‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 59 sur 73 · MURES ÉTUDES · texte numérisé non relu

MURES ÉTUDES

a public-spirited individnal, un individu animé de l’esprit public, zélé pour le bien public. Riches et pauvres donnent énormément. Toutes les villes contiennent un nombre prodigieux d'hôpitaux et d’écoles de tout genre, d’églises et de chapelles de toute dénomination, fondés et dotés, ou réparés et agrandis par des particuliers; un plusgrand nombre encore d’établissements de ce genre sont créés et soutenus à grands frais uni(iuement par des souscriptions annuelles et volontaires.

Les journaux publient sans cesse des listes de dons où se trouvent les chiffres les plus divers, et quelquefois des sommes très-considérables; nous y avons vu maintes fois un don de 10000 livres (250000 fr.), et très-souvent des aumônes de 1000 livres (25000 fr.).‘

Un exemple curieux de ces cadeaux faits au public est colui des fontaines à boire. Depuis peu, Londres et toutes les villes et beaucoup de villages des trois royaumes se décorent de toutes parts de fontaines, très-variées de formes, et parfois très-somptueuses. L’eau y est parfaitement pure et saine ; une coupe de métal, ou quelquefois une cuiller profonde y est attachée par une chaîne. On voit .sans cesse des gens de toute classe boire <à ces fontaines. La plupart ont été érigées par tel ou tel individu, et souvent à l’occa-sion d’un événement public ou d’un souvenir de famille qu’on a voulu perpétuer.

Voilcà certainement des œuvres méritoires ; nous espérons que ces fontaines contribueront à diminuer le fléau des clas- .ses pauvres en Angleterre, l’ivrognerie. Ce qui fait que la misère dans ce pays est plus hideuse, plus nue que parmi nous, c’est Tivrognerie. Rien ne dépouille le pauvre de toute économie, de toute dignité, de toute pudeur, comme l’ivrognerie. Habillez un buveur de gin, il vendra son habit pour un verre de ce poison qui le dévore. Donnez-lui de l’argent pour acheter du pain, il le boira. Il ne garde de haillons sur son coi'p.s, que ce qu’il ne peut plus vendre.

L’ANCIÆTERRE ET LE CARACTÈRE ANCLMS. 325

V. — Une autre circonstance d’un ordre tout différent contribuera peut-être à rendre moins habituelle riiorrible ivresse du genièvre : c’est l’importation des vins français. Les Anglais, après n’avoir bu longtemps que des vins d’Espagne, do Portugal et de Sicile, ont pris goût de plus en plus aux vins de Francç, depuis la fin des guerres du premier Empire. Mais nos vins d’un prix élevé passaient seuls en Angleteri-e. Le nouveau traité de commerce ouvre le pays à nos vins ordinaires. On le sait bien dans notre Midi, où immédiatement beaucoup de propriétaires ont planté des vignes en quantités considérables. Qu’on ait le courage de vendre ces vins aux: Anglais sans les frelater, sans les couper d’eau-de-vie, ils apprendront aies aimer, ils les rechercheront de plus en plus, et ce commerce, qui peut prendre une énorme extension, multipliera à l’infini et resserrera les liens entre les deux pays. Espérons que le jour viendra où les relations d’affaires, d’intérêts, d’affection et de famille seront trop nombreuses et trop puissantes pour qu’une rupture sanglante entre les deux peuples soit possible.

On a remarqué avec beaucoup de justesse que les deux nations peuvent réciproquement se faire un mal immense sans que l’une puisse jamais parvenir à écraser ou à subjuguer l’autre.

Ces idées ne conviendront pas aux esprits faux et mesquins, de plus en plus rares, grâce à Dieu, qui, des deux côtés du détroit, font encore parade d’une haine nationale qui, de nos jours, n’est plus qu’une niaiserie ridicule. Deux grands peuples ont mieux à faire qu’à se haïr. Ils peuvent réciproquement se rendre d’éminents et d’excellents services. Quand un Français sait se faire accepter des Anglais, il est accueilli chez eux avec une cordialité empressée; ils aiment en lui des qualités qu’ils n’ont pas au même degré. L’animation de sa conversation leur plaît. Ils respectent son ouverture de cœur; ils admirent l’ardeur de nos soldats; ils ne s’offensent pas de

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