‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 44 sur 73 · COURSE DE TAUREAUX A MADRID. 29S · texte numérisé non relu

COURSE DE TAUREAUX A MADRID. 29S

que m’a fait éprouver à moi-méine cette lâcheté, car c’en est une*

Je me disais ces choses, lorsqu’on sortant^ par le plus court chemin, j’eus à traverser un ignoble abattoir! les chevaux morts gisaient là entassés en un énorme monceau de ventres ouverts et d’entrailles pendantes. Un peu plus loin, les taureaux étaient immédiatement dépecés et vendus sur place, en détail, à une foule avide de s’en nourrir. J’avais le cœur soulevé de dégoût et d’horreur; je passai une nuit de fiévreuse insomnie et je me demandai avec angoisse pourquoi riiomme, jusque dans ses plaisirs, est si cruel. 11 faut l’avouer avec honte : il y a en nous tous, sous le vernis de l’éducation, sous la noblesse réelle de certains caractères, sous l’action sainte d’une religion de cousciencé et de charité, il y a en nous tous quelque cliose de la béte, et de la bête féroce. Les coui’ses de taureaux .sont uil des derniers rites de l’horrible culte par lequel rhnlnnie autrefois adorait, excitait, iititait en lui-méme la bète féttice. Oue ce hideux spectacle soit maudit et qu’un rougisse bientôt de l’avoir pratiqué si lotigtemps !

J’avais pris la résolutioti de voir une fois jusiju'au bout un de ces combats de bûtes; je l’ai tenue, non sans souffrir; mais pendant ce temps j’en ai pris une autre, et je l’ai tenue depuis, môme dans le désœuvrement des petites villes espagnoles où il n’y avait qlie cela à voir : je n’y retournerai jamais.

Un mois plus tard, j’étais en Urance, dans une des vieilles capitales de la réforme française. J’y retrouvai avec une surprise douloureuse, sur tous les murs, les mômes adiches qu’à Madrid, à Séville, à Cadix. Elles étaient en français et annonçaient deux courses de taureaux données par des Espagnols dans les arènes de Nîmes ; seulement on avait laissé en castillan l’horrible formule, heureusement intraduisible dans notre langue : toros de mmrte.

LIBRES ÉTUbES.

Espérons que la France ne reculera pas just^u’à cette barbarie espagnole. Nos mœurs françaises ont aussi leurs misères, mais au moins elles sont humaines. Qu’elles le deviennent toujours plus, et que jamais le goût français ne prodigue pour le divertissement du public, les souffrances, le sang et la mort !

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