LANÜLETERKE ET LE CARACTÈRE ANGLAIS
songes. Il lui sufiit de paraître, tandis que l’orgueil veut être, et y travaille.
A l’exposition universelle de 1851, l’infériorité des Anglais fut patente (juant aux formes, aux proportions et aux couleurs, dans tous les objets où l’industrie touche aux arts et s’aide de leur concours. Bronzes, orfèvrerie, porcelaine, cristaux, étoffes, objets de toilette et d’ameublement, en offraient partout des exemples. Dans ces divers départements de l’exposition, on rencontrait presque à chaque pas de ces ouvrages disgracieux, dont la laideur a quelque chose d’irritant, parce (lu’ello semble laborieusement calculée, parce qu’elle est pnitentieuse et sendde trahir un manque radical du sentiment du beau. Comparés aux produits analogues venus de France,, de pareils objets semblaient souvent ridicules et hideux; ils l’étaient en effet. Si nous. Français, nous avions éprouvé ce genre d’humiliation, nous nous sc*rions évertués dans nos journaux et nos rapports, ou à nier le fait de notre déroute, ou plutôt à en contester l’importance. Les Anglais agirent autrement. Supérieurs à nous, en bien des articles, par la bonne qualité des matières premières, et il faut l’avouer aussi, par la solidité de la main-d’œuvre, par la bonne foi du travail, ils s’avouèrent battus par nous sous d’antres rapports. Us se sentirent faibles et petits (juant au goût; ils comprirent que nos produits devaient plaire partout plus que les leurs, et ils s’efforcèrent de réagir pnissaimnent contre leur propre infériorité. Us prétendaient s’en corriger.
L’entreprise parut chiméri(|ue à bien des gens, et d'autres, avant de mettre la main à l’œuvre, auraient discuté, pendant de longues années, sur la possibilité de la tentative. On aurait cherché, « priori, s’il n’est pas absurde de vouloir donner du goût à une vaste population qui en mampie. On aurait demandé si l’esthétique est ou non un c-bjet d’enseignement, si des règles abstraites peuvent faire apprécier le beau. On
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aurait fait de la théorie, et peut-être n’aurait-on fait que cela.
L’Anglais s’occupe peu de théories; c’est, pour lui, du temps perdu. Ou dirait qu’il a pris pour devise : lu'ill try [Je veux essayer). On ouvrit des écoles de dessin de toute espèce, de jour et de nuit, pour les enfants et les adultes; on provoqua la création de musées de tout genre. On donna des lectures ou cours publics sur toutes sortes de sujets qui pouvaient appeler l’intérêt sur les beaux-arts. On s’adressa surtout aux ouvriers, pour lesquels existaient déjà en grand nombre des mechanic’s institutes, des bibliothèques spéciales, des cours très-variés.
Manchester, centre d’une fabrication énorme, fit plus encore. C’estlà qu’en 1857 eut lieu, six années après l’exposition universelle de l’industrie, une exposition universelle des beaux-arts. — Chimère ! disaient encore les théoriciens. Les musées, et surtout les particuliers, ne prêteront jamais des objets uniques dont la perte serait irréparable, pour les montrer aux ouvriers dans cette grande ville enfumée, où des milliers de chaudières à vapeur fonctionnent six jours par semaine, etoù le danger dorincendieest sans cesse menaçant. — Je veux essayer, répondit tranquillement l’esprit pratique des Anglais. Et, en effet, ce pays d’aristocratie et d’opulence qui, aujourd’hui, possède à lui seul les deux tiers des tableaux existants des grands peintres italiens, rassembla une grande partie de scs richesses dans un merveilleux musée, d’autant plus intéressant à étudier qu’il ne devait pas durer. Il y avait là de tout, peinture, statuaire, les divers genres de .sculpture et de ciselure, faïences et porcelaines, cristaux et émaux, armes et meubles de toute espèce; et les directeurs du musée achetèrent en bloc, pour l’exhiber au public, sûrs de la revendre avec profit, la splendide collection d’objets d’art et de curiosité réunie par feu M. Soulages à Toulouse. Mais ce ne fut là qu’une première tentative.