I.IBKES ETUDES
blir le trône de David et de Salomon, conciuérir le monde et y régner mille ans avec les Juifs fidèles, soit ceux qui vivraient alors, soit lesjustes ressuscités. Ces idées, longtemps vagues, prirent, sous la domination des Romains, une intensité pa.ssionnée ; on se réfugiait, loin des opprobres et des douleurs du pré.sent, dans les rôves d’une éclatante vengeance, d’une orgueilleuse domination et d’une existence de délicas. 11 ne s’agissait que de transférer l’empire de Rome à Jérusalem, et le Messie devint de plus un Augu.ste juif. On se persuada que les livres saints ne parlaient que de lui, et par toutes sortes d’artifices, en cherchant à lire l’avenir dans le passé, on trouva dans la Rible, au sujet du Messie, toute espèce de révélations grandioses et splendides. On rattacha les espérances messiani(jues aux rêveries apocalypliques, à l’histoire des empires, aux révolutions des Ktats, et c’est .sous cette forme bizarre (jue la philosophie de l’histoire naquit en Judée et se fit jour dans le livre de Daniel, les prétendus oracles sibyllins et le quatrième livre d’Esdras.
Il faut rendre aux Juifs cet bommage d’avouer que Inculture intellectuelle, l’art d’interpréter la loi, la lecture, l’écriture étaient enseignés avec zèle dans les écoles et trèsactivement exercés dans les synagogues. cet égard, la privation du culte cérémoniel, quoique vivement déplorée par les fils de Judah, leur fut d’une haute utilité. Elle les obligea à se passer de sacrifices matériels, et à les remplacer par la prière, la lecture des livres saints et l’enseignement oral. La prédication régulière, l’enseignement public et périodique des choses de Dieu est sorti des synagogues ou assemblées juives. C’est là d’abord que Jésus l’apraticjué; c’est ce culte des synagogues, adopté plus tard par la Réforme, composé du chant des psaumes, de prières, de lecture et d’explications de l’Ecriture sainte, que Jésus et les apôtres ont célébré. 11 fut pour l’Évangile le moyen le plus fréquent de propagation : il sert puissamment, depuis bien des siècles, à la culture intellectuelle
(le toutes les uatioiis chrétiennes, et si les Chrysosloiue, les Bo.ssuct ou les Saurin ont jeté sur la chaire chrétienne uu grand éclat, il ne faut pas méconnaître en outre que, pour le plus grand nombre des hommes, l’humble chaire du village a été longtemps le principal ou même le seul moyen de culture.
De plus en plus, on le voit, les esprits mûrissaient pour s’a.ssimiler la vérité plus haute et plus pure offerte au monde par Jésus. A force de chercher, on peut retrouver çà et là, dans les enseignements des rabbins, quelques-unes des idées que le Christ annonça avec le plus d’autorité. Il paraît certain que l’idée de faire de l’amour de Dieu et des hommes l’essentiel de la loi avait été plus ou moins entrevue par quelques docteurs de la loi, et il faut remarquer que l’Évangile même de saint Luc place cette belle, pensée dans la bouche d’un scribe (jui interroge Jésus (x, 27). On cite cette noble réponse du célèbre pharisien Hillel, contemporain d’Hérode, auquel on demandait de résumer la loi en peu de mots: «Ce que tu n’aimes pas pour toi, ne le fais pas à ton prochain; c’est là toute la loi ; le reste n’en est que le commentaire. » Mais Jésus ne se borne pas à défendre de faire du mal à son prochain, ni même à ordonner de lui faire du bien, il s’élève plus haut que les actes extérieurs ; il pénètre plus profondément dans l’àmc ; il parle à la conscience, il agit sur le cœur; il exige, il inspire l’amour.
11 paraît d’ailleurs que Hillel était trop spiritualiste pour son temps et queChammaï, son antagoniste et son rival, maintenait contre lui la nécessité des observances pharisaïques et f antique étroitesse de l’esprit judaïque; mais Hillel eut des successeurs.
La même largeur de vues paraît avoir rendu presque également éminent .son de.scendant Ganialiel, docteur de la loi honoré de tout le peujde, dont saint Paul fut le disciple (Ael.,xxn,3), et qui, dit-on, présidait le Sanlnidrin quand tes
UBRiîs éraDEs.
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apôtres furent appelés devant ce tribunal suprAme. Saint Luc nous le montre disant alors à ses collègues: «Laissez-les aller; car, si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle périra ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pouvez la détruire; et craignez alors qu’il ne se trouve que vous fassiez la guerre à Dieu» ! (Act., v, 33-40.)
Nous ferions injure à la vérité si nous refusions de voir, soit chez les scribes juifs, soit chez les philosophes grecs ou autres, telle ou telle pensée que Jésus a lui-même émise. D’ailleurs, dans le monde moral, il ne peut y avoir, il n’y a rien de vrai qui soit absolument nouveau et qui n’ait été pressenti de tout temps avec plusou moins de force et d’intensité. Réjouissons • nous de tout ce que l’humanité a pensé ou senti de grand et de vrai, et reconnaissons que si, avant Jésus, le niveau des esprit commence â s’élever, notre Maître cependant domine de bien haut non-seulement son siècle, mais ceux qui ont suivi et le nôtre, non-seulement par la pureté de sa doctrine toute de spiritualisme, d’amour et de régénération morale, mais par la stiintelé de sa personne, par la sublimité de sa mission, de sa vie et de sa mort, par la conscience qu’il avait de cette union avec Dieu, qui est le but unique de la vie religieuse et de la vie morale.
Si nous n'avons pas craint de replacer ici dans son véritable cadre historique cette figure incomparable et vénérée, il faut reconnaître qu’elle ne cesse de grandir, de devenir plus vivante et plus souveraine à mesure qu’on la voit de plus près, au milieu des réalités de l’histoire et du cœur humain, au lieu de la contempler à travers les mystiques brouillards d’une orthodoxie de convention .
BUNSEN
BIOUKAPIIIti: (1).
L«t fonaulcs <logmii»<|ii«i aoat 4ci toarii«»HX ' où l'on «nfernw Iw idées loulas rives.
(Buksch).
C’est à Corbach, ancienne capitale de la petite principautt* tle Waldeck , à quelques lieues de Cassel , que naquit, le 25 aoftt 1791, Christian Karl Josias Bunsen. Ses études de théologie, commencées à Marbourg, furent continuées, pendant cinq années (1808-1813), à Gœttingue, où il eut pour maîtres Heyne et Heeren, et où il se lia d’amitié avec des condisciples qui plus tard devinrent d’éminents théologiens, comme Lachiiiann et Lücke. Son père était un ancien militaire très-peu aisé, il ne put lui donner que cent thalers en l’envoyant à Marbourg. L’étudiant n’en po.ssédait plus que dix quand, au bout d’un an, il s’établit à Gœttingue. Une vive aptitude pour l’étude des langues et un goût pas.sionné pour les voyages, entraînèrent ensuite le jeune homme de contn’*e en contrée, et partout il fil mentir le proverbe des gens trop casaniers ; Pietre qui roule n' Muasse pas de mousse. S’il ne s’agit que d’argent, cela peut être vrai ; mais notre jeune philologue amassa, en voyageant, des connaissances étendues et variées, étudia sous les meilleurs maîtres et trouva partout, pour sa puissante organisation intellectuelle,
(1) Le Lien, 1861, b® 1.
(les aliments précieux, d’énergiques moyens de développement. Il voyagea en Hollande, puis en Danemark, où il apprit, de Finn Magnussen, l’islandais.
En 1815, il passa quelques mois à Berlin, où Niebuhr, déjà célèbre par ses travaux sur l’histoire romaine, occupait une chaire de professeur. Avant de le connaître personnellement, Bunsen s’était épris d’un vif enthousiasme pour le caractère politique do Niebuhr et pour sa science, passionnée, mais sévèrement critique. Tandis que d’autres se désolaient de voir les récits de Tite-Live battus en brèche par le scepticisme lumineux de Niebuhr, notre jeune penseur était saisi d’admiration, en voyant la profonde sagacité du critique dégager la vérité de l’amas de fables sous lequel on l’avait à peu près ensevelie.
Bunsen vint, l’année suivante, à Paris, et y étudia l’arabe et le persan sous Sylvestre de Sacy. Rome l’attira ensuite, et d’autant plus que Niebuhr y résidait comme ambassadeur de Prusse. Sous les yeux de ce maître bien-aimé. Bunsen se livra avec une extrême activité à l’étude de l’histoire, de l’art antique, et poursuivit celle des langues. C’est à Rome, et à cette époque même, qu’il se maria. En 1818, Niebuhr le fit nommer secrétaire d’ambassade, et dès lors commença pour Bunsen cette double vie de diplomate et de savant qui l’a occupé jusqu’à ses dernières années.
Ses recherches avaient aussi, dès cette époque, un caractère religieux et même théologique ; car, en étudiant les antiquités romaines, il s’attacha de préférence aux premiers siècles de l’Église de Rome, sur lesquels ses travaux ont jeté de vives lumières.
En 1822, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, vint à Rome. On sait combien ce roi s’est occupé de questions d’Église, de liturgie, d’administration ecclésiastique ; ce fut lui qui unit l’Église réformée et l’Église luthérienne de ses États, œuvre excellente en elle-même, mais dont le malheur
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et le tort furent d’émaner du gouvernement et non des gouvernés, de l’autorité civile et non des membres de l’Église. Nous ne savons à propos de quelle question ce prince exposait un jour ses théories sur l’administration de l’Église, lorsque son jeune secrétaire d’ambassade, avec cette liberté et cette inflexible droiture qui l’ont toujours distingué, s’avisa de contredire le souverain et de le réfuter. Franche et courageuse, l'objection fut, sans doute aussi, présentée avec tact et avec déférence, car le roi n’en fut nullement choqué, et même engagea son savant contradicteur à demeurer au service de la légation prussienne à Rome, en lui promettant de ne pas l’oublier. Ce fut entre le roi et le savant l’origine d’une amitié rare entre un souverain et un particulier, amitié qui .dura autant qu’eux et qui suscita contre Bunsen bien des jalousies. Lorsque, en 1824, Niebuhr quitta Rome et devint professeur à Bonn, Bunsen le remplaça, par intérim d’abord, et fut nommé, en 1827, à la place vacante.
Jusqu’en 1838, il resta, avec le titre de ministre de Prusse, dans cette ville de Rome, qu’il connaissait depuis 1815. Ces vingt-deux années furent admirablement remplies par de brillants travaux et d’utiles fondations.
L'Institut archéologique de Rome lui doit infiniment, et l’impulsion aussi intelligente qu’active donnée par lui aux recherches de l’archéologie romaine survécut à son départ et ne demeurera pas stérile. L’esprit scientifique allemand coordonnant et surtout élargissant l’érudition minutieuse des antiquaires de Rome, un ambassadeur protestant présidant à des études respectueuses, mais libres, sur les premiers temps de l’Église romaine, c’était là un fait nouveau et qui ne pouvait être que très-heureux pour la science. Sous ce point de vue. Bunsen a fait bien plus que Niebuhr.
Ambassadeur, il a représenté dignement dans le centre du catholicisme et de la papauté, une grande puissance protestante. L’hôpital protestant fondé par lui près du Capitole est
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un immense bienfait pour nos coreligionnaires pauvres qui se trouvaient livrés sans défense aux obsessions des prêtres, des moines et des religieuses. L’ambassade prussienne fut la seule des légations protestantes qui possédât dans l’enceinte même de la Ville éternelle un temple protestant, situé sur le Capitole, dans le palais Caffarelli. Nous y avons assisté nous -môme au culte allemand avec une joie et une émotion profondes. M. le pasteur Heintz, qui portait le titre d’attaché d’ambassade, sans lequel sa position à Rome n’eût pas été assurée et convenable, nous a longuement entretenu de l’influence exercée par Bunsen et du bien qu’il a fait à Rome. On nous a montré le bureau sur lequel il a écrit tant de .savants ouvrages ou de notes diplomatiques fermes et dignes ; nous ne désirons pas que l’on conserve ce meuble comme une relique, mais Rome en contient par milliers qui sont moins respectables, et nous devons une vraie gratitude à l’ homme de foi, de .science et de noble caractère qui a su porter si haut et si dignement, en face des cardinaux, de Léon XII et de Grégoire XVI, le nom protestant. Bunsen a doté l’Église protestante de Rome d’une Liturgie et d’un Choix de cantiques dont il est l’auteur.
Fort occupé des affaires difficiles et délicates (jue sou ambassade l’obligeait à suivre, la question des mariages mixtes le ramena accidentellement à Berlin en 1827, et il obtint en 1832, de Léon XII, sur ce grave sujet, un bref plus favorable qu’on n’avait pu l’espérer.
Malgré d’aussi importantes préoccupations, les langues nn- •ciennes, l-’histoire, l’archéologie, la philosophie platonicienne, l’Église, ses antiquités, ses liturgies, les monuments de Rome, lia Bible enfin et l’exégèse étaient l’objet des investigations infatigables de l’ambassadeur.
La Topographie de la ville de Rome, qu’il publia avec Plattner , son livre sur les Basiliques de l’ancienne Rome (Munich, 1843), et plus tard son Hippolyte, prouvèrent Vétendue et la prodigieuse activité de ses études romaines.
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Mais de plus, en 1826, .ses goiUs d’archéologue avaient été très-vivement excités par les découvertes et l’arrivée à Rome de Champollion . Les hiéroglyphes et l’étude de l’Égypte d’après les monuments, comparée à ce qu’on en savait déjà par les anciens et par la Bible, prirent dès lors une large place dans les travaux de Bunsen, comme l’ont révélé ses Etudes sur r Égypte et surtout son grand ouvrage, publié plus tard sous ce titre : Le rôle de F Égypte dans F histoire universelle. Ingénieux à éveiller partout le zèle scientifique, et empressé de rendre à d’autres ce que Niebuhr avait fait pour lui, il engagea de toutes ses forces M. Lepsius à se livrer à ses recherches d’égj'ptologie, et, pour l’y aider, lui fit allouer des fonds par l’Académie de Berlin pendant plusieurs années. On sait quels services M. Lepsius a. rendus à cette branche de la science.
On pouvait croire que rien n’amènerait Bunsen à quitter Rome, oü il semblait se trouver chez lui autant que personne, tant il connaissait et aimait les souvenirs et les monuments de la vieille capitale du monde. Mais à la suite des violentes querelles auxquelles donna lieu, en 1836, l’archevêque de Cologne, Droste de Vischering, Bunsen ayant tenté d’amener • le pape à une réconciliation, cl n’ayant pu y parvenir, crut devoir demander son rappel et l’obtint.
11 fut ensuite (en 1839) chaîné de représenter la Prusse auprès de la Confédération suisse, et passa deux ans à Berne, où il publia (en 1841), son livre sur la Passion et la Semaine sainte. De Berne, il fut, à plusieurs reprises, envoyé à Londres en mission temporaire, et il réussit si bien à la cour d’Angleterre qu’il ne tarda pas à y rester définitivement comme ambassadeur. Là, sa piété profonde et expansive, son caractère libéral et hardi, la notoriété des services qu’il avait rendus au protestantisme dans la capitale du monde catholique, les recherches bibliques auxquelles il se consacrait de plus en plus, lui gagnèrent bientôt la sympathie générale. Ce théolo-
gien protestant semblait un lieu natua‘1 entre les deux plus grands États protestants d’Europe. En outre, le prince Albert, allemand de naissance, élève de l’üniversité de Bonn, témoignait au savant ambassadeur une affection et une considération toutes particulières. Bunseu se trouva entouré d'une grande bienveillance à la cour et dans le pays. Agréable aux classes moyennes par son zèle pour le protestantisme, fort recherché par l’aristocratie que sa célébrité , la haute distinction de son esprit et l’amitié de l’époux de la reine attiraient à lui, le chevalier Bunsen, comme on l’appelait à Londres, exerça une influence considérable et excellente sur l’esprit religieux en Angleterre. L’étroit bigotisme et l’ignorance profonde du parti dit ultra évaiyélique, s’efforçaient d’élever et de maintenir une barrière de préjugés entre l’orthodoxe Angleterre et la terre classique du libre examen, l’Allemagne, mère de tant d’hérésies. l’Allemagne, terre natale de Xinfidélité dogmatique et de l’impiété sceptique. Ces préventions aveugles furent sans cesse combattues par l’influence de Bunsen, influence très-pieuse, très-chrétienue et très-indépendante. H est pour beaucoup dans le mouvement théologique actuel de l’Angleterre; si les Stanley, les Jowett, les Maurice, et bien d’autres, au sein de l'Église anglicane, ont la liberté de penser et de savoir, malgré un concert de malédictions et de calomnies, l’action du chevalier sur les esprits y a fortement contribué. Ni sa piété personnelle et pratique, ni son ardeur protestante n’étant contestables, beaucoup de choses lui furent permises, qui auraient été impossibles à tout autre. Sa vaste connaissance des langues le mit bientôt à même d’écrire et de publier de grands ouvrages en anglais, et ce fut encore un acte dont l’Angleterre lui sut gré.
On se souvient qu’un grec, M. Myno'ide-Mynas, envoyé par M. Villemain pour explorer les bibliothèques des moines du Mout-Athos, en rapporta, entre autres découvertes, un manu-
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scrit anonyme du xiv” siècle, intitulé ; Réfutation de Mites les hérésies. Attribué à Origène par un savant français, M. Miller, et publié sur sa demande par l’Université d’Oxfbrd, ce traité fut étudié avec une avide curiosité par M. Bunsen, qui prouva que le livre n’est point d’Origène et l’attribua, avec une assez grande probabilité, à Hippolyte, évêque de Portes (près de Rome), célèbre entre autres par sa statue mutilée qui se trouve au musée de Saint-Jean-de-Latran, à Rome, et dont le siège porte les chiffres d’un cycle pascal qui a été souvent cité. Nous dirons comment, après diverses publications en allemand et en anglais, cette hypothèse, fort vraisemblable, finit par donner lieu à un ouvrage de Bunsen, en sept volumes in-8", où Hippolyte et le manuscrit de M. Mynas servirent de point de départ à de vastes études sur l’histoire et l’archéologie de l’Église de Rome, sur les anciennes liturgies, et bien d’autres choses encore.
Pendant cette même ambassade à Londres, notre coreligionnaire travailla très-efficacement à unir la nation qu’il représentait avec celle au milieu de laquelle il résidait. Le mariage de l’héritier du trône de Prusse avec la fille aînée de la reine d’Angleterre a consacré plus tard et réalisé l’alliance qu’il avait longtemps travaillé à resserrer.
Il contribua aussi à l’établissement d’un évêché protestant à Jérusalem, évêché auquel les deux puissances pourvoient alternativement ; on voulut par cette union des deux peuples et des deux Églises constituer en Orient une force protestante qui pût subsister à côté des influences latines et grecques.
Sérieux admirateur de la constitution anglaise. Bunsen fit, en 18Û8, plus d’un voyage à Berlin pour conseiller à Frédé ric-Guillaume IV d’organiser le gouvernement et la représentation nationale de la Prusse, sur le plan du parlement et du ministère anglais, (^.ette propagande parlementaire ajouta encore aux vives sympathies (ju’on lui témoignait des deux
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côtés, et si ses vues politiques n’ont pas été accueillies, son zèle pour la science chrétienne, dégagée d’entraves traditionnelles, eut d’autant plus de succès qu’il y avait, entre lui et les Anglais, communauté de fui politique aussi bien que religieu.se.
A Londres comme à Rome, Bunsen s’était parfaitement associé au génie particulier du pays près duquel il était accrédité, et cela, dans un cas comme dans l’autre, sans rien sacrifier de son individualité et de son indépendance. Cette fois encore, il pouvait sembler douteux que le chevaUer quittât jamais cette capitale protestante, dont il était devenu un des habitants les plus influents et les plus populaires. Ce fut encore lui, cependant, qui rompit cette seconde union comme la première. Au moment où la guerre de Crimée se préparait, n’ayant pu obtenir du gouvernement de son pays une résolution qu’il croyait juste, il donna sa démission et cette honorable retraite mit le comble à la haute estime qu’il avait su mériter. L’Angleterre, dont il avait, en cette occasion, préféré l’opinion à celle de son propre gouvernement, l’aurait vu avec faveur s’étabUr dans son sein et s’y fixer jK)ur le reste de ses jours. Mais ce fut dans sa propre patrie que le diplomate démissionnaire voulut aller vivre, au sein d’une laborieuse obscurité. Il fut accueilli avec l’estime qui lui était due par le roi Frédéric-Guillaume IV, qui lui conféra le titre de baron, en témoignage de reconnaissance pour sa belle et active cai’rière diplomatique.
11 se retira à Heidelberg, ville toute universitaire et toute allemande, pleine du repos favorable aux études et parée des beautés les plus pittoresques par la double poésie de la nature et de l’art. Là, au milieu des collines couveiles de bois épais, à l’ombre du merveilleux château à demi ruiné des électeurs palatins, l’ex-rninistre sexagénaire reprit avec une ardeur toute juvénile ses études chéries de théologie et d’histoire. 11 entreprit en 1857 le vaste monument qui avait été le rêve de
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toute Sel vie: X Œuvre biblique, traduction, commentaire, introduction. Il intitula cet ouvrage immense : Bibelwerk fur die Gemeitïde, ce qu’on a rendu assez exactement en ces mots : la Bible expliquée aux fidèles. Voici uû passage trèsremarquable de cet ouvrage et qui en donne la clef : « La connaissance des Écritures (dit-il dans son explication du chapitre I" de la Genèse) préserve seule des erreurs anciennes et modernes; la Bible, en effet, rejette le polythéisme et le dualisme ; elle condamne de même le fatalisme et le matérialisme; elle repousse enfin l’erreur la plus dangereuse parce qu’elle est le plus près de la vérité, le panthéisme. «
Il publiait en même temps que ce colossal travail un autre ouvrage dont le plan est aussi d’une effrayante étendue, et dont le titre indique assez l’immense sujet : Dieu dam t histoire (trois volumes in-8).
Mais la passion de l’érudit était bien loin d’étouffer en ce généreux esprit les aspirations vers l’avenir. Le passé n’était pour lui que l’école du présent, la mine dont l’avenir utilisera les produits variés. Déjà, eu 1845, Bunsen avait écrit en anglais et en allemand sur la Constitution de t Église de F avenir. Dix ans après, parurent les Signes du temps, ouvrage resté célèbre par sa propre valeur et par la polémique trèsanimée à laquelle il donna lieu. Ce manifeste éminemment libéral souleva la plus véhémente opposition dans le vieux parti exclusif et ultra-conservateur de l’Église prussienne. M. Stahl, professeur a Berlin, membre de la chambre haute, chef d’un parti traditionaliste à peine supérieur à ce que le puséisme anglais a de plus outré, répondit aux Signes du temps dans un pamphlet intitulé Wider Bumen (contre Bunsen), et qui eut autant de retentissement que l’ouvrage qu’il réfutait. En quelques mois, les Signes du temps eurent trois éditions, et la brochure contre Bunsen dut être réimprimée presque immédiatement après sa publication. Un troisième écrit, celui du professeur Schenkel, parut sous ce titre : Pour