DE COMMERCE
Peut-on espérer qiCen retour des avantages que nous aurons perdus j et que nous venons de résumer y t effet de la Uberté commerciale sera de nature à nous dédommager y par un mouvement commercial plus animé ^ c'est-à-dire que par le développement du
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commerce de commission , des marchandises de transit , de transport , de banque , du commerce maritime, etc. , etc., il résulte un plus grand mouve-ment d affaires , et par conséquent une production , une source de gain plus forte que celles qui ont existé jusque à présent sous tous ces rapports?
Mais ce plus grand mouvement ne peut provenir que de deux causes :
i"" Par le mouvement plus animé à Tintérieur ;
a*^ Par le mouvement plus animé à Textérieur.
Nous avons déjà vu que la vivacité du commerce intérieur était ralentie par la perte d'une grande partie de notre industrie; que la perte de la population qui en serait la suite diminuerait également les transactions, les ventes de toute nature, les gains de tous les artisans , ainsi que ceux de tous les autres producteurs.
De même le commerce des transports intérieurs perdra de son activité sous le libre échange, car l'industrie lui procure de doubles avantages :
I® Par le transport de toutes les matières premières nécessaires à l'industrie. Et il faut remarquer que ces matières premières peuvent donner lieu à divers autres transports. Ainsi la fabrication des fers nécessite des transports de minerais, de castines, de fontes brutes et moulées; en outre, des transports de bois, de charbon, de houille, etc.
a"" Par le transport des matières fabriquées.
En supposant la perte d'une grande partie de nos industries, le bénéfice du premier transport nous échappera presque entièrement, et il ne nous res*
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tera que le second y dout Fimportance se trouvera même grandemeut réduite.
Le commerce d'ai^ent devra également perdre , si Findustrie diminue, car il y aura moins de mouvement dans les valeurs et dans les capitaux , moins de population y et par conséquent moins de transactions financières.
On n'entrevoit aucune raison pour que le commerce de transit soit plus heureux ; ce commerce, du reste, est très-incertain , car la préférence qu'on donne à une route sur une autre dépend des considérations particulières qui peuvent guider cha-* que État, et des concurrences étrangères, qui, en s'élevant, peuvent réduire au néant tous les avantages qu'on attachait à la voie précédemment suivie. Par la création d'un chemin de fer on peut rapprocher certaines distances, et faire prendre une toute autre direction au transport des marchandises. C'est ainsi qu'Anvers peut aujourd'hui faire concurrence au Havre pour le transit du ZoUverein, Trieste à Marseille pour le transport delà malle des Indes, etc. , etc. En général, nous ne voyons pas que le lihre échange puisse exer* cer ime grande influence sur cette question ; car, comme nous venons de le dire, d'autres causes i^ssent sur elle, et l'exposent à des diances plus ou moins favorables.
Le commerce des marchandises étrangères, pour être téexportées dans d'autres pays, dépend encore , comme le transit , de circonstances toutes particulières , de moyens de transport plus ou
moms avantageux, et d'autres causes également étrangères au libre échange.
Notre commerce maritime gagnera^tnl à la liberté commerciale ?
L*on dira que les matériaux de nos vaisseaux, le fer et tout ce qui a trait à leur construction, seront meilleur marché , et par conséquent notre marine se trouvera dans de meilleures conditions. Mais il faut remarquer que la liberté commerciale implique l'abolition du privilège dont jouit le pavillon national, et que par là il sera privé de bien des transports dont il retire aujourd'hui les bénéfices.
Le libre échange ne lui procurera pas non plus ce qui lui manque surtout, c'est-à-dire le transport des marchandises encombrantes , si nécessaire à l'alimentation de la marine marchande. Sous ce rapport, notre condition actuelle est inférieure à celle de l'Angleterre, qui a le transport de sa houille et de ses fers; ainsi qu'à celle de l'Amérique, qui a ses bois, son coton et ses céréales.
Notre principale concurrente maritime, c'est l'Angleterre; et certes nous la rendrons encore plus redoutable en enlevant la protection non-seule* ment à notre marine, mais encore à notre producr tion manufacturière, ce qui ne manquerait pas d'accroître à la fois et sa puissance industrielle et sa puissance maritime.
On pourra dire, à la vérité, que, sous le régime du libre échange, quelques branches de commerce, gagneront dans nos poris de mer, le commerce de commission par exemple. Nous ne le nions pas ;
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mais ces gains seront en partie réalisés au détriment des intérêts de Fintérieur. C'est ainsi que le commerce des grains peut ajouter à l'activité des ports de mer, mais causer des pertes à l'agricul* ture. Il en est de même du sésame y etc.
Mais sufîfit-il à un État de 5,3oo myriamètres carrés que sa circonférence soit heureuse, et appellerez-vous un beau fruit celui qui se présente à Vex* térieur irréprochable, mais qui est gâté en dedans ?
En résumé, comme notre marine marchande forme la base de notre marine militaire, loin de l'exposer aux coups du libre échange, la France entière devrait s'imposer des sacrifices pour l'élever au rang où la dignité et l'indépendance du pays l'appellent. En étendant encore davantage les privilèges et la protection dont elle jouit déjà, l'on pourra peut-être suppléer aux transports des marchandises encombrantes qui nous manquent, et qui contribuent principalement au développement et à la prospérité de la marine étrangère.