‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 51 sur 73 · LA FÊTE-DIEU A VALENCE ET A MUNICH · texte numérisé non relu

LA FÊTE-DIEU A VALENCE ET A MUNICH

siolj. Nous lie savons pas bien ce que peuvent être des idées d’attendrissement; quanta des idées religieuses, cette fête nous a paru au moins aussi pauvre sous ce rapport que riche en costumes et en ornements de tout genre. Cette pompe reproduit servilement la jdupart des usages puérils consacrés par les païeus dans leurs théories et leurs mystères. Nous avons retrouvé là, naïvement étalés, les défauts les plus choquants du catholicisme, acceptant de touteinain sans critique ni scrupule des croyances populaires, des rites païens, des formes vides et vaines, ne songeant qu’à frapper ou distraire l’imagination, au lieu de toucher le cœur et de régénérer la conscience, et matérialisant de la façon la plus grossière la l eligion toute spiritualiste de Jésus. Lorsqu’on y regaide de plus près, on découvre la véritable source du mal dans cette tendance si contraire au culte du Dieu uniijue, du Dieu Esprit, laquelle, après avoir fait de Jésus l’égal du Père, a prétendu le retrouver lui-même dans le pain de la communion et a divinisé l’hostie. On est revenu ainsi, par un laborieux détour, à avoir un Dieu matériel comme celui que demandaient les Juifs, lorsqu’ils sortirent d’Egypte et qu’ils crièrent à Moïse : « Faisnous des dieux qui marchent devant nous. » En un point essentiel, le mahométisme, exterminé par les Espagnols, était plus sérieux et plus religieux que leur catholicisme, puisqu’il ne cessait de proclamer cette vérité fondamentale et trop négligée : Il n’y a de Dieu que Dieu.

Gardons-nous d’oublier cependant que l’islamisme fataliste et sensuel dégrade l’homme et rend tout progrès impossible. On a eu beau faire du christianisme une religion d’autorité, on n’a pu éteindre complètement en lui cet esprit de Christ qui enfante tous les progrès. Le jour viendra où l’Espagne, que commencent à éclairer quelques-uns de ses plus nobles lils convertis au protestantisme, renoncera avec dégoût à ces fêtes demi-païennes et saura dire avec saint Jean : «C’est ici la vie étemelle de te connaître, toi seul vrai Dieu, et Jésus- Christ que tu as envoyé. »

UBHES ETUDES.

Quant à nous, apprenons par ces étranges e.xeniples et par la froideur officielle du catholicisme moderne, à Munich ou à Paris, jusqu’où le christianisme peut s’abaisser, quand il met en oubli les droits souverains de Dieu et de l’esprit; maintenons notre religion dans cette sphère élevée de la conscience et du cœur où régnent le vrai et le bien, et ne permettons jamais, sous aucun prétexte, ni aux traditions, ni aux symboles, ni aux dogmes, de l’en faire descendre.

III. — L’ANGLETERRE ET LE CARACTÈRE ANGLAIS A J’UÜPOS DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES (1),

I. — Un Français qui visite Londres pour la première fois reçoit presque toujours, de tout ce qui l’entoure, une première impression très-défavorable. Il en est surtout ainsi quand l’étranger n’est point muni de lettres d’introduction trèsintimes, ne pénètre que peu dans l’intérieur des familles et ne juge la vie anglaise que par ses dehors.

Pour peu qu’il ne soit pas entièrement dépourvu de goût, ’ la plupart des monuments publics le choquent par leur laideur, souvent prétentieuse, presque partout lourde et déplaisante. Le plus grand nombre des édifices publics portent les traces repoussantes d’un climat trop humide et d’une atmosphère tout imprégnée de la poussière du charbon. Ce climat est, pour l’étranger accoutumé à une température plus égale, à des ciels plus sereins, une cause perpétuelle de désappointements et d’ennui. Les pieds dans la bouc, la tète dans le l.'i ouillard, on ne peut pas s’étonner, les jours de brume, de voir l)ien dos parapluies ouverts, même quand il ne pleut

(1) le Disciple de Ji!sus-Chrht. Janvier 18G3.

L’ANOLETEKKE ET LE CARAGTÈUE ANGLAIS. 313

point; car le brouillard épais, noirci par le charbon, mouille et tache les vêtements. Cette humidité et un régime trèsnouveau sont, pour bien des étrangers, difficiles à supporter, surtout au début. Quant à la population, le voyageur est péniblement ému par le spectacle d’une misère plus sordide, plus dénuée, plus hardiment étalée sous ses yeux (pie tout ce (pi’il a vu de plus triste en ce genre dans son propre pays.

Et c’est un contraste tfui serre le cœur, que celui de cette hideuse pauvreté avec une immense opulence et avec le prix élevé d’une foule de choses.

Le Français s’étonne et quelquefois s’offense du manque de grâce dans les manières, et d’une sorte de rude.ssc affairée, chez ceux à qui il s’adresse; il s’aperçoit souvent (pie sa politesse semble exagérée à beaucoup de gens et leur paraît une soiqdesse étrange et presque un manque de respect pour luimême.

S’il comprend l’idiome du pays, la plaisanterie anglaise lui semble gros.sièrc et .sans élégance. Qu’il sache ou non l’anglais, le sérieux profond de la population, en matière de religion surtout, le déconcerte, l’impatiente et l’ennuie.

.Aussi rien n’est-il plus fréquent que d’entendre des Français, après un rapide voyage outre- .Manche, se venger, par des sarcasmes, de tout ce qui leur a déplu. Quelquefois ^ même perce, à travers leur mauvaise humeur, le mécontentement qu’ils ont éprouvé devant de grandes choses (pi’ils se sentaient incapables d’apprécier et même de comprendre.

II. — Mais .si le séjour est plus long, l’observateur plus attentif et plus pénétrant, s’il connaît la langue, les mœurs, la littérature de la contrée; .si surtout il y revient à plus d’une reprise, lorsijue h?s premières impressions se sont émoussées, son point de vue change entièrement. Bientôt le mécontentement des premiers jours .se transforme en un élou-

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ncnient profond devant la prodigieuse activité, la persévérance infatigable , l’ardeur entreprenante , la simplicité énergique de ce peuple. Enfin la surprise fait place, il faut le dire, malgré bien des sujets de blâme sévére, à un sentiment croissant de respect et d’admiration.

En certaines choses, notre supérioriU* sur les Anglais est incontestable et éclatante; c'est nous surtout qu’elle frappe, et cela non-seulement par l’elfet de notre vanité complaisante, mais parce que nous avons l’avantage dans tout ce qui tient au godt. Le sentiment correct du beau, le lîesoiu de l’unité de création, de la régularité de plan dans toutes les œuvres de notre esprit ou de nos mains, l’instinct îles [iroporlions et des convenances, une aversion innée pour l’alliance monstrueuse du grotesque avec la gravité ou de la grossièreté avec la grâce , la verve étincelante de l’esprit, l’élan et la vivacité des conceptions, le feu de l’invention, voilà nos pi-iviléges. L’exposition de cette année a prouvé de nouveau que nous sommes rois et rois légitimes dans les domaines du goût, de la grâce, de l’élégance, de l’éclat.

Mais un mérite singuliei’ des Anglais, et qui souvent leur nuit, bien à tort, dans l’opinion des étrangers, c’est qu’ils .savent .se reprocher rudement à eux-mémes leurs propres défauts. Il résulte de l’infinie liberté de discu.ssion, de la variété des partis et de la hardie.sse très-ticoutée de toutes les oppositions, qu’une infériorité quelconque, constatée chez les Anglais, est aussitôt proclamée avec amertume et œlère dans leurs propres rangs par d’àpres censeurs. Personne ne dira jamais contre l’orgueil anglais des cho.ses plus dures que celles dont leurs Chambres et leurs journaux ont mille fois retenti, (iet orgueil môme ne s’attaclie nullement, comme ferait la vanité françai.se, à nier sa défaite; il s’applique avec acharnement à la réparer et à prendre le dessus. Convenons-en : l’orgueil est une passion féconde, parce qu’il est sincère; la vanité est un vice stérile, parce qu’elle se contente de men-

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