‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 43 sur 73 · COURSE UE TAUREAUX A MADRID · texte numérisé non relu

COURSE UE TAUREAUX A MADRID

w ntt Usés (c'est le mot d’usage). Chaque homme et chaque taureau^ d’avance un compte ouvert. N’adressez pas la parole à un aficionado; il ne vous entend pas; il est tout à ce compte sanglant qu’il rédige et qu’il conservera avec une foule d’autres pour les comparer et les discuter. Du reste, l’amateur est impartial; il crie avec transport bravo à l’homme qui blesse ou tue la bête; mais si la bête blesse ou tue l’homme, il lui crie avec la même admiration : Bravo toro!

Il ne faut pas s’en étonner. Nous ne sommes pas à un théâtre; rien ici n’est joué; le danger n’est pas imaginaire; les blessures saignent, le sang fume ; il y a là des êtres qui .souffrent tout ce qu’ils peuvent endurer, et qui en meurent sous nos yeux ; pas de fiction ici, mais bien la réalité des douleurs, do l’agonie, de la mort, dans toute leur hideuse vérité. Aussi, tant que dure la lutte, tous les regards sont fixes, les respirations suspendues, les esprits absorbés. A chaque incident, tout crie, tout gesticule, tout palpite; personne ne se contente d’être un spectateur passif; il semble que tout le monde prenne part à la lutte. De délicates jeunes filles, des femmes gracieuses et bien élevées, se livrent à celte passion sans aucune retenue, et s’embrasent de la commune fureur; la vue de tout ce sang les enivre. Leurs narines se gonflent, leurs yeux d’un noir profond semblent s’allumer; un amer mépris y brille pour le taureau qui a peur et pour l’homme timide ou maladroit ; tandis que leur enthousiasme touche au délire devant le sang-froid intrépide et heureux, devant l’agilité souple et hardie. Mais le plus louchant attribut de la femme, mais la pitié, mais cette tendre bonté, cette sainte charité, cette pureté aimante dont Dieu l’a revêtue, que deviennent-elles au milieu de cet ébranlement violent et grossier des nerfs, des sens et d’une imagination féroce qui s’assouvit d’horreurs?

Ce jeu, malgré tout l’éclat dont on le rehausse et toute la grâce brillante qu’on |)eut y déployer, ce jeu est barbare.

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L’hoiinue, sans doute, a raison de développer en lui-niênie le sang-froid, l’empire de la volonté sur le danger, la k)Uplesse du corps, la précision de la main, la sûreté du coup d’œil j et cette virile élégance des mouvements et des attitudes qui naît d’un parfeit équilibre des forces ; mais il n’a pas besoin pour cela de s’abreuver lui-môme et d’abreuver les autres de l’horrible et dangereuse vue du sang, des entrailles déchirées, de la torture et de la mort. 11 est d’autres e.xereices moins odieux et aussi salutaires.

Les Espagnols, il est impossible de ne pas le voir, malgré leurs qualités réelles, sont un peuple cruel. Leur histoire, leurs autos-de-fè, le culte de leurs maCtym, le goût de prédilection de leurs artistes pour l’horrible, bien d’autres faits encore, en font foi. I^es courses de taureaux provoquent sans cesse, alimentent, renouvellent en eux cette disposition funeste et honteuse. Aussi devons-nous appeler de tous nos vœux la cessation de ce’s amusements immondes et corrupteurs. Un parti toujours plus nombreux en Espagne condamne déjà ce plaisir dépravé. Des journaux politiques en font honte chaque jour à la nation espagnole; le jour viendra où sa propre fierté et sa conscience s’en indigneront. C’est un devoir pour tout homme au cœur élevé de hâter ce moment par sa réprobation hautement exprimée, .sans se laisser intimider par quelques écrivains frivoles, quelques partisans étourdis d’un réalisme gro.ssier, qui locommaudent à la France ces sanguinaires délassements.

.l’ai essayé de ne rien exagi'rer; je ne conteste point ce qu’il y a de noble dans la lutte de l’esprit et du courage contre une fureur bestiale; mais j’ai essayé défaire ressortir, du récit vrai de ce que j’ai vu, ce qu’il ÿ a de hideux pour tant d’hommes, pour des femmes, des jeunes fdles, des enfants, à mettre une bête brute en fureur et à la faire inutilement souffrir pour la tuer après. J’ai essayé de provoquer pai' des faits exactement rapportés le dégoût et l’indignation

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