rértoile romaine
Le grand nom de Pompée ouvre, comme on vient de le voir, la dernière période de l’histoire de la Judée.
L’ethnarque et grand prêtre Hyrcan, sous le nom duquel gouvernait Antipater, fut sans cesse obligé d’appeler les Romains à son secours contre ses neveux. Ce fut d’abord un fils d’Aristobule, Alexandre, qui s’échappa de Rome et voulut détrôner son oncle ; il fut vaincu, et Gabinius, gouverneur de Syrie, aidé par Marc-Antoine, chef de sa cavalerie, délivra Jéru.salem de l’armée qui allait l’envahir. Mais le général romain (57 ans avant J.-C.) changea la forme du gouvernement ; il établit cinq grands conseils qui durent gouverner les cinq districts de Jérusalem, Jéricho, Gadara, Amathonte et Séphoris; il crut ainsi organiser l’aristocratie juive et délivrer le pays des discordes intestines sans cesse provoquées par les princes de la race d’Ha.smon. Ce but ne fut pas atteint. Aristobule et ses deux fils Alexandre et Antigonus renouvelèrent la guerre civile et furent vaincus successivement par Gabinius et Cassius. Dans l’intervalle, Gabinius avait été rappelé à Rome pour cause de concussions, et Crassus, plus cupide que lui, envoyé à sa place. Le riche Crassus, malgré les serments qu’on lui fit prêter, dépouilla le temple et périt vaincu par les Parthes à Carres, c’est-à-dire à Haran, en MésojK)tamie, l’antique ville où mourut le père d’Abrahani [Gen., XI, 32) et où Jacob vécut quatorze ans chez Laban {Gen.^ xxvu, Û3).
Quand César, à force de génie, d’a.stuce et de violence, devint maître de Rome et du monde, il ne manqua pas de faire tout le contraire de ce qu’avait fait Pompée, son rival; il envoya en Judée Aristobule avec deux légions, et Hyrcan
(1) Salvador, Hisinire de In domination romaine en Judée, ouvr.nge intéressant à quelques égards, mais où manque une critique saine et solide.
PRÉCIS SUR L'HISTOIRE DE LA JUDÉE. llS
fui attaqué pour la troisième fois. Mais le parti de Pompée empoisonna Aristobule et décapita son fils Alexandre. Ce fut alors qu’Antipater, le ministre iduméen d’Hyrcan, rendit à César un éminent service en venant avec trois mille Israélites à son aide en Égypte dans un moment de péril, et en procurant des vivres à l’armée par le moyen des Juifs qui demeuraient auprès de Léontopolis. Arrivé en Syrie, César paya les services d’Antipater par les titres de citoyen romain et de procurateur de Judée, maintint Hyrcan dans ses fonctions d’ethnarque et de souverain sacrificateur, l’autorisa à rebâtir les murs de Jérusalem et abolit l’organisation aristocratique créée par Gabinius.
Antipater fit profiter ses fils de sa haute fortune; l’aliié, Phazael, lut gouverneur de Jérusalem; le cadet, Hérode, de Galilée, où il mit tin au brigandage par des exécutions sommaires. Le Sanhédrin cita Hérode devant lui pour ces actes de justice arbitraire ; Hérode comparut, en robe de pourpre, entouré de gardes, et fort de l’appui du gouverneur de Syrie, Sextus, parent de César, qui, en effet, le nomma bientôt gouverneur de la Cœlésyrie. Après avoir été l’ami de César, Hérode eut l’art d’être également l’ami de ses meurtriers. Immédiatement après la mort du dictateur, Cassius revint eu Syrie et se mit à la tête d’une année nombreuse ; Hérode sut lui plaire eu payant, le premier entre tous les gouverneui's de province, les cent talents que Cassius avait exigés de chacun d’eux, taudis que celui de Judée, ne pouvant trouver cette somme, dut céder à Cassius les villes de Gophna, Enimaüs, Lydda et Themna, dont il vendit les habitants comme esclaves. Hyrcan ne put sauver un de ses favoris, nommé Malich, qu’eu payant pour le district qu’il gouvernait. Ce Malich était un rival d’Antipater et le fit empoisonner à la table même d’Hyrcan.
Hérode vengea son père ; il donna à Hyrcan un festin pen* dant lequel il fit assassiner Malich sous les yeux du prince par
les soldats romains que Cassius avait laissés sous ses ordres ; Hyrcan épouvanté s’évanouit. On ne sait si, humilié de l’ascendant énorme d’Ântipater et de son fils Hérode, il n’avait pas consenti à l’empoisonnement de son ministre. Quoi qu’il en soit, Hérode l’ayant emporté sur les ennemis de son père et les siens, le faible Hyrcan lui promit de l’élever plus haut encore en lui donnant en mariage la princesse Mariamne, qui était à la fois sa petite-fille et sa nièce. Avant que cette union pût s’accomplir, le second fils d’Aristobule, Antigonus tenta une quatrième expédition pour détrôner Hyrcan, mais Hérode le vainquit et rentra à Jérusalem en triomphateur, comblé d’honneurs par le prince et par le peuple.
De même qu’ils avaient gagné tour à tour César et Cassius, les habiles ministres d’Hyrcan surent gagner Antoine, lorsque, après la bataille dePhilippes, il revint en maître dans l’Asie que le triumvirat lui avait donnée. Il rendit la liberté aux habitants des quatre villes qui avaient été livrées à Ca.ssius, il maintint Hyrcan dans ses pouvoirs et nomma Phazael et Hérode tétrarques de Palestine.
Le triumvir passa l’hiver en Égypte auprès de Cléopâtre ; les Syriens profitèrent de ce répit et appelèrent à leur aide les plus redoutables de tous les adversaires de Rome, les Parthes ; ils avaient pour alliés quelques Romains ennemis des triumvirs et Antigonus, le neveu d’Hyrcan. Ce prétendant, mieux appuyé dans cette cinquième agression contre son oncle, qu’il ne l’avait jamais été, surprit Jérusalem et s’empara du temple. Hérode tint bon dans la forteresse Baris. Nouvelle guerre civile dans les rues mêmes de Jérusalem, avec cette complication affreuse que les Juifs qui arrivaient de tous pays pour la Pentecôte, prenaient parti volontairement ou non et se massacraient les uns les autres. Ils finirent par se mettre entre les mains des Parthes ; Antigonus proposa de les accepter pour arbitres, Hyrcan et Phazael eurent l’insigne folie d’aller se livrer au général parthe Barzapharne. Hérode s’en déGa,
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sortit de la ville en secret, et s’en alla directement à Rome. Pendant ce temps, Barzapharne livra Hyrcan à son neveu Autigonus qui lui fit couper les oreilles, mutilation après laquelle le vieillard ne pouvait plus, d’après la loi, rester grand prêtre. Phazael, au désespoir, se brisa la tête contre le mur de sa prison.
Ce fut au moment même du désastre de tous les siens, que changea la fortune d’Hérode. H passa huit jours seulement à Rome, achetant à beaux deniers comptants, Antoine, Octave et le sénat. Il n’était venu que pour demander la royauté en faveur du jeune Aristobule, fils d’Alexandre et frère do Mariamne, mais il se laissa facilement persuader de la demander pour lui-même, à condition de la payer plus cher; il fut couronné au Capitole et revint en Judée roi des Juifs.
Il eut d’abord à conquérir son royaume avec l’aide des Romains, et n’y parvint pas sans peine. Il épousa ensuite Mariamne et reprit Jérusalem après un siège affreux. Les généraux romains, étonnés et irrités de l’âpre résistance des Juifs, en massacrèrent tant, qu’Hérode dut leur demander grâce pour ses sujets vaincus, et les pria de lui dire si c’était d’un désert que le sénat l’avait nommé roi. Autigonus fut envoyé captif à Antoine, qui, sur la demande d’Hérode, le fît décapiter.
Devenu enfin tout-puissant en Judée, Hérode ne songea plus qu’à anéantir tout ce qui pouvait lui porter ombrage. Sa qualité d’Idüméen rendait sa royauté illégale et contraire à la religion du pays. Aussi les pharisiens le haïssaient : il leur opposa, l’influence romaine. Il mit à mort tout le Sanhédrin, sauf deux membres qu’il considéra comme lui étant favorables. 11 fit venir ensuite de Babylone un descendant ignoré d’Aaron, le prêtre Hananicl, et il lui donna la tiare.
La fameuse Cléopâtre, qu’Hérode détestait en secret, aussi mercenaire que corrompue, s’était fait donner par Antoine une partie de la Judée, de la Phénicie et de l’Arabie; elle
passa à Jérusalem, où elle tenta de séduire Hérode; il la reçut avec pompe et lui paya les tributs qu’ Antoine exigeait pour elle, mais ne se laissa point gagner par ses artifices et sa beauté.
Après 1a bataille d’Actium, Antoine étant vaincu, et Octave maître du monde, Hérode craignit que le dernier des princes asmonéens, celui même dont il occupait le trône, ne devînt entre les mains de ses ennemis une arme terrible contre lui. il avait appelé de Babylone, où il résidait, le prisonnier des Parthes, je vieux Hyrcan, dont son père et lui-même avaient été ministres ; il l’avait comblé d'abord de marques de respect, mais il le fit mettre à mort à quatre-vingts ans, sous un prétexte futile. Il se débarrassa ensuite de son b(*au-frère, le jeune Aristobule, le même pour lequel il avait demandé d’abord la royauté ; il le fit noyer comme par accident. Antoine voulut l’en punir; il acheta ses bonnes grâces par d’énormes présents. Après la défaite d’Antoine, Hérode alla trouver Octave, parut devant lui sans diadème, lui avoua la fidélité qu’il avait toujours gardée à son lâval, et promit de lui être aussi fidèle, s’il lui laissait ses pouvoirs. Octave lui rendit son diadème et fut ensuite accueilli par lui en Judée avec les plus grands honneurs et la magnificence la plus éclatante. Plus tard, Auguste lui donna tout ce que Cléopâtre avait possédé en Palestine et y ajouta la Trachonitide, la Batanée et l’Auranitide.
Lorsque Agrippa, dont Auguste venait d’adopter les deux fils, vint en Orient pour la guerre du Bosphore, Hérode lui fit un accueil splendide, l’accompagna avec ses troupes et obtint de lui la confirmation de tous les privilèges accordés aux Juifs.
Mais ces grandeurs croissantes ne ponvaient donner la sécurité à Hérode; justement détesté de ses sujets, il voyait partout des motifs de crainte et des êtres dangereux à faire disparaître. Parmi les victimes de ses terreurs, la plus célèbre
est sa femme Mariamne, belle et accomplie, qu’il aimait avec passion et qu’il ne cessa de regretter. Sa belle-mère Alexandra ne fut pas plus épargnée, mais elle méritait son sort. Plus tard les deux fils qu’il avait eus de Mariamne furent condamnés quoique innocents, et leur frère aîné, Antipater, qui avait réellement conspiré contre les jours de son père, fut exécuté cinq jours avant la mort de ce dernier. Des intrigues de cour et des querelles de famille où Auguste intervint souvent pour les pacifier, empoisonnèrent tout le règne de ce tyran, toujours plein d’effroi pour son pouvoir et pour sa vie. Il mourut d’une affreuse et longue maladie, bourrelé de remords, en proie à d’horribles accès de désespoir et de colère. Il avait soixante-dix ans et il en avait régné trentequatre. La mort d’Hérode eut lieu en l’an 4 avant l’ère chrétienne, c’est-à-dire deux ans environ après la naissance de Jésus-Christ, qu’une erreur du moine Denys le Petit a placée après sa date probable.
La faveur d’Auguste et des Romains avait été le but de toas les désirs d’Hérode. Tousses goûts le portaient vers l’imitation des mœurs de Rome. Il bâtit un théâtre dans Jérusalem et hors des murs un amphithéâtre ; tous les cinq ans il y fit célébrer des jeux en l’honneur d’Auguste, malgré l’horreur profonde avec laquelle les Juifs et surtout les pharLsiens voyaient ces profanations de la ville sacrée.
11 rebâtit Samarie, mais l’appela Séhaste (du nom d’Auguste en grec) et y éleva un temple à l’empereur. Il dépensa des sommes immenses en châteaux forts, en palais, en constructions splendides, non-seulement à Jérusalem, kHérodwn, àCésarée, mais à Damas, à Tyr, à Sidon, à Tripolis, etc., c’est-à-dire non-seulement dans son royaume mais même en pays étrangers.
Deux de ses actes lui avaient valu une ombre de popularité. Dans une famine, il donna l’argenterie et l’or de ses trésors afin d’acheter en Égypte du blé pour le peuple. Mais ce qui
fut plus doux encore à l’orgueil national et à la piété des Juifs, ce fut la reconstruction du temple. Il fallut deux ans pour amasser les matériaux nécessaires et huit pour la construction proprement dite ; on travailla beaucoup plus longtemps encore aux bâtiments extérieurs du temple. La dédicace eut lieu huit années avant l’ère chrétienne.
Par une décision d’Auguste, après la mort d’Hérode, son fils Archélaüs eut la Judée, la Samarie et l’Idumée sivec le titre d’ethnarque; Hérode Antipas, son frère, fut tétrarque de Galilée et de Pérée, Philippe, de Batanée, de Trachonitide, d’Auranitide et de Damas.
Mais ce partage n’eut lieu qu’après une cruelle anarchie. Sabinus, chargé par Auguste d’administrer provisoirement les États d’Hérode, occupa les forteresses et le palais de Jérusalem et mit la main sur le trésor. Le peuple se révolta, et la fête de la Pentecôte servit de prétexte à une multitude de Juifs pour se réunir contre l’oppresseur païen ; plusieurs chefs de partisans s’insurgèrent, entre autres un berger nommé Athronge, qui se déclara roi, se fit une armée et combattit à la fois les soldats d’Hérode et ceux de Rome. Alors Varus, tristement célèbre pour avoir été vaincu plus tard en Germanie par Hermann, vint avec deux légions combattre les révoltés. Il les vainquit et fit crucifier par petits nombres, dans une foule d’endroits, afin de semer partout la terreur romaine, deux mille prisonniers.
Le règne d’Archélaüs dura dix ans. Il avait mal commencé, trois mille Juifs de Jérusalem ayant péri dans une émeute ; il finit par une sentence d’Auguste, qui envoya en exil à Vienne dans la Gaule ce prince incapable, détesté par son peuple qu’il opprimait avec cruauté, et dont il outrageait insolemment toutes les lois et les croyances.
I>a Judée fut annexée à la Syrie et gouvernée par son procurateur Coponius, sous l’autorité du prœses ou proconsul de Syrie, qui était alors P. Sulpicius Quirinus. C’est ce dernier
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qui fit faire un recensement des habitants de la nouvelle province romaine, comme il est dit dans l’Évangile selon saint Luc, n, 2; seulement il y a une erreur incontestable dans l’Évangile, quant à la date de ce dénombrement qui froissa le sentiment national des Juifs et fut l’occasion d’un soulèvement dirigé par Judah, surnommé le Gaulanite et le Galiléen (Act. v, 37). Cette révolte fut réprimée, mais le parti qu’avait constitué ce Judah lui survécut. 11 se composait des pharisiens les plus exaltés dans leur foi et leur patriotisme israélite, et ses membres prirent le nom de Zélateurs ou Zélotes. Ce parti fanatique, qui est mentionné dans les Évangiles, s’exaspéra de plus en plus sous le joug romain.
Les prœsides de Syrie, les procurateurs de Judée et les grands prêtres changeaient sans cesse à cette époque. Ce fut Quirinus qui donna la tiare à Hanan ou Anne, beau-père de Caïphe (Luc., ii, etc.), et plus tard, Valerius Gratus, nommé gouverneur de Judée par Tibère, appela à la souveraine sacrificature Caïphe lui-même, dont le nom juif était Joseph. Le successeur de Gratus fut Pontius Pilatus.
Quant à celui des Hérodes qui se fit le complice de Caïphe et de Pilate dans le meurtre juridique de Jésus, c’était le tétrarque de Galilée, Hérode Antipas. Il résidait dans la ville de Tibériade, qu’il avait biltie en l’honneur de Tibère sur la rive du lac de Génésareth. Dans un de ses voyages de Rome, il vit sa nièce et belle-sœur Hérodias, qui, fatiguée d’être l’épouse d’un simple particulier, Philippe Boethus, se fit épou-ser par le faible Antipas, quoiqu’il fût marié lui-même à la fille du roi arabe Hareth ou Arétas. Ce fut ce mariage, doublement adultère, et même selon les idées juives, incestueux, que Jean-Baptiste reprocha en face aux deux coupables, avec la rude franchise et l’intrépidité d’un second Élie. Hérodias se crut perdue si le prophète restait libre de censurer Antipas et d’éveiller ses remords. Tout le monde se rappelle comment elle obtint d’abord .son incarcération dans
les cachots de la forteresse de Machéronte, où le roi s’était rendu pour résister à Hareth, qui venait, à la tête d’une armée, venger sa fille répudiée. On sait aussi au moyen de quel artifice Hérodias fit demander par Salomé (sa fille et celle de Boethus) la tête de Jean et se la fit apporter à table, sur un plat, pour s’assurer que son ennemi était mort et que le bourreau n’avait pas laissé au tétrarque le temps de dissiper les fumées du vin et de révoquer la sentence. Lorsque plus tard Hérode Antipas fut détrôné par l’empereur et exilé à Lyon, cette même Hérodias lui demeura fidèle, refusa le pardon de Caligulaet suivit volontairement son mari dans l’exil, (An 39.)
Pilate s’attira le même sort par ses exactions éhontées et par d’atroces violences ; il avait été cause de plusieurs séditions graves ; tantôt il avait eu l’imprudence d’introduire dans la ville sainte, au grand scandale des Juifs, les enseignes romaines qui, d’ordinaire, étaient gardées à Césarée et qui étaient l’objet d’honneurs idolâtres; tantôt il avait dépensé pour la construction d’un aqueduc l’argent recueilli dans le trésor du temple. Il étouffait dans le sang les rébellions qu’avait fait naître son impolitique rigueur et eut môme un jour la perfidie de mêler au peuple des soldats déguisés en Juifs et porteurs d’armes cachées dont ils se servirent pour égorger les rebelles sans défense. Accusé d’autres cruautés par les Samaritains, devant son supérieur, le gouverneur de Syrie, Vitellius (père de l’empereur de ce nom) , Pilate fut envoyé à Rome pour se justifier. On assure que Caligula, qui venait de succéder à Tibère, exila l’ancien procurateur en Gaule, à Vienne, et que là, désespéré, Pilate se tua.
Le règne de Caligula eut pour le peuple juif des conséquences graves et de diverse nature. Il se trouva que le nouveau maître du monde avait eu à Rome pour ami, ou à vrai dire pour flatteur et pour compagnon de débauche, Hérode Agrippa, frère d’Hérodias et fils d’Aristobule ; ce prince avait
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été quelque temps captif, pour avoir dit imprudemment que Tibère était moins digne de l’empire que Caligula. La captivité d’Âgrippa, comme plus tard celle de saint Paul à Rome, consistait à être non pas emprisonné, mais lié par le poignet à une chaîne de fer dont l’autre extrémité était attachée au bras d’un soldat, qui répondait de son prisonnier sur sa tête. Devenu empereur, Caligula mit en liberté son partisan et lui donna une chaîne d’or du même poids que celle de fer qu’il avait portée; Agrippa, plus tard, la fît suspendre dans le’ temple de Jérusalem. Le titre de roi de Judée fut rétabli et le pays fut donné au favori par degrés, province à province. Claude continuant les bienfaits de Caligula, la Palestine fînit par être tout entière accordée au nouveau roi.
L’affection de Caligula pour Agrippa sauva les Juifs dans un moment de terrible péril, lorsque le fou couronné voulut être dieu de son vivant et fit placer son image dans tous les temples de tout culte et de tout pays. Les Juifs d’Égypte envoyèrent à l’empereur une célèbre députation dont le récit nous a été laissé de la main même de son chef, l’illustre philosophe Philon ; à peine l’insensé daigna-t-il entendre les envoyés, et le sang juif allait couler à flots, quand Agrippa et le gouverneur de Syrie, Pétrone, réussirent à lui ôter la pensée de se faire adorer dans le temple de Jérusalem. Mais déjà son premier caprice lui était revenu, il allait sévir avec fureur, quand il fut assassiné.
Des services si essentiels rendus par Agrippai" à son peuple l’avaient fait aimer ; son influence sur Caligula, et plus tard le bruit répandu qu’il avait contribué à porter Qaude au trône du monde, Ini donnèrent dans tout l’Orient un crédit et une popularité dont il n’abusa pas. Après tant de princes cruels et pervertis, son règne de sept ans parut aux Juifs d’autant plus doux qu’il rechercha leur affection, soit en observant leurs lois et en prenant part aux exercices pieux des synagogues, soit en entourant de murs Jérusalem agrandie, soit
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enfin en persécutant les chrétiens ; ce fut lui qui mit à mort saint Jacques, fils de Zébédée, et qui fit emprisonner saint Pierre. (Aet. xu, 1-3.)
Sa mort parut aux chrétiens un châtiment de Dieu. Elle eut lieu à Césarée ; il donnait dans l’amphithéâtre une fête à des envoyés de Tyr et de Sidon qui venaient lui adresser une supplique parce qu’il avait affamé leur pays en accaparant le hlé. Vêtu de pourpre, il prononça un discours qui fut couvert d’applaudissements; on le déclarait un dieu et non un homme, comme on le faisait pour les empereurs. Tout à coup, il se trouva mal : une terrible maladie l’avait saisi ; quatre jours après, il était mort, et les chrétiens de Judée pensaient qu’un ange invisible l’avait frappé au milieu de ce triomphe impie. (Âct. xu, 20-2/j.)
11 laissa un fils, Hérode Agrippa II, et trois filles, dont deux ont un nom dans l’histoire; l’alnée était la fameuse Bérénice, aimée de l’empereur Titus, qui, au moment de la faire impératrice, la renvoya malgré lui et malgré elle , parce que Rome s’indignait à l’idée de voir monter au trône des Césars une reine, et surtout une Juive. La plus jeune était Drusille, qui se sépara de son mari Azziz, roi d’Emèse (Homs), pour épouser un ancien esclave, Félix, gouverneur de Judée, frère de cet affranchi Pallas qui fit Néron empereur et qui pendant (juelques années régna .sous son nom.
Agrippa II ne succéda pas immédiatement à son père, soit parce qu’il était trop jeune, soit parce que la politique romaine avait pour principe de ne pas fonder de dynasties durables, et de remanier sans cesse à son gré ce qu’on appellerait aujourd’hui la carte de Syrie. La Palestine redevint province romaine, de nom comme de fivit, sous le procurateur Cuspius Fadus, qui céda à Hérode, roi ou prince de Chalcis et frère d’Agrippa I", la garde du temple avec le pouvoir de nommer et déposer les grands prêtres. Ce fut sous Fadus qu’eut lieu la révolte du faux Messie Theudas, bientôt vaincu et décapité,
événement que saint Imc rapporte par erreur à une autre époque. (Act. v, 36.)
Une reine étrangère et son fils, tous deux convertis au judaïsme, rendirent à celte époque d’immenses services à la Judée et à sa capitale, pendant une affreuse famine. Les tombefi royales^ situées au nord de Jérusalem, paraissent être celles d’Hélène et d’Izate, reine et roidel’Âdiabène, petite province qui aujourd’hui fait partie du Kurdistan.
Après un Juif renégat, Tibère Alexandre, neveu du savant Philon, la Judée eut pour gouverneur, en 48, Ventidius Cumanus ; ses sanglantes rigueurs soulevèrent des révoltes continuelles, qui aboutirent à la ruine de Jérusalem. Cumanus eut Félix pour successeur, tandis qu’Agrippa II, d’abord roi de Chalcis après sou oncle, recevait pour royaume l’ancienne tétrarchie de Philippe, l’Abilène.
Félix, justeinentstigmatisé par Tacite, « exerçait, au milieu de toutes les cruautés et de toutes les débauches, les pouvoirs d’un roi avec une âme d’esclave. » Ce fut devant lui que saint Paul, alors captif à Césarée, comparut, envoyé par le tribun militaire Claude Lysias, et accusé par le grand prêtre Ananias de semer la discorde et d’avoir manqué de respect au temple. Paul avait apporté les aumônes abondantes des Églises d’Asie et de Grèce à celle de Jérusalem, et Félix essaya de se fait e acheter la liberté de ce chétif personnage qui seul, sans force armée et sans autorité extérieure, avait un si étrange pouvoir pour se procurer de l’argent. (Act. xxiv, 24-27.)
Au moment où saint Paul avait été arrêté à Jérusalem, le commandant romain de la garde du temple l’avait pris pour l’un de ces faux messies qui sans cesse soulevaient le peuple contre les Romains ; c’était un Juif d’Égypte qui avait amené sur le mont des Oliviers une foule abusée, pour voir tomber miraculeusement à sa parole les murs de Jérusalem et pour chasser ensuite les Romains de la capitale démantelée. Les
adhérents de ce fanatique avaient été massacrés, mais leur chef avait disparu. Ces perpétuelles échauffourées, suscitées par de prétendus messies, à demi insensés, recommençaient sans cesse au milieu d’une population fanatisée et poussée au désespoir par l’oppression des Romains, que Félix sut rendre plus intolérable que jamais. Des énergumènes qu’on appela sicaires cachaient des poignards sous leurs robes et commettaient des assassinats jusque dans le temple. La discorde pénétra partout, même parmi les sacrificateurs; leurs chefs les dépouillaient et vivaient dans le luxe en les réduisant à souffrir de la faim. La désorganisation était générale.
A Césarée, ville en partie païenne et en partie juive, de longues discussions eurent lieu. Les païens, ou comme on les appelait, les Grecs, achetèrent Burrhus, l’ancien gouverneur de Néron, et, par lui, firent ôter le droit de bourgeoisie aux Juifs de la ville ; ce décret inique contribua pour une large part au soulèvement général qui devenait de plus en plus imminent.
Félix, destitué et accusé devant Néron, échappa au châtiment et fut remplacé par Porcius Festus, qui à son tour fit comparaître saint Paul devant lui, en présence du roi Agrippa et de sa sœur Bérénice, non pour être jugé par eux, mais pour leur faire connaître la religion nouvelle, dont ils étaient curieux. Ils l’envoyèrent à Rome, comme ayant usé de .ses droits de citoyen romain par un appel à l’empereur. (Act. 25 et 26.)
Un grand prêtre nommé Hanan ou Anne, sadducéen rigide et cruel, fit lapider comme blasphémateurs quelques personnes accusées d’avoir transgressé la loi, entre autres saint Jacques, frère de Jésus-Christ, premier pasteur de Jérusalem, et trè.sprobablement l’auteur de l’austère et spirituelle épître qui porte son nom dans le Nouveau Testament (1). 11 était connu
(1) Il rè^e quelque cenfusion sur les trois Jacques dont il est question dans les Livres saints. Nous croyons que le frère de Jésus, l’évèque de Jérusalem, l’auteur de
SOUS le nom de Jacques le Juste, et n’avait pas cessé d’observer la loi de Moïse avec une extrême sévérité ; il était populaire et vénéré, même des pharisiens. Aussi les exécutions sommaires du grand prêtre sadducéen lurent dénoncées à la fois au roi Agrippa et au nouveau gouverneur Albinus, à qui seul appartenait le droit du glaive. Anne fut dépouillé de la tiare après trois mois de souveraine sacrificature.
Du reste, Albinus vendait au plus fort enchérisseur ou la justice ou l’impunité, et Agrippa en faisait autant du sacerdoce suprême. Il fit surgir de nouveaux troubles en ôtant la tiare à Jésus, fds de Domnée, pour la donner à un autre Jésus fils de Gamala, dont la femme Marthe, fille de Boéthus, avait acheté à deniers comptants, pour son mari, la .souveraine sacrificature ; le fils de Domnée résista, et de là résultèrent des désordres violents.
Jusqu’en 64, les travaux extérieurs du temple occupaient une foule d’ouvriers; ils furent alors terminés et plus de dix mille hommes se trouvèrent, à Jérusalem, sans emploi et sans pain. Albinus, qui se vit près d’être révoqué, ajouta à la confusion en relâchant pour de l’argent, avant son départ, un grand nombre de malfaiteurs. Gessius Florus le remplaça et le fit regretter.
Marié à une intime amie de l’impératrice Poppée, il se crut sêr de l’impunité et ne respecta rien. Compromis cependant à force de crimes, il prit le parti, pour se sauver, de provoquer lui-même une insurrection générale. Entre autres insolences préméditées, il fit prendre avec ostentation de l’argent pour le service de l’empereur, dans le trésor du temple. Le peuple se vengea de lui par des insultes; on mendia dans la ville pour le pauvre Florus. Il chercha en vain à se faire livrer ceux qui l'avaient bafoué ; furieux, il fit massacrer et piller les habitants ; trois mille six cents personnes de tout âge et de
l'épttre, le martyr d’Anne est un m£me peraonnage, distinct des deux apdtres, l’un (Ils d’Alphée, l’autre de Zébédée.
tout sexe furent tuées dans les rues et dans les maisons en un seul jour ; il fit môme battre de verges et crucifier des Juifs qui avaient le titre et les droits de chevalier romain. Ce ne fut que le début de ses infâmes sévices. Agrippa essaya en vain de calmer Jérusalem exaspérée et se retira dans son royaume. Les habitants se divisèrent; le parti de la soumission, soutenu par 3000 cavaliers qu’envoya Agrippa, occupa la ville haute tandis que les révoltés ou zélateurs se fortifiaient dans la basse ville et le temple. Le commandant du temple, Ëléazar, fil , cesser les sacrifices qu’on offrait à Dieu pour la personne de l’empereur et pour la prospérité de l’empire.
La guerre civile se trouva alors organisée. Non-seulement les zélateurs brûlèrent les palais d’ Agrippa et de Bérénice, ainsi que les archives, afin de détruire les titres de tous les créanciers, mais ils prirent la forteresse Antonia et passèrent au fil de l’épée la garnison romaine qui s’était réfugiée dans trois tours de l’ancienne muraille ; et cependant la vie avait été promise aux soldats.
En môme temps que les zélateurs commettaient cette traliison sanglante à Jérusalem, les païens de Césarée (la capitale romaine du pays) faisaient un horrible carnage des Juifs, au nombre de vingt mille.
Le gouverneur de Syrie, Cestius, après avoir assiégé vainement Jérusalem pendant six jours, battit en retraite et fut défait près de Beth-Horon par les insurgés toujours plus nombreux, qui s’emparèrent de ses bagages et de ses machines de guerre. Les païens de Damas se vengèrent de ce désastre en assassinant k la fois dans le Gymnase dix mille Juifs, qu’on avait réunis sans armes sous un prétexte spécieux. Le massacre des sectateurs d’une religion par ceux d’une autre, était alors, en Syrie, fréquent comme de nos jours, tout accommodement devenait impossible. Une guerre d’extermination entre Rome et la Judée commençait ; elle ne pouvait finir que par l’anéantissement du peuple Israélite ; les deux races, les deux
religions étaient arrivées l’une contre l’autre au paroxysme de la haine et de la fureur.
Ce fut alors que le petit groupe des chrétiens de Judée, étrangers à ce débordement de cruautés, se réfugia au delà du Jourdain, dans la petite ville de Pella, et y attendit des temps meilleurs, suivant le conseil même que Jésus leur avait laissé. (Math, xxiv, 16.)
Nous ne raconterons pas ici les sanglantes péripéties de cette guerre implacable, où l’admiration qu’inspire la résistance héroïque des Juifs est à chaque instant troublée par l’horreur que causent leur férocité, leur perfidie et leurs hideuses discordes, tandis (jue les Romains, sans en excepter ni Vespasien ni Titus, se rendent exécrables par leur iiibumanité.
Après un des sièges les plus effroyables dont l’histoire fasse mention, rendu horriblement meurtrier, moins par la guerre elle-même que par la famine et les combats fratricides que se livraient entre eux les assiégés, Jérusalem fut prise, fe temple brûlé par accident et la ville rasée. Nulle part, même à Carthage, Rome n’avait rencontré une résistance aussi persévérante et aussi indomptable que chez ce petit peuple juit, si méprisé et si souvent vaincu.
Titus rentra en triomphe à Rome, traînant après son char les deux derniers champions de l’indépendance juive, Jean et Simon, dont l’un tinit sa triste vie dans un cachot, tandis , que l’autre fut flagellé et décapité au Forum, où l’arc de triomphe érigé à Titus est encore debout, et porte sur ses bas-reliefs l’image du chandelier à sept branches, de la table de proposition et des trompettes sacrées, suprêmes dépouilles de la nationalité et de la religion des Juifs (1).
Trois forteresses restaient encore à prendre, Hérodioii, Machéronte et Masada ; les deux premières ne purent tenir
(I) Vespasien avait également ilélruit le temple juir d'Éfçypte, à Léonlopolis. COQIJF.Hr.L. 9
ISO UBRES ETUDES.
loD|i(t«mps coutre les Romains. dernière, sur les bords de la mer Morte, était commandée par un descendant de Judab le Galiléen, nommé Êléazar; il se défendit aussi longtemps qu’il le put. Quand le moment de céder fut venu, il persuada aux derniers des Juifs réunis avec lui, de mourir avec leurs familles plutôt que de se rendre. Les enfants et les femmes furent égorgés ; puis dix hommes tirés au sort égoi^reut leurs camarades et finirent par se tuer eux-mêmes; enfin Masatla fut incendiée. C’était le jour de la Pâque juive, l’an 73. Quand les Romains entrèrent dans la place, un silence solennel y régnait et neuf cent soixante cadavres brûlaient au milieu des débris. Seules, deux femmes sortirent des aqueducs où elles s’étaient cachées, avec leurs petits enfants.
Ainsi périt la Judée. Mais telle était son indestructible vitalité qu’elle essaya enenre de renaître des cendres de Jérusalem et de Masada.
Le Sanhédrin avait été transféré avant le siège à Jamnia ou Yebnah ; une célèbre école de rabbins s’y forma et le président de cette assemblée reprit le titre de Nasi ou de prince, qu’avaient illustré Siméon Maccabée et ses premiers successeurs.
Il fallut une garnison de huit cents hommes sur le mont de Sion pour empêcher les murs de Jérusalem de sortir de leurs ruiuesetdese relever. Domitien persécuta les Juifs, rechercha et fit périr, à l’exemple de Vespasien, tout ce qui restait du sang de David pour mettre fin aux apparitions séditieuses de prétendus messies. Trajan fut obligé de sévir coutre les débris du peuple juif, sans cesse révoltés ; en Cyrénaïque, en Égypte, ou les accusa d’avoir massacré dans une seule révolte deux cent vingt mille Grecs ou Romains.
Eufin, sous Adrien, un messie nommé Bar-Coziba, mais qui se faisait appeler Bar-Cochéba, fils de l’Étoile (Nombres, XXIV, 17), souleva une dernière fois ses compatriotes, et réussit à occuper Jérusalem, cinquante forteresses ainsi qu’un
grand nombre de villes et de villages. D se proclama roi, il battit monnaie et fut déclaré roi et messie par un rabbin célèbre nommé Akiba.
Adrien d’abord n’avait pu croire cette révolte sérieuse ; forcé d’en reconnaitre la gravité après plusieurs défaites du gouverneur Tinnius Rufus, il envoya en Judée Jules Sévère. Bor-Cochéba s’enferma dans une ville ou forteresse peu connue, nommée Bélbar et s’y maintint, dit-on, plus de trois ans. Là se renouvelèrent toutes les horreurs des précédentes guerres. Dion Cassius prétend que dans cette insurrection finale, cinq cent quatre-vingt mille Juifs furent tués; les rabbins en comptent beaucoup pUis. Bar-Cochéba périt les armes à la main. Akiba, entre autres martyrs, fut écorché vif et mourut avec une constance inébranlable en répétant la dernière parole de tout Israélite fidèle : Ecoute, Israël, Jéhovah est notre Dieu, Jéhovah est uni (Deut. vi, à.)
Adrien fit vendre comme esclaves, mais au prix qu’on payait les chevaux, ce qui restait des insurgés. I.a Judée devint un désert. Une ville nouvelle fut bâtie sur les ruines de Jérusalem, dont le nom même fut aboli. La cité romaine s’appela Ælia Capitolina, des noms d’Ælius Hadrianus, son fondateur, et de Jupiter Capitolin qui eut un temple sur l’emplacement du lieu saint. L’entrée d’Ælia fut interdite sous peine de mort aux Juifs, et même aux chrétiens de race israélite ; un pourceau de marbre, placé au-dessus de la porte qui conduisait vers Bethléem, rappelait, par un insultant emblème, aux fils d’Israël, que leur cité sainte était pour eux à jamais perdue et profanée.
La petite ville d’Ilia, dont parlent dans leurs relations quelques voyageurs arabes, n’est autre que Jérusalem. Longtemps ou vendit à prix d’argent aux Juifs la permission de venir nue fois par an sur l’emplacement de leur ville sacrée pleurer le passé et rêver un chimérique avenir.