EXPOSITION KÉÜIONAEE DE NIMES
exemples, l’iiidustrie nîmoise des tapis qui a illustré le nom de MM. Flaissier, et où bien d’autres se distinguent, et dans le domaine des sciences, les grands travaux géologiques et minéralogiques de M. Émilien Dumas.
Mais on a persuadé à un certain public, et ce qui est plus étrange, à bien des protestants ignorants, que l’art et la Réforme sont deux ennemis, que le principe môme du protestantisme, son austérité, son spiritualisme sont hostiles h la culture des arts, et que le catholicisme seul et les pays catholiques ont fourni de grands peintres ou des sculpteurs éminents.
Nous ne sommes pas de ceux qui traitent légèrement une telle accusation et répondent : qu’importe? Il est très-vrai (jue le protestantisme a d’autres titres plus essentiels à la confiance et à l’admiration du monde. 11 est le christianisme le plus pur et le plus primitif, le retour à l’Évangile et à Jésus, l’àme mise parle Christ en contact direct avec Dieu ; il est le grand principe libéral de l’examen, de la spontanéité, de la piété intérieure et vivante; aussi l’avenir, avec tous scs progrès, ses bienfaits, ses gloires, appartient-il à notre foi.
Mais ce n’est pas là un motif pour négliger la culture du beau et la noble pratique des arts. S’il n’était guère possible à un protestant de devenir un véritable artiste, et si nos croyances rendaient indifférent ou insensible au mérite des œuvres d’imagination et aux jouissances exquises qu’elles procurent, il y aurait une grave lacune dans notre religion. C’est Dieu qui a mis en nous le sentiment du goût et de la poésie, l’aspiration vers le beau. Tout homme dont l’ânie est fermée à cet ordre d’impressions est essentiellement incomplet. Notre devoir est de développ<;r en nous-mêmes et en ceux dont la culture morale nous est confiée ces belles facultés, ces goûts élevés. En principe d’ailleurs, il serait étrange et difficile à admettre que le protestantisme, qui est foi et liberté, fût contraire aux arts, et que le catholicisme, où rien
ne se fait que par voie d’autorité, même les convictions, fût seul fécond en vrais artistes.
Il y a plus à dire : cela est faux en fait, et de toute fausseté. On s’est beaucoup trop habitué à concentrer l’art tout entier dans les écoles d’Italie. Certes, ce n’est pas nous qui en contesterons la valeur, et à quelques égards la supériorité. Mais, outre que ces écoles, depuis le moment où elles ont approché de la perfection des lignes et des couleurs, depuis Léonard de Vinci , Raphaël et Michel-Ange, n’ont été catholiques que de nom, il y a d’autres écoles, égales sous certains rapports, et dont une, l’école hollandaise, a sur toutes celles d’Italie un très-grand avantage, celui de l’originalité, d’une individualité franche et pleine de vie; En Italie, au-dessous des grands maîtres, il n’y a guère qu’un servile troupeau d’imitateurs plus ou moins heureux, et l’école des Carrache a fini par être une véritable manufacture; on y fabriquait des tableaux et l’on y façonnait des artistes d’après des règles convenues. Avec beaucoup moins d’idéal que les Italiens, la Hollande a formé ce que l’on a justement appelé ses petits maîtres, excellents pour la plupart, et dont chacun est lui-même, dont chacun a sa manière propre de voir, de sentir, de rendre ce qu’il a vu et senti.
A Nîmes, le protestantisme, que professe une partie nombreuse et très-notable de la population, n’a nui en rien à l’Exposition régionale; il a contribué pour une grande part à en assurer le succès et l’éclat (1). Parmi les exposants modernes, plusieurs de nos coreligionnaires ont fait honneur à leur ville natale. Le plus célèbre est M. lalabert, dont tout Paris a admiré, ce printemps, trois belles toiles, le Christ marchant sur la mer, composition très-hardie et saisissante où le succès a répondu à l’audace du peintre, un délicieux petit portrait
(1) Nous ne prétendons pas donner ici un aperçu complet de cette exposition; arrivé après la clèture, nous ne l’avons pas vue tout entière; bien des objets intéressants avaient été enlevés, mais nous en avons examiné un bon nombre de plus près et plus è l’aise que nous n’aurions pu le fiiire à tout autre moment.
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(le femme en pied et en costume de la cour de Henri H, et enfin une des innombrables images d'une enfant italienne qu’on appelle Maria Abbruzese et qu’on a représentée douze ou quinze fois au dernier salon; tous ces portraits fournissaient maints points de comparaison avec le talent supérieur de M. Jalabert. Figurant à l’exposition de Nîmes avec cinq tableaux, cet excellent artiste y a fait briller son pinceau à la fois large et très-délicat. Un portrait en costume de fantaisie, ■ d’une fermeté de touche remarquable et charmant de couleur, pourrait servir de pendant à la dame de Henri U (1).
M. Adolphe Jourdan a obtenu le prix d’honneur pour la seule toile qu’il ait exposée. C’est le portrait d’une jeune femme, portrait tout particulièrement difficile; il s’agissait pour l’artiste de reproduire une de ces rares figures qui ont un charme vague, insaisissable, impossible peut-être à définir; le charme d’une expression élevée, mais extrêmement mobile, et des traits gracieux qui ne sont pas réguliers, mais où semble se jouer le reflet d’une àrne aimante et profonde. M. Jourdan a eu le très-grand mérite d’approcher beaucoup de la distinction de son modèle ; et nous ne sommes nullement surpris de l’honneur qui lui a été décerné pour cette œuvre très-remarquable.
Un autre peintre ntmois, M. Jutes Salles, a mérité aussi, selon nous, de beaux succès.
Nous regrettons de ne pouvoir nommer que d’après l’opinion d’autrui, opinion qui lui est extrêmement favorable, un jeune artiste, M. Henri Espérandieu, qui est chargé à Mar- ■seille de travaux très-importants d’architecture, particidièrement à l’église de Notre-Dame de la Garde.
(i) La gravure a popularisé une très-belle page de M. Jalabert, que l’empereur a achetée et placée dans la chapelle des Tuileries : c’est l’^Innonciattoo, comprise dans un sens très-peu catholique. Marie n’y est point une divinité : l’ange ne fléchit pas le genou devant elle ; si cet ange rappelle un peu une belle flgure de Lesueur, la jeune fille est une création entièrement originale ; son humilité et son étonnement, sa simplicité religieuse et touchante, ont été rendus avec un rare bonheur.
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Parmi les sculptures, nous avons distingué les ouvrages de M. Bosc, remarquables par beaucoup de charme et d’expression. Ce statuaire au talent élevé et délicat, a traité plus d’une fois avec un bonheur, rare aujourd’hui surtout, des sujets religieux. Chargé, quoique protestant, de contribuera la décoration d’églises catholiques, il a prouvé par ses belles .statues que le sentiment chrétien peut diriger, au moins au.ssi bien que toute autre main, celle d’un huguenot.
Cependant la plus grande illustration artistique du cheflieu du Gard n’est pas un protestant, c’est l’auteur fameux de cette gigantesque copie du Jugement dernier de Michel-Ange qui est à l’école des Beaux-.\rts à Paris, c’est Sigalon. Pour lui, comme à la dernière exposition de Paris pour MM. Ingres et Horace Vernet, un salon spécial avait été réservé à Nîmes. On y admirait sa Locuste^ son magnifique carton à’Athalie massacrant ses petits-fils, qui appartiennent au Musée de Nîmes, et un tableau également magistral qui est habituellement dans la cathédrale, mais que l’Exposilion a pour ainsi dire révélé. Mal placé dans l’église et fort sali, on ne l’y voyait pas. C’est un Baptême du Christ. La figure de saint Jean est admirable de vigueur et de grandeur ; le corps du Christ est une étude de modelé tout à fait remarquable, mais la tête, comme il arrive presque toujours, quoique belle de traits et d’expression, manque d’élévation et d’idéal religieux. Nous souhaitons vivement que ce noble ouvrage soit remplacé dans la cathédrale par une bonne copie et mis au Musée, où est sa véritable place. De plus en plus, en Italie, on retire les chefsd’œuvre des églises où les exigences du culte catholique, cierges, encens, etc., etc., et l’humidité des voûtes, les détruisent à la longue. C’est ainsi que les derniers papes et Pie IX lui-même enlèvent de Saint-Pierre tous les tableaux pour y substituer des copies monumentales et indestructibles en mosaïque.
Nous citerons encore une Délivrance de saint Pierre, œu-