I.IBRES ETUDES
l’Eucharistie. Un personnage vêtu de blanc, avec sceptre et couronne, s’avance entouré de sept autres Momos; c’est la Vertu qui danse avec les sept Péchés mortels; on ne dit pas si c’est pour convertir les pécheurs ; mais à coup sûr c’est sans aucun danger d’ètre séduite par eux. Des enfants dansent ensuite en divers groupes, dont tous les membres portent le même costume ; les garçons en Irlandais, en beryers et en Turcs; les filles en Polomises, en paysannes en montaynardes. D’autres enfants, en Turcs ou en Espagnols du xvi' siècle, ont le cor[)s passé dans celui d’un cheval de carton ; ils font place à une petite fille, que précèdent deux jeunes pages portant des Iwnnières. Cette enfant, qui représente Marie, monte une petite jument; elle est vêtue d’une tunique blanche, d’un manteau bleu ; elle a la couronne en tête et porte un petit Jésus dans ses bras, tandis qu’un vieillard l’accompagne à pied. Immédiatement après, de jeunes moissonneurs, chargés de gerbes, rappellent la pieuse tradition d’après laquelle, sur le passage de la sainte Famille fugitive, le blé aurait miraleusement mûri. Les trois rois mages et leur suite paraissent aussitôt, sur des chevaux richement harnachés, et portent des offrandes symboliques. Ici, le cortège est interrompu ou varié, si l’on veut, par la présence des quatre commissaires de la fête, à cheval, assistés d’un greffier des tribunaux et escortés par les alyuaciles de la municipalité. Entre eux et un piquet de cavalerie et à' alyuaciles qui ferme la marche, vient une troupe qu’on appelle la Deyolla (l’égorgerie) ; les jeunes gens qui la composent sont couronnés de laurier, et vêtus de tuniques ornées de guirlandes de feuillage ; ce sont les soldats d’Hérode, qui, sous prétexte du massacre des Innocents, frappent les passants avec des rouleaux de parchemin ou de carton, « ce qui cause beaucoup de cris de joie et une grande confusion » . Ainsi parle le programme officiel ; mais il suffit d’avoir vu ces soldats d’Hérode et leur costume sauvage, pour se rappeler les lupercates romaines, où d’autres jeune.s
LA FÈTE-DIEü A VALENCE ET A MUNtCH.
^ens couronnés de feuillage, mais dans un costume beaucoup moins convenable, couraient les rues en dansant, et frappaient avec une lanière les passants, surtout les femmes, qui attribuaient à leurs coups une signification d’heureux présage pour l’avenir de leurs familles (1). En voyant sous ma fenêtre ces jeunes gens courir dans un marché en frappant toutes les vendeuses de légumes, qui les accueillaient de fort bonne humeur avec des éclats de rire et des bourrades, je me croyais presque dans ribérie romaine, au siècle des Césars.
soir du même jour, les dames (c’est ainsi qu’on appelle ces divers groupes) vont dans les cours des principales maisons et devant la porte des magistrats de la ville. Là, on exécute des ballets assez monotones, mais variés par des autos sacramentales, ou représentations de tel ou tel trait de l’iiistoirc sainte ou de la légende, comme saint Christophe portant l’enfant Jésus, la fuite en Égypte dont nous avons parlé, un pèlerinage à Jérusalem, etc. Des nains, figurés par des enfants coiffés de têtes énormes, se joignent aux autres personnages, et le tout se réduit à une sorte de mendicité joyeuse. Une musique militaire sur la place de la Constitution et l’illumination de la maison des rochers complètent les réjouissances du mercredi, vigile de la Fête-Dieu.
11. — Le lendemain, après la première messe, huit géants dont nous parlerons plus loin , sortent de la maison des rochers et viennent se ranger sur la place; après quoi toutes les danses réunies vont chercher à l’hôtel de ville le corps municipal [El Excelenüsimo Ayuntamicnio) pour le mener à la cathédrale. où il assiste officiellement et en costume à la grand’messe.
Quoique les processions aient lieu d’ordinaire le matin. Valence, d’après diverses cédules royales et parliculièrement celle
(1) Plularqiie, RotnuL, 21 . — Caes., 61 . — Juvonal, S. 2, 142 et Schol.
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du 5 juillet 1673, a l’insigne privilège de célébrer la Fête- Dieu après midi. Ici encore il faut distinguer le défilé des chars triomphaux et la procession proprement dite. A un signal de l’autorité municipale, on attelle à chaque char ou rochcv huit inules fringantes, couvertes de panaches et de harnais écarlates.
Le premier des sept rochers est celui de Marie, construit en 1542 et dédié à X Immaculée Conception par rescrit du pape Alexandre VII en 1644. Il est naturel que le dogme espagnol par excellence ouvre la marche. Cette roca est un grand char à l’extrémité duquel, sur un rocher ou une sorte de piédestal décoré, est une statue de la Vierge en bois peint, le crois.sant sous les pieds. Chaque char ou rocher est couvert d’hommes et d’enfants qui jettent des dragées à la foule et des boucpiets aux dames. Toutes les fenêtres et les balcons sont décorés d’étoffes de couleurs diverses, dont quelques-unes somptueuses, et, partout où l’on peut se placer, les spectateurs sont pressés les uns contre les autres. Les chars arrivent au grand trot des mules, (jui se cabrent au milieu de la foule et s’arrêtent fréquemment. Les troupes font la haie. Les musiciens qui sont sur les rochers, les cris du peuple, le tumulte des enfants qui se roulent à terre pour s’emparer des dragées, font de cette scène étrange un spectacle singulièrement bruyant et animé.
second rocher représente la Trinité; le Père et le Fils y sont assis, et la colombe plane au-dessus d’eux ; sur le devant, un arbre véritable, chargé de fruits, s’élève entre les statues d’Adam et d’Ève, et porte le serpent; l’ange est debout auprès d’eux. Derrière le rocher est peinte la mort d’Abel. Les relations imprimées portent qu’arrivé au palais municipal, ce char s’arrête et devient une sorte de théâtre (comme autrefois celui de Thespis); on y représente alors en patois du nord (idiomo limosen) un acte sacramentel, où cinq personnes jouent les rôles du Père Éternel, de l’Ange,