ACTE DEUXIÈME lOÔ
ÉVA
N'est-ce pas naturel? J'ai lu votre nouveau livre sur l'Amérique. Vous parlez de Charleston avec un enthousiasme qui m'a émue jusqu'aux larmes.
JEAN
J'ai gardé un souvenir enchanteur de cette jolie cité américaine, qui a cela de particulier qu'elle est toute pleine de fleurs et de poésie.
ÉVA, allant s'asseoir à droite.
Et vous faites un portrait des femmes de Charleston...
JEAN, assis sur le pouf.
Très ressemblant.
Des charmeresses avec une puissance de séduction irrésistible et une énergie toute sauvage sous des grâces d'enfeint. Il faudrait beaucoup d'amour-propre pour se reconnaître, et voilà comment les poètes nous humilient.
JEAN
Je trouve au contraire. Madame, que j'ai bien mal rendu les impressions que j'ai ressenties. Mon métier n'est pas d'écrire.
ÉVA
Votre métier, c'est de vous battre; il paraît que vous avez eu un duel?
JEAN
Oui, Madame, pour un motif très futile.
ÉVA
Ah I vraiment !
JEAN
Un de vos compatriotes...
ÉVA
Que vous nommez ?
JEAN
William Botzy.
Ah!
JEAN
11 avait dit devant moi, au club, que Paris n'était plus qu'une ville de plaisir appartenant à toul le monde. Ici, je n'aurais pas relevé le propos.
ÉVA, souriant.
Oh I non !
JEAN
Mais à l'étranger on est plus susceptible.
ÉVA
Et vous vous êtes battu pour cela?
JEAN
Oui, Madame, ce Botzy me déplaisait.
ÉVA
Le hasard a voulu que nous ayons tous deux la même antipathie. Il me serait bien difficile maintenant