‹ Libre échange et protectionChapitre 6 sur 21 · EXAMEN 1>£ DIFFERENTS MODES DE METTRE LE LIBRE · texte numérisé non relu

EXAMEN 1>£ DIFFERENTS MODES DE METTRE LE LIBRE

EGHANCE A EXECUTION.

Nous avons vu, dans les paragraphes précédents, l'influence du libre échange sur les graves intérêts de la France, et cet examen nous a fait reconuaitre que cette influence est plus que négative.

Examinons mainteuant quelques cas particuliers aux differenles manières de le mettre à éxecution.

A. ce sujet se présentent , comme nous l'avons déjà dity trois hypothèses principales.

i^L'abolition immédiate du systèmedeprotection.

0? Une opinion plus mitigée, qui consisterait à opérer d'abord des réductions de droits avant d'arriver au libre échange complet, ou à une simple taxe douanière fiscale.

3^ Laisser provisoirement les droits intacts, mais assigner aux industries un délai fatal pour se préparer au libre échange.

1 "^ Abolition immédiate du système de protection.

Aux inconvénients que nous avons déjà signalés, en examinant les influences du libre échange, viendrait encore se joindre un autre inconvénient trèsgrave, qui résulterait de ce qui suit.

Pourcjuoi les free-traders veulent-ils la suppression de la protection? Afin que tous les objets de consommation tombent à de bas prix. En admettant leur hypothèse, cette brusque transition causerait des maux épouvantables au commerce et à la propriété. Il en résulterait une dépréciation considérable de toutes les valeurs : de la valeur des terres, des usines , des maisons, des marchandises, des fonds de magasin , et par conséquent des.pertes énormes subies par tous ceux qui ont acheté des terres, des usines, des maisons, des marchandises, avant la baisse des prix, et qui ne seraient plus en état de les revendre à un taux proportionné.

L'industrie, ragriculture, le commerce de gros et de détail se trouveraient frappés d'un coup funeste; ce serait l'ère des faillites et des déconfitures.

2® Opérer d! abord des réductions de droits j aidant d arriver au libre échange.

Cette seconde hypothèse entraînera des résultats analogues à la première; il ne peut y avoir de différence que dans la manière dont les résultats s'accompliront. La seule diflerence sera de savoir s'il faudra succomber d'une manière prompte, ou d'un mal de consomption. Si vous commencez à réduire la protection des industries , et si vous ne leur laissez plus un taux suffisant pour les garantir contre les invasions des produits étrangers , vous leurcauserez tout le tort qui résulterait d'une suppression immédiate des droits, et cet adoucissement du système du libre échange n'aurait pas la moindre utilité pour le producteur. Si vous réduisez le taux du chiffre de protection de manière à laisser à l'étranger certaines chances dans le marché français, vous compromettez une grande partie de la vente française; car les étrangers viendront partager avec elle, et non^seulemei^t les débouchés du producteur indigène seront amoindris, niais les prix baisseront immanquablement, par suite de l'effrayante concurrence qui s'organisera alors. Donc deux maux réunis qui fondront sur la production française, laquelle ne manquera pas de

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décliner pendant ce régime provisoire, qui doit cependant lui servir de délai pour se reconnaître et se préparer au libre échange.

3® Laisser provisoirement les droits intacùf ^ mais assigner un certain délai aux industries.

Assignerez-vous un certain délai aux industries pour se préparer; cinq , dix, quinze, vingt ans, par exemple? Nous dirons d'aI>ord qu'il est impossible de fixer d'avance l'époque où telle production pourra se passer de protection ; son développe* ment plus ou moins rapide dépend de tant d'événements et de tant d'éventualités, que l'homme serait bien présomptueux de vouloir les prévoir. L'état de paix, la guerre, les bonnes ou mauvaises récoltes, les crises financières, les industries nou*> velles, peuvent développer ou retarder la marche de telle industrie d'une manière tout à fait disproportionnée; et, comme il n'y a plus de prophètes aujourd'hui, un homme qui voudrait revêtir ce caractère risquerait, dans ses prévisions, de recevoir, du temps et des circonstances, le démenti le plus formel.

La protection, en France , ne date que de vingtcinq ans, et elle nous pèse déjà. Sous ce rapport, il faut convenir que la patience était plus grande en Angleterre, qui a subi ce régime pendant très-longtemps, et qui n'a pas trouvé plusieurs siècles de trop pour donnera sa production les plus fortes racines, avec l'appui des douanes.

Cependant, dans l'hypothèse d'un délai fatal.

comme dans les hypothèses précédentes, on pro* clame le principe de l'abolilion des douanes, et la proclamation de ce principe exercera une funeste influence sur Findustrie.

Et d'abord sur son principal soutien ; car certes il n'y a pas de plus grand poltron que le capital , à moins qu'il ne donne dans l'autre extrême , par l'appât de forts bénéfices. Il sera effrayé à juste titre des orages que l'avenir lui prépare. L'in* dustrie résistera-t-elle , ou lui faudra-t-il succomber? Tel est le problème que l'avenir seul pourra résoudre. En attendant, l'inquiétude, les défiances naissent; ou bien le capital se retirera, ou bien il fera de fortes prétentions pour niveler les plus grandes chances qu'il pourra courir: toutes choses fatales à l'industrie, fécondes en catastrophes et en faillites.

Il est encore très-probable que les affaires languiront plus ou moins pendant ce temps, c'est-àdire qu'en prévision d'un meilleur marché qui frappera de dépréciation un grand nombre de valeurs, les besoins de la consommation se restreindront, le marchand sera très*réseryé dans ses achats, de peur qu'il ne lui reste un approvisionnement sur lequel il pourrait perdre; les constructions s'ar^ réteront, car il faudrait les effectuer sur des terrains et avec des matières et des mains-d'œuvre trop chères , en proportion du prix qu'elles vaudront plus tard. Les transactions, les ventes, seront paralysées , car sait-on à quel prix tombera un arpent de terre? En un mot, les dernières années de ce

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régime provisoire seront des années d'attente, d'incertitude et de stagnation.

Ce n'est pas une pareille époque d'inquiétude et de défiance qui pourra servir à l'industrie pour se préparer et se fortifier à la lutte que lui réservera le libre échange complet

Nous voyons donc que le libre échange ne sera pas plus heureux dans les moyens qu'il employera pour parvenir à ses résultats que dans les résultats

en eux-mêmes.

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