L'ANGLETERRE ET LE CARACTÈRE ANGLAIS
objets un aspect lumineux, une sorte d’harmonie éclatante en môme temps que soutenue; les formes, les lignes, les nuances ont un caractère particulier. Cela est réussi ; c’est pensé sagement et adroitement exécute ; l’ensemble est excellent et les détails sont à leur place ; chacun contribue à l’effet général, et aucun ne s’arroge trop d’importance ou trop d’éclat. On aime à trouver dans les créations françaises une sobriété abondante et riche, une fraîcheur charmante, une juste grandeur (1). Le sceptre est à nous, et nous le lenons d’une main ferme.
Je ne nie pas non plus la persistance d’un goût détestable dans quelques-uns des produits d’origine anglaise; et malheureusement, le plus grand de tous, le palais môme de l’exposition actuelle en est un funeste échantillon. C’est une immense faute de goût que ce colosse de brique et de verre, où règne une complication fort regrettable d’arrangements intéi ieur^. On a trop vanté deux gigantesques dômes de verre placés aux deux bouts de l’édiOce. Ils sont fort remarquables assurément par le mérite de la difficulté vaincue; mais ce mérite n’en est pas un en fait d’art. On ne voit jamais qu’un de ces dômes <à la fois, excepté du jardin ; ils sont, après tout, d’un médiocre effet, et ne semblent pas ôtre à leur place. Ils écraseraient, par l’ampleur de leur forme, le palais trop peu élevé en proportion, si leur transparence ne donnait l’idée trompeuse d’une légèreté extrême; en somme, l’imjiression qu’ils produisent a quelque chose d’incohérent , d’énorme et de ffiux.
On trouverait sans doute, sous les voûtes du palais, d’autres choses critiquables. Mais, en général, il est inqMîssible de ne pas reconnaître, en comparant l’expo.sition de 18G*2 à
(1) Tout ceci soit dit relativement, et sous la réserve de certaines exceptions. Le mauvais goût existe chez nous aussi, et dans bien des branches de l’art une sorte de volupté éhontée, un sensualisme bien caractérisé ne tend que trop à tout envahir.
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celle de 1851, que les œuvres de l’iiidustrie anglaise sont en progrès évident sous le rapport de l’art. Ce ({ue j’appellerai des monstruosités, de fausses notes, des fautes choquantes contre le goût, est devenu beaucoup plus rare qu’il y a onze ans.
Il fiillait s’y attendre. Sans doute, à qui n’a pas de capacité native on n’apprend rien. Mais il ne faut pas non plus s’exagérer ce qui manque à la nation anglaise. Elle a produit Milton, le plus grand poëte épique des temps modernes, et Shakespeare, le génie dramatique le plus univerael, grand dans la tragédie et dans le comique, dans le domaine de l'histoire et dans celui de la légende ou de la féerie ; elle a eu de tout temps des poètes éminents, de Chaucer à Tennyson. Walter Scott a conquis le monde entier pour lecteur par une multitude de Actions, où le goût, presque toujours, est aussi scrupuleusement respecté que la morale. L’école de peinture anglaise, quoique longtemps dédaignée, grandit eu ce moment dans l’opinion du monde, par suite des expositions de 1857 à Manchester et de cette année à I^ndres. Hogarth et Wilkie, Reynolds, Laurence et Gainsborough avaient été trop peu appréciés. Là encore, cependant, nous avons décidément l’avantage, et nos peintres, nos sculpteurs contemporains surtout, n’ont point à redouter la rivalité de leurs compétiteurs. Mais le dédain exagéré, très-généralement manifesté sur le continent pour les œuvres de l’art anglais, ne peut plus se défendre. On n’a plus le droit d’en juger uniquement d’après les fades gravures de ces keopsahes, où l’éclat du burin cache mal ce que le dessin a de défectueux et souvent d’impossible.
Après tout, il y avait chez ce peuple assez d’éléments porotiques, assez de capacité en matière d’art, pour qu’on ait eu raison d’essayer de former son goùl. On ne peut donner l’oreille musicale à qui en manque absolument; mais on peut déveloj)per et rectilier par une culture habile ce don naturel.