdrions les trois quarts de notre industrie, et cela est incontestable; admettons même, ce qui ne peut se démontrer, que quelques industries, les soieries, l'article de luxe et les vins, par exemple (et il faut bien les citer, car en dehors d'elles il n'y a rien de saillant), gagnent considérablement en production par suite de débouchés extraordinaires à l'extérieur. Que peut*il arriver en cas de conflit avec un pays qui nous demande une grande partie de ces prpduits? Ou, dans l'intérêt de nos exportations, nous serons obligés d'éluder ce conflit, et à cet effet de passer par des conditions qui pourront être très-onéreuses; ou, en cas de non - conciliation , nous ferons la guerre ; mais

en ce cas nous serons chaires d'une produc* * lion qui aura perdu une grande parlie de ses débouchés.

Notre production se trouvera donc dans un grand embarras ; en vain demanderons-nous cFan- Ires ressources aux industries que nous aurons perdues; elles ne simprovisent pas. D'autres nation(s les auront perfectionnées, depuis le jour où nous les avons sacrifiées; et il sera difficile de réoi^niser ce qui nécessite un concours si varié de circonstances, non-seulement de capacité administrative, de connaissances techniques, d'ouvriers expérimentés, mais encore d'un matériel de fabrication difficile et lent à établir.

Notre production nous sera donc à charge, et celle que nous aurons sacrifiée sera impuissante à nous porter secours.

Voilà pour la supposition d'une guerre qui pourrait troubler le libre échange.

Supposons maintenant qu'une nation se trouvât lésée par cet état de choses , et cette hypothèse est permise, parce qu'une mesure quelconque porte rarement profit à tout le monde : qu'en adviendrat-il ? ou bien cette nation recourra à la guerre, on bien elle retournera de nouveau au système de protection; à moins de nous faire sa dupe, nous la payerons de représailles, et nous deviendronsà notre tour protectionnistes contre elle; et après avoir perdu les avantages que lé libi*e échange aura pu nous donner vis-à-vis de cette nation, nous serons forcés de nous mettre de nouveau à la recherche

* de ceux que nous avons perdus par suite de Ya^ bandon du système de protection.

Il faut donc que le système du libre échange présente des garanties de aurëe^ autrement il ne sert qu'à jeter des éléments de troubles et d'incertitude parmi les nations.

Nous avons encore dit qu'il faut qu'il soit général et Rapplique à tous les peuples.

Car s'il ne l'était pas, s'il n'était que partiel, et si 4a France se faisait le Don Quichotte d'une idée belle en théorie^ mais obscure en pratique et qui 4ie fût pas partagée par d'autres nations , il n'y a nul doute que ces dernières n'en retirassent de très-beaux avantages.

En effet , elles réserveraient le' marché indigène à leur industrie 9 et par ce premier et principal débouché, elles assureraient une vente certaine à leur production, qui en sera d'autant plus forte à aborder notre marché, surtout parce qu'elle ne se trouvera plus gênée par de forts droits d'entrée. Bien qu'il ne soit pas dit que sa concurrence contre nous puisse s'étendre à tous les articles, il n'en est pas moins vrai qu'elle trouvera toujours dans son industrie des produits qu'elle pourra nous envoyer avec avantage, sans craindre nos propres exportations sur son territoire; effectivement, il n'existe presque pas de peuple , en y comprenant même les moins producteurs, qui n'ait au moins une spédUilité dans laquelle il excelle.

Mais il y a plus : en nous soumettant à un pareil régime vis-a-vis d'autres peuples, nous notis char-

gérons de faire leur éducation industrielle, qui senr des plus complètes , abrités qu'ils sont par leurs remparts douaniers ;;et qu'en résultera-t-ii, si ce n'est de nous créer par la suite des rivsKix dangereux ?

Nous disons donc que les nations protectionnistes auraient tous les avantages. Deux mots suffisent encore pour le prouver. Restez protectionnistes, et supposez que le Zollverein proclame tout à coup le libre échange, certes nos industries battraient des mains et avec raison ; demandez4e à l'article de Paris, aux soieries, aux vins, etc.

Mais quelles chances aurions-nous de laisser en* tamer notre propre marché sans être garantis de nos exportations? Est-il certain, par exemple, que la Prusse compromettra Ëlberfeld afin de faire plaisir à Tjyon? Les coteaux du Rhin seront-ils sacrifiés à ceux du Médoc? Ce dernier cas surtout est peu probable, et il est douteux que le Zollverein consente à laisser entrer nos vins en franchise ; ce serait efTarouoher les États méridionaux de l'Allemagne, mais surtout la Prusse, pour qui cette question est de la plus haute importance, tant sous le rapport matériel que sous le rapport poUtique, car elle forme le lien puissant qui unit à elle ses provinces du Rhin, et sans doute elle se gardera bien de relâcher ces liens.

Si l'Allemagne s'opposait à nos vins, serons-nous certains des débouchés en Angleterre? Mais M. Cobden nous a dit, lors du banquet de Bordeaux : « Notre a froide Angleterre ne produit pas de vins. Les « droits élevés dont ils sont encore frappés ne sont

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*« donc pas des droits profecteursi et c^est conti*e « la protection que notre mouvement a été di- « rigé. » Ce qui veut dire, en français : Il faut protéger nos brasseurs, et nous ne sommes libres échangistes que quand notre intérêt Texige.

Et si même des concessions étaient faites à cet égard, soyez sûrs que nous serions forcés de les payer très^her d'une autre manière.

Au commencement de ce paragraphe, nous avons fait l'examen de nos productions, au moins des principales; qet examen n'a pas eu pour résultat de nous convaincre des développements que le libre édiange aurait pour effet d'imprimer à nos exportations; au contraire, nous ayons dû reconnaître que celles qui présentent les chiffres les plus élevés, c'est-à-dire celles faites par nos grandes industries, perdraient beaucoup de leur importance actuelle. Nous avons ensuite abordé un autre ordre de considérations, et nous nous sommes posé cette question :

Pourrons-nous compter sur le marché de toutes les autres nations, ou, en d'autres termes, toutes les autres nations voudront-elles se faire libres échangistes.?

Si l'Angleterre n'y risque rien, et en raison de sa prépondérance elle n'y peut que gagner, car son marché restesauf, et ceux des étrangers deviennent sa conquête; le ZoUverein, en revanche, la Russie^ l'Autriche, y regarderont à deux fois.

Donc, avant d'être bien renseignés à l'égard des nations surles marchés desquelles nous pourrons

compter, nous serons condamnés à rester dans une complèle incertitude, et à travailler sur des suppositions qu'une volonté indépendante de la France pourra à chaque instant démentir; et nos chances de débouchés extérieurs risqueront fort de s'égarer dans les brouillards du Rhin et dans oMx de la Tamise.

IjC résumé de ce paragraphe est le suivant :

Nous ri avons aucune certitude de regagner au dehors ce que nous perdons à la fois au dedans et au dehors.

Le résumé du para^aphe précédent était :

Perte dune partie du marché intérieur^ diminu-tion de production et de population.

Ainsi, en nous fiant aux promesses des libres échangistes, nous donnerions de l'argent contre des traites qui courraient grand risque àiétre protestées; et pour se servir d'un proverbe trivial, ce serait le cas de leur répondre \ Un tiens vaut mieux que deux tu Voûtas.

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