‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 65 sur 73 · LA MADONE DE SAINT-SIXTE, A DRESDE · texte numérisé non relu

LA MADONE DE SAINT-SIXTE, A DRESDE

Il y a treize ans, à Florence, le tableau de la Visinyï <TÉzéchiel m’avait profondément touché; là aussi, l’idée de la suprême grandeur était manifestée avec une rare et saisissante vérité. Mais ici, c’est par des moyens bien plus simples, avec les formes et les traits, avec l’attitude et le regard d’un enfant nu, que le même poëte a atteint et dépassé son propie chef-d'œuvre.

Y a-t-il encore des esprits pour prétendre (jue les génies crtîaleurs, dans le domaine de l’art et de la poésie, sont inutiles? Qu’ils s’élèvent, ces esprits, s’ils le peuvent un instant, au-dessus de la sphère infime où s’agitent les basses animosités, les ambitions viles, les convoitises pécuniaires, les passions sordides! Qu’ils se disent, s’ils le peuvent, qu’il y a peut-être, en dehors et au-dessus de toute celte bouc, une sphère pure et radieuse, un monde serein et plein d’amour : le monde de la vérité, de l’infini, de la lumière. Et s’il se trouve quelque âme d’élite qui ait reçu de Dieu le don mystérieux de voir, de sentir en elle-même l’infini, et de le faire voir, de le faire sentir aux autres, prêtons l’oreille; que les tristes bruits de la vie de tous les jours se taisent, et que le beau, le céleste, le divin, entrevus par un Raphaël, manifestent librement leur merveilleux, leur salutaire empire.

Cet empire est salutaire, en effet ; on se sent plus fort après de pareilles contemplations, et plus capable de résistif avec calme aux petites passions de notre pauvre humanité. S'il y a des réalités mesquines, l’idéal aussi est une réalité, même dans ce monde, et quand il nous saisit, il nous élève et nous vivifie.

C’est là le bien immense que nous fait la religion et que nous font, après elle, dans une moindre mesure, sous d'autres formes, mais non sans puissance et sans efficacité, le génie, la poésie, les lieaux-arts, ces dons splendides du même Dieu.

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