COURSE DF. TAUREAUX A MADRID
reaux) est jetée, tout enrubannée, par un algnacil dans le chapeau d’un muchacho de service, au milieu de nouveaux sifflets adressés au personnage officiel qui s’enfuit au galop, pendant que le toril s’ouvre et que le taureau en sort.
Celui-ci, robuste créature, au poil noir et uni, ne paraît ni étonné ni ébloui, quoiqu’il sorte des ténèbres pour se trouver tout à coup sous des flots de lumière et sous le regard de vingt mille ennemis. 11 parcourt de l’œil la multitude, aperçoit avec indifférence la cuadrilla qui l’attend, tourne dédaigneusement le dos à ses bourreaux et cherche la porte de son écurie. La foule désappointée hue le taureau qui lève la tète, écoute, mais ne s’inquiète encore de rien. Évidemment, en ce moment, if n’y avait guère là qu’un animal raisonnable, et c’était le taureau. Mais cette immense tourbe humaine réussit bientôt à rendre la pauvre bète aussi folle et aussi brutale que ses persécuteurs. Assourdi de cris insultants, le taureau est provoqué par les chiilos, qui le défient, agitent devant ses yeux leurs longs manteaux éclatants, les lui jettent parfois jusque sur les yeux et sur les cornes, et s’efforcent de se faire poursuivre par lui. Seul contre toute cette bande agile, le taureau se lance-t-il contre un des chülos, il est à l’instant agacé, attiré, détourné par une autre cape jaune, verte ou bleue, qui passe et repasse devant ses yeux, le trouble et l’irrite. Ce jeu d’adresse est destiné en réalité à fatiguer la victime et à provocpier sa colère. Plus le taureau deviendra furieux, moins il sera maître de ses mouvements; il se précipitera en avant, et son adversaire n’aura, pour le laisser passer, qu’à dévier lestement à droite ou à gauche.
Les picadores assistent souvent immobiles à cette première scène du combat, qui n’est encore qu’un jeu et n’a rien de sanglant. Fréquemment aussi le taureau, dès .son entrée dans le cirque, bondit en se battant les flancs de sa queue et assaille le premier qu’il aperçoit; s’il tarde à .se ruer sur l’un d’eux, celui-ci le c’est-à-dii‘e l’attaipie. .\rmé d’une
COQIT.nF.L. 1!)
LIBRES BTDDES.
longue et lourde lance dont la pointe de fer, garnie d’un bourrelet d’étoupe, blesse sans pouvoir tuer, le picador en frî^ppe le taureau à l’épaule, et un jet de sang coule aussitôt sur la robe noire de l’auimal. Dès qu’il se seut blessé, il se jette sur son assaillant; mais l’homine, qui s’y attendait, fait cabrer son cheval pour se faire de son corps un bouclier. Il pousse le cheval au-devant du coup de corne qui va l’atteindrc. Ce moyen de défense réussit presque toujours; une des cornes, et souvent les deux s’enfoncent dans le ventre du chevalet le déchirent; un flot de sang en jaillit aussitôt et souvent les entrailles sortent immédiatement par la large blessure. Sans doute le picador ne livre ainsi sa monture à j’ennemi que s’il ne peut se sauver autrement; sans doute encore les chulos essayent de détourner la fureur du taureau ; mais, le plus souvent, à chaque piqôre de la lance répond une profonde blessure faite au cheval. Inutile de dire que la pauvre rosse a les yeux bandés ; et cependant elle s’efforce souvent de se soustraire à l’horrible sort qu’elle semble pressentir, et que peut-être elle connaît déjà par expérience. Mais le cavalier, impitoyable, est armé d’éperons qui sont de véritables poignards; si l’éperon nesuflit plus, nmehadm, à grands coups de bâton, forcent le cheval blessé à courir encore. Alors une large traînée de sang accompagne la malheureuse bête. A chaque pas, ses intestins sortent davantage de l’épouvantable déchirure; très-souvent ils traînent jusque sur le sol, et il n’est pas rare que le cheval ne les foule aux pieds, ne s’y enchevêtre, les arrachant ainsi toujours davantage. Rien de hideux comme ces chevaux efflanqués, chancelants, les yeux couverts, les flancs ensanglantés par les lances aiguës des éperons, le ventre déchiré, portant ou traînant un paquet saignant de boyaux, ivres de peur et de douleur, niais foi •cés par un implacable cavalier et par les palefreniers qui redoublent de coups, à se jeter do nouveau au-devant d’une blessure inévitable et plus cruelle que la première.