‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 10 sur 73 · I‘'ormo républicaine · texte numérisé non relu

I‘'ormo républicaine

Pays-Bas. — La révolution à jamais mémorable des sept provinces unies contre Philippe R et les destinées remar-

LIBRES ETUÜES.

qiiables do ce petit État sont une des gloires du protestantisme.

Une fédération de hardis marins habitant un sol factice créé par eux et défendu à grand’peine contre les mers, osa briser le joug de celui qu’on a appelé le Démon du Midi^ de ce souverain plus puissant que les Césars. Les marins du Nord n’ont pas la vie douce et facile de ceux de la Méditerranée. Endurcis par la fatigue et le froid, par le péril et les tempêtes, ils doivent compter sur eux-mêmes; tous ou à [leu près sont protestants. En Hollande, du jour où le duc d’Albe voulut ravir aux consciences leur liberté à force de supplices, tout le pouvoir de sou maître et toutes les richesses de l’Espagne ne purent le sauver. La force d’expansion do la conscience chrétienne émancipa tout à la fois la religion cl la patrie. De petites provinces séparées par les eaux se formèrent en république fédérative. Quand, de nos jour-s, la politiriue de 1815, ennemie des républiques, indifférente aux formes religieuses et peu soucieuse de l’histoire, réunit les Pays-Bas prote.stants à ceuj du midi restés catholiques, cette œuvre artificielle ne fut pas viable. La forme monarchique seule fut réellement acceptée ; la maison d’Orange était une dynastie nationale toute prête à régner et agréée d’avance par le peuple hollandais dont elle avait depuis des siècles épousé et dirigé les destinées. Mais si la monarchie persista, si elle se ti'ouva solidement établie et voulue de tous, l’union avec un peuple catholique, marqué à un sceau tout différent, ne put durer; au bout de quinze ans elle disparut. On a vu do nos jours renaître la fraternité entre les Hollandais et les Belges, mais c’est depuis qu’ils se sont séparés; d’un côté trois siècles de réfor-me, de l’autre trois siècles de catholicisme les avaient rendus trop différents pour former une seule nation. Ce sont deux peuples frères, mais qui ne peuvent se confondre.

Suisse. — Un autre petit pays, qui doit non à la mer mais à ses montagnes une constitution particulière et fédérative.

UE LA UEEOKMATKLN'.

un j)eu|)le qui professe deux religions et parle trois ou quatre langues différentes, la Suisse, offre des exemples remarquables du contraste entre les protestants et les catholiques.

Eu notre siècle, tout tend à se modifier et à se rapprocher, mais c’est un fait constaté par un grand nombre de voyage ui-s de cultes divers, que les cantons protestants se distinguent à première vue des cantons catholiques par un aspect remarquable d’ordre, de travail et de propreté. Une propreté exquise est une marque de respect pour soi-môme et ])Our ceux avec les([uels on vit. I7individualisme protestant a développé largement, et d’une manière très-générale, ce trait de mœure, dans les principaux pays réformés, et particulièrement en Hollande et en Suisse. Il ne faut pas oublier que cette propreté recherchée impose des soins et un travail incessants, et correspond presque toujours à un degré supérieur d’instruction, caractères tous répandus chez les protestants de la Hollande, de certains pays allemands, de la Suisse, et du petit État organisé par Galviu.

Remarquons à propos de Genève cette spécialité du principe protestant qui, au lieu de tout envelopper sous des teintes uniformes, fait partout ressortir le détail et donne à l’individu ou, entre les peuples, aux nationalités même les plus restreintes, à une ville de troisième ordre comme Genève, une physionomie tranchée, une vie propre et une influence intellectuelle hors de toute proportion avec son importance matérielle. Talleyrand se moquait, lorsque dans le congrès de Vienne il demandait si Genève était une sixième partie du monde, mais le nombre des hommes éminents qu’elle a produits et le foyer de science qu’elle a entretenu ont fait de l’inqjerceptible république, depuis Calvin jusqu’à Rousseau, et en font encore un des points lumineux qui brillent sur la carte du monde.

Amétique. — Après ces petits peuples, une république immense nous reste à signaler, les États-Unis d’Amérique.

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Là le principe individualiste a porté, sinon tous ses fruits, au moins quelques-unes de ses conséquences les plus extrêmes. L’État et l’Église n’y sont plus liés ensemble, le fractionnement du protestantisme en sectes y est poussé aussi loin (jue possible, et certaines chaires y retentissent tous les jours de prédications où le radicalisme religieux semble atteindre ses limites. Théodore Parker, mort en 1860, l’un des hommes les plus éminents du dix-neuvième siècle malgré les exagérations de sa libre pensée, influera, beaucoup plus qu’on ne pense, sur le courant d’idées de nos succe.sseurs immédiats. A en

croire certaines gens, le régime de liberté illimitée ne peut aboutir qu’à l’anéantissement de la religion. 11 n’en est rien. En France, M. de Tocqueville l’a compris le premier et M. Prévost-Paradol a été plus loin encore. Il a fait remarquer que, seul aujourd’hui entre toutes les religions, le prote.stantisme se montre colonisateur et pionnier, envahit les déserts et les forêts, met l’homme, quebjuefois, entièrement isolé, en lutte avec une nature vierge, et fait la conquête de vastes étendues jusqu’ici inhabitées. Tandis que l’Américain catholique du Midi s’efforce laborieusement de s’assimiler la liberté et lutte sans fruit contre lui-même, l’Américain protestant du Nord s’empare d’immenses espaces inoccupés, les défriche, y construit des chemins de fer à travers le vide, et y bâtit en quelques années des villes bientôt remplies d'industrie, de commerce et de vie. Il y a là pour le protestantisme un large avenir, et M. Prévost-Paradol a pu prédire sans ri.sque d’erreur que, par suite de ces nombreuses conquêtes, la proportion numérique entre les catholiques et les protestants ne peut manquer de changer bientôt au profit de ces derniers.

En effet, chose remarquable! un flot constant d’émigration apporte sans cesse dans les États-Unis des catholiques, qui

(1) Voyez son Introduction au beau livre de feu Samuel Vincent sur le Proteslanlism» en France.

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arrivent animés d’un antagonisme héréditaire et de griefs séculaires contre le protestantisme; je veux parler des Irlandais. Or, la statistique a démontré qu’à peine débarquée, et au plus tard après deux ou trois générations, la très-grande majorité des familles irlandaises est devenue protestante, et perdue sans retour pour l’Église romaine. Le clergé catholique et en particulier feu l’archevôque de New- York, M®' Hughes, ont plus d’une fois constaté ce fait et publiquement déconseillé, par ce motif, l’émigration des Irlandais aux États-Unis. Cette puissance d’absorption du protestantisme américain est surtout étonnante pour ceux qui connaissent le zèle actif, les immenses richesses et l’absolue liberté que possède à New-York le clergé catholique et la position qu’y occupait l’archevêque Hughes.

Ce que nous venons de dire des États-Unis, s’applique avec moins de force, mais à un degré très-réel encore, au vaste continent de l’Australie et à d’autres colonies anglaises. Dans l’Inde et en Chine, où le culte des images pourrait sembler à beaucoup de néophytes une transition acceptable, on remarque, au contraire, qu’une réaction naturelle pousse plutôt les esprits assez hardis pour changer de croyance, vers la simplicité et le spiritualisme protestants.

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