‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 18 sur 73 · I . — Periodo perdone · texte numérisé non relu

I . — Periodo perdone

C’est ici la partie la moins connue de l’histoire juive. Les derniers livres de l’Ancien Testament nous montrent, sous Cynis et ses successeurs, un Esdras, un Néhémie opérant à grand’peine une imparfaite restauration nationale. Le dernier y travailla avec un pieux courage, revêtu de l’autorité de dé-

(1) Outre les ouvrages que nous signalerons plus loin, il importe (le recommander tout spécialement la Palestine, par feu M. Miink, de l’Institut (Univers Pittoresque). Cet excellent écrit, depuis longtemps épuisé, est devenu fort rare; une édition nouvelle, où l’auteur eût mis à profit les nombreux travaux qui ont été faits depuis la rédaction de son livre, était très-vivement réclamée, et nous regrettons profondément que l’auteur soit mort sans avoir pu revoir et compléter son œuvre.

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légué du roi de Perse et du titre de Tirsâtha {qui inspire lu terrent). Les derniers des prophètes aidaient cette grande œuvre religieuse et politique à la fois, réconciliés par la nécessité des temps avec les chefs et les prêtres, devant lesquels leurs prédécesseurs avaienttoujours tenu la place d’une sorte d’opposition nationale et théocratique. Mais un Aggée, un Malachie, malgré leur zèle, n’ont plus que les pâles reflets de cet énergique et hardi prophétisme, qui avait jeté tant d’éclat sur la vie d’un Élie et d’un Elisée, sur les sublimes poésies et les redoutables harangues d’un Ésaïe ou d’un Jérémie.

Les théologiens rationalistes ont exagéré le rôle que joua à cette époque Esdras, prêtre et docteur de la loi ; mais les orthodoxes l’effacent trop. Il restaura non-seulement l’administration delajustice, mais l’étude de la loi. Sous son influence, on commença à recueillir en un ou bibliothèque nationale

et religieuse, les livres saints. Il paraît avoir organisé et présidé un conseil qu’on nomme inexactement la Grande St/na- (joyuc, et qui régna cent quatre-vingt-trois ans, depuis l’achèvement du second temple jusqu’à l’invasion macédonienne. Ce corps adopta trois principes essentiels : améliorer l’administration de la justice, propager renseignement religieux et faire une haie autour de la loi, c’est-à-dire assurer l’observation des lois mosaïques par une multitude de règlements de détail. Une telle tendance, quoique excusable dans une époque de renaissance nationale, ne put que dépasser le but ; elle aboutit à un détestable formalisme et à une hypocrite immoralité.

Sous la double condition de ne pas se révolter contre le roi de Perse et de lui payer l’impôt, la Judée jouissait alors d’une sorte d’indépendance presque républicaine. Cependant elle possédait une magistrature sacerdotale autour de laquelle se rallièrent toutes les forces de la nation ; en l’absence de toute autre autorité juive, les grands prêtres devinrent peu à peu , après les premiers temps de la restauration,

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les chefs politiques de leur pays. Aussi la tiare fut-elle souvent disputée et achetée par l’intrigue ou môme par le crime. Le souverain sacrificateur Johanan ou Jean tua de sa propre main, dans le temple même, son frère Josué ou Jésus qui voulait usurper le sacerdoce suprême ; ce fratricide inouï servit de prétexte à une intervention païenne, et l’on vit un général persan pénétrer malgré les Juifs dans le temple pour y établir une apparence d’ordre et de justice entre les vrais croyants, comme le font aujourd’hui les Turcs entre les catholiques et les orthodoxes grecs dans l’église du Saint- Sépulcre.

Le plus illustre personnage de cette période en Judée, et l’un des derniers chefs de la Grande Synagogue, fut un grand prêtre appelé Siméon et surnommé le Juste; il embellit et fortifia le temple; il résuma sa doctrine en ces trois points, caractéristiques en eux-mêmes et par l’ordre où il les plaçait : Le monde repose sur trois fondements : 1° la loi de Moise , 2“ le culte ei 3° la charité. Les temps n’étaient pas encore mûrs pour cet évangile qui devait mettre la charité au-dessus de tout et spiritualiser aussi bien le culte que la loi. Cependant la charité commençait à se faire une place, fût-ce la dernière.

A cette époque appartient le schisme des Samaritains et la construction de leur temple sur le mont Garizim. Selon riiistorien Flavius Josèphe, le grand prêtre Jaddouah avait un frère, Manassé, qui s’était rendu coupable d’une de ces alliances païennes strictement condamnées par Esdras et Néhémie comme attentatoires à la nationalité juive. Manassé avait épousé la fille du satrape qui commandait pour Darius Codoman, exemple d’autant plus funeste et plus difficile à réprimer, que la position des deux époux était plus élevée. Le grand prêtre, que poussait la colère populaire, voulut les séparer et les punir. Mais le satrape sauva son gendre; il donna môme plus d’importance à sa province eu organisant à Ga-

LIBRES ÉTL'DES.

riziin un culte rival de celui de Jérusalem, et dont Manassé fut le pontife. Les Samaritains étaient les restes confus des dix tribus du nord, mêlés aux Juifs de race douteuse qui avaient été repoussés à ce titre par Esdras et Nébéniie. Le canon ou collection des livres saints, ébauché par Esdras, ne fut point adopté en Samarie, et les cinq livres de Moïse, où Jérusalem n’est pas mentionnée, composèrent seuls la Bible samaritaine.

Alexandre envahit la Palestine avant que le nouveau temple fût fondé; mais il approuva les projets du satrape, qui lui fournit 8000 hommes pour le siège de Tyr (1).

On sait que les Samaritains existent encore, réduits à un très-petit nombre de familles ; ils célèbrent leur pâque chaque année sur le mont Garizim, près des ruines de leur temple, mais la descendance de Manassé est éteinte; ils n’ont plus ni grand prêtre, ni sacrificateur; ils voient même approcher le moment où ils n’auront plus do fils de Lévi parmi eux et où leur culte achèvera ainsi de devenir impossible.

Jésus, et plus tard ses apôtres, trouvèrent un accueil empressé chez cette population, moins fière de la pureté de sa race, moins exclusive et moins formaliste que les Juifs, mais détestée par eux et les haïssant en retour avec cette âpreté implacable qui est particulière aux animosités religieuses et héréditaires de l’Orient.

t. — Période erecque.

Ce fut en revenant de Babyloiie , et en suivant le chemin habituel des maîtres de l’Asie pour envahir l’Egypte, que le conquérant macédonien traversa le petit pays des Juifs. Il avait déjà pris et détruit la ville do Tyr, il y avait massacré en grand nombre les hommes même prisonniers, vendu les cn-

(1) On reporte parfois une partie de ces événements à une date plus reculée, à cause d’un fait mentionné par Néhémie (l.S, 18). Mais le récit de Josèphe est exact, il’apres d’autres données, sauf peut-être le nom du satrape, (in’il a confondu avec le SanebaUat dont parle Néhémie.

faiits et les femmes comme esclaves. Juifs et Samaritains comprirent qu’il fallait subir le débordement de ce torrent irrésistible. Le grand prêtre , cà la tête des sacrificateurs et des lévites, sortit de Jérusalem avec toute la pompe du culte, pour accueillir le béros grec et se soumettre à lui. Alexandre, qui était superstitieux et d’ailleurs impatientde conquérir l’Égypte, s’inclina devant cet imposant cortège, salua le grand prêtre, entra avec lui dans la ville sainte et offrit des sacrifices dans le temple.

Avant de partir, il déclara maintenir les lois et coutumes du pays. Les Samaritains imitèrent leurs frères rivaux , et , en Judée comme ailleurs, le rapide passage du jeune vainqueur établitpour longtemps l’influence grecque. Dès lors, le peuple de la Judée ne se trouva plus seulement en contact avec l’Égypte, la Phénicie, les vieux empires assyriens. L’esprit de l’Europe, sous sa forme la plus brillante et la plus parfaite, fesprit philosophique de la Grèce avec sa pureté de goût, sa précision élégante, son opulence littéraire et artistique se révéla peu à peu à l’Orient et le pénétra en se l’assujettissant. Le Juif vit apparaître sur son propre territoire les habitants de cette Grèce qu’il désignait naguère sous le nom vague des Iles , et qu’il avait crue l’extrémité de la terre. Avec ces nouveaux venus, tout un monde d’idées et de faits nouveaux se laissait entrevoir ; l’élément européen ou japbétique s’introduisait eu vainqueur dans la vieille Asie , fille de Sem et mère des nations. Cette influence tut si puissante, que la langue grecque, dès ce moment, devint celle de tous les hommes instruits, de toutes les relations internationales; au bout de 300 ans et plus, en plein siècle d’Auguste, quand la Judée, province syrienne , donna une religion nouvelle à l’empire et au monde, cette religion parla nécessairement non l’bébreu ou le latin, mais la belle langue d’Athènes et d’Éphèse; c’est ainsi que l’Évangile fut écrit dans l’idiome (ju’Alexandre avait répandu dans tout son empire.

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