INFLUENCE DE LA RÉFOBMATION DU XV1“ SIÈCLE
r Influence religieuse. — Le cardinal Bellarmin a écrit qu’avant l’hérésie de Luther et de Calvin, il n’y avait pres-
(1) En 1802, l'Institut mit au concours cette question : « Quelle a été Vinfluenco de la réfoitnalion de Luther sur ta situation poUtigue des différents États de l'Europe et sur le progrès des lumières ? « Le prix fut décerné en 1804 au remarquable Essai de Charles de Yillcrs (.5” édition, Paris, 1851). Quatre autres mémoires qui avaient été présentés furent imprimés. Un seul. Discours sur l'influence de la réfor-
que plus de religion [Coticio XXVIII). De nos jours, M. de Rémusat a dit quelque part avec une vérité profonde que le résultat religieux de la Réforme fut un grand accroissement de foi. Cela devait être, et pour deux causes différentes. D’abord, ce fut beaucoup moins un désir de liberté et le goût de l’examen qu’un besoin de foi, une aspiration pieuse qui anima successivement, de saint Paul à Zwingle, la longue série des réformateurs. L’autonomie de la conscience était pour eux une nécessité morale de premier ordre. La première liberté dont îilors on sentait le besoin , et pour bien des gens la seule, était la liberté de croire et de pratiquer la religion, selon la volonté de Dieu telle qu’on la comprenait. On ne savait encore ni que toutes les libertés se tiennent , ni que la religion, qui s’empare de l’homme par ce qu’il y a en lui de plus intime et de plus profond, comnîunique à tout son être l’impulsion plus ou moins libre et le caractère plus ou moins élevé qu’elle apporte avec elle. Les faits l’ont prouvé depuis.
Ensuite, la Réforme ayant ouvert à des sentiments religieux longtemps gênés et comprimés une vaste carrière, ils se développèrent avec ardeur. Mais ce ne fut pas seulement dans les rangs des protestants que la foi grandit. Les catholiques, forcés de se défendre, devinrent plus instruits, plus convaincus, plus sérieux. D’ailleurs leurs adversaires leur donnèrent plus d’une fois l’avaûtage par des erreurs choquantes. (Luther par sa doctrine du self arbitre et par quelques actes de faiblesse devant les princes allemands ; Calvin par la pré-
mation de Luther, jugea défavorablement cette influence ; il est de Malleville flis, et parut à Paris en prairial an xii, en un volume in-8 de 1 8é pages. Ce travail avait obtenu une mention honorable, ainsi que celui de Leuliette. Villers a joint à son livre des notices empruntées aux journaux du temps sur le travail do Leuliette et sur un autre de N. Ponce. Il fait mention d’un quatrième écrit par un pasteur de protestants français réfugiés en Allemagne, M. Descotes. Enfin, il parle de mémoires ébauchés par trois Allemands célèbres, Heeren, Reinhard et Herder, et donne le plan de l’ouvrage qu’avait entrepris ce dernier. (Voyez à ta suite de la troisième édition de r£ssaf.)
destination, par son rigorisme despotique et outré, par son impitoyable intolérance.) La conscience de bien des catholiques fut blessée de ces exagérations et de ces fautes; elle réagit avec force, et malgré des torts réciproques, malgré de grossières violences commises des deux parts, cette lutte offrit par moments le spectacle grandiose d’âmes sincères, plaidant les unes contre les autres des causes sacrées et impéris.sables qui, dans ce qu’elles avaient de bon, n’étaient opposées qu’en apparence. Quand Luther, exagérant l’action de Dieu en l’individu, niait le libre arbitre, on avait raison contre lui sur ce point comme on avait tort sur beaucoup d’autres ; et en do pareils combats, ce n’est jamais ni l’un ni l’autre des antagonistes qui reste maître du champ de bataille, c’est Ici vérité.
Comme il arrive partout où il y a antagonisme, non-seulement le clergé du lendemain de la Réforme fut plus mpral et plus digne que celui de la veille, mais le catholicisme luimême redevint plus religieux et plus chrétien. Ce fait persiste tà quelque degré, partout où les deu:^ cultes sont restés en présence. Le remède le plus simple et le plus sûr à la décadence du clergé dans certains pays tout catholiques serait le voisinage d’Églises protestantes.
2° Influence politique. — Salutaire au progrès religieux de tous, adhérents ou adversaires, la Réforme n’a pas moins influé sur la situation politique du monde. Nous n’examinerons pas ici si elle s’accommode mieux, comme on l’affirme quelquefois, de la forme républicaine que de la monarchie. Il est certain en tout cas que la liberté seule lui convient et lui est néces-saire, comme l’air à nos poumons. Mais elle fleurit sous les gouvernements les plus divers.