‹ Libre échange et protectionChapitre 7 sur 21 · VI · texte numérisé non relu

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CAUSES GÉNÉRALES QlJl REITDENT L'ÉTABLlSSEMRIfr DU LIBRE ÉCHANGE TRÈS-DIFFICILE.

Nous avons vu les grands inconvénients qu'entraîneraient non-seulement la mise en pratique de la liberté commerciale, mais encore les différents modes de la mettre en pratique.

A ces inconvénients il faut ajouter d'autres considérations; elles prouveront l'extrême difficulté d'assurer quelque avenir de durée au libre échange, en admettant, ce que nous contestons, que ce système puisse recevoir une oi^anisation pra^ tique.

A cet efTet , il faut se demander quel est le but que se proposent les partisans de la liberté commerciale, non pas ceux qui sont guides par Tintérét particulier, nous les croyons eu minorité.

et on ne peut y avoir ëgard, mais tous les hommes de ce parti à sentiments élevés et généreux qui entendent, au moyen de leur théorie, as* surer par des liens mutuels le bonheur de tous les peuples.

Remarquez bien qu'un free-trader ne peut se contenter d'être de son pays, il faut quMl soit cosmopolite, c'est une nécessité de son rôle; c'est tout à fait dans l'intérêt de sa théorie: aucun homme ne sera assez insensé pour construire une maison sur du sable. U faut que la théorie du libre échange soit pour le bonheur des peuples, autrement elle n'aurait pas de fondement solide.

Nous concluons de là que le libre échange doit mettre tous les peuples qui y participent dans une condition également avantageuse pour l'établir chez ^ux.

U ne faut donc pas qu'il arrive qqe l'un ait plus de charges que l'autre, soit permanentes, soit accidentelles.

En effet, si un peuple, sous le régime de la liberté commerciale, est placé ou se trouve placé plus tard dans de plus mauvaises conditions que d'autres, il est clair que ce peuple sera lésé et ne voudra plus d'un état de choses qui, en lui enlevant la protection, ne lui laissera pas les moyens de compenser des chances inégales.

11 est donc nécessaire, i^ que sa production soit dans des conditions aussi favorables que la production d'autres peuples : sujet que nous avons traité et qui nous a déjà fait reconnaître de grandes iné-

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galités/ nuisibles non-seulement aux parties intéressées, mais même à l'établissement du libre échange.

Il faut j 1'^ qu'une nation ne soit pas plus grevée d'impôts, de régies, de monopoles, qu'une autre nation. Et , qu'arriverait-il s'il y avait inégalité de charges? En vérité, il est presque inutile de le dire : il est par trop évident que l'état sur lequel pèse la surcharge d'impôts pioduira à des conditions moins avantageuses.

Cette égalité d'impôts est, comme on sait, une chose impossible, et une infinité de causes l'empêchent. Ainsi le caractère national , des frontières plus ou moins difficiles à garder, des motifs particuliers de surveillance d'un État vis-à-vis de l'autre, peuvent nécessiter un effectif militaire plus ou moins nombreux, une police plus ou moins dispendieuse, et par conséquent entraîner une nation à plus de charges que l'autre.

Des impôts extraordinaires peuvent devenir nécessaires pour satisfaire à de grands travaux d'utilité publique. Ainsi l'Angleterre possède un réseau complet de chemins de fer; la France commence seulement la construction du sien, et sa plus grande étendue en rendra la construction et l'entretien plus onéreux qu'ils ne le sont en Angleterre.

Un État peut être forcé de soutenir une guerre dispendieuse; c'est le cas de la France en Algérie. Un fait pareil est tout à l'avantage d'autres États non en guerre, par exemple du Zollverein, dont les contributions sont soulagées d'autant^

tandis que les charges que celle guerre crée en France sont en grande partie imposées aux pro* ducteurs agricoles et manufacturiers*

3^ Les avantages qui résultent de la situation géographique d'un pays 9 de ses voies de communication intérieure plus perfectionnées, de sa marine plus puissante, facilitant ses transports , peuvent encore, s'ils échoient à un seul peuple, troubler rharmonie du libre échange. Et telle est la position de TAngletetTe vis^à-vis le continent : aussi, par suite de ces avantages, on peut dire qu'une protection douanière de i5 ^/^ en Angleterre est aussi efficace qu'un droit de ci5 7o en France.

4^ Les différentes législations des peuples in^fluent également en bien ou en mal sur leui* production.

L'on connaît l'ejttréme sévérité des lois anglaises concernant la marine et le travail manufacturier; il n'y a aucun doute que ces lois ne soient trèsavantageuses au but qu'elles se proposent ; mais il répugnerait à l'esprit d'humanité français de les adopter, et nos fabricants se trouveraient ainsi dans une position moins forte que les fabricauts anglais.

5^ De mauvaises récoltes, des crises financières, des inondations, des émeutes, sont de nature à troubler l'économie intérieure d'un peuple, à nuire à sa production manufacturière et agricole, et à ébranler ainsi l'équilibre nécessaire aux peuples libres échangistes.

6® Une guerre survenant entre deux États peut

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affaiblir leur force, leur occasionner beaucoup de frais, et arrêter leurs débouchés mutuels, ce qui enrichira d'autres nations et rendra Tindustrie de ces nations d'autant plus forte en compromeltant Tindustrie des puissances belligérantes.

Et ainsi de suite, car il est impossible d'énuméter toutes les causes qui peuvent rendre inégales les conditions de production des peuples.

Mais ce sont précisément ces conditions inégales qui empêchent le libre échange; car elles ont pour effet de rendre un peuple plus malheureux et plus faible qu'un autre, plus incapable de lutter à armes égales sans le secours de la protection, plus incapable de sauver au moins son propre marché.

Le libre échange veut le bonheur pour tout le monde; mais ce but, il ne saurait l'atteindre, car il enlève aux faibles leâ armes qui doivent les protéger contre les forts, il favorise le despotisme du fort sur le faible. Et cependant l'on dit toujours que ce système est plus libéral , que ses principes sont les principes mêmes du droit naturel. Mais de bons principes ne sauraient avoir d'aussi mauvaises conséquences.

En résumé, le libre échange ne pourra s'organiser sans de grandes difficultés; il ne pourra se maintenir, car il n'est pas capable d'établir l'^alité entre les producteurs, et cette égalité est nécessaire pour concourir sans douanes, sinon il y aura des dupes, et les parties lésées devront naturellement écarter d'elles les causées qui leur aurdilt été nui-

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sibtes^ et retourner à la protection ou recourir au\ armes.

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