‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 68 sur 73 · EXPOSITION RÉGIONALE DE NIMES. S · texte numérisé non relu

EXPOSITION RÉGIONALE DE NIMES. S

vrede la jeunesse de Sigalon, et une esquisse, très-différente, du même sujet, où il y a de belles parties. On a murmuré à tort de ce que le musée spécial de Sigalon contenait, outre des (fiuvres excellentes, quelques portraits extrêmement faibles, celui de Mlle V..., œuvre tout à fait manquée; un autre, où il y a plus de talent, mais où un homme dont le cou découvert et la pose prétentieuse semblent singer lord Byron, est représenté sous un jour bleuâtre et faux. Les critiques élevées à ce sujet contre les directeurs de l’Exposition ne nous semblent nullement fondées. L’histoire d’un artiste éminent appartient à la postérité; ses tâtonnements, ses diverses manières, les chemins où il a passé, les écueils même où il a fait naufrage sont utiles à connaître et doivent être signalés. Mesquine et puérile préoccupation que celle d’une ville ou d’un pays qui ue voudrait montrer ses grands hommes qu’adultes et dans tout l’éclat de leur génie ! J’admire davantage la couleur plûs'solide et plus vraie des meilleurs ouvrages de Sigalon, depuis que je sais iju’il a eu à se guérir d’une manière si fausse et si prétentieuse de voir et de représenter les objets. Regrettons plutôt que le Louvre n’ait pas envoyé pour cette occasion à la ville où naquit ce peintre distingué les deux beaux tableaux de ce maître ; La Vision de saint Jérôme, et Une jeune femme recevant des présents.

Si nous passons des Nîmois aux artistes modernes de tout pays, nous trouverons les protestants représentés en sculpture par de beaux bustes de Pradier, à qui Nîmes doit les admirables statues de sa fontaine monumentale et d’autres ouvrages de grand prix dans la Maison-Carrée; en peinture, nous signalerons une tête de philosophe qui ressemble à un Christ âgé, belle et puissante ébauche d’Àry Scheffer. La jeune école suisse avait pour organes au salon nîmois l’habile paysagiste Calame et Topffer père. L’école anglaise était fiiiblement représentée par une toile médiocre de sir Joshua Reynolds. L’ancienne école française figurait en la personne de notre

coreligionnaire Sébastien Bourdon , auquel nous serions fort tentés d’attribuer, outre les œuvres inscrites sous son nom, une Adoration du veau cf or (jue le livret prête au Poussin. Les Allemands ont ici un de leurs meilleurs maîtres. On assure, en effet, que c’est bien à Holbein qu’appartient un délicieux petit portrait de femme, qui à nos yeux est peut-être la perle de l’Exposition nîmoise, mais au dos duquel une main inconnue a écrit, très-probablement à tort, le nom célèbre du Français Janet. Parmi les Flamands, noussignaleronsJordaens, qui, de catholique, se fit réformé, peintre puissant, souvent excessif, soit dans ses contours trop gonflés, soit dans son coloris trop chaud, et cependant plein de verve, d’invention et de science.

Ce qui fera toujours la gloire de l’art protestant, c’est cette école variée et précieuse de Hollande, qu’il n’est plus permis de confondre avec celle des Flamands, et en tête de laquelle règne un des plus grands génies de l’histoire des arts, Rembrandt. Soit comme peintre, soit comme graveur, on n’a pu le juger que très-incomplétement d’après ce qu’il y avait de lui à Nitnes, et ce peu de chose suffisait cependant pour //u’d ïorujle on reconnût le lion. Rembrandt a été un esprit créateur ; il a laissé à d’autres la ligne et en quelque sorte la couleur. Indépendant et indiscipliné, rel)elle à la tradition, maître de ses propres ressources, il s’est fait, des ombres et de 1a lumière, un monde à lui, réel et idéal à la fois, plus profond et plus vaste que le réel, plus vrai que l’imaginaire, d’une fécondité, d’une immensité, d’une puissance inouïes. Aux pieds de ce géant, quelles natures e.xquises et originales que certains maîtres, secondaires si on les lui compare, mais éminents en eux-mêmes ! Trois tableaux à Nîmes portaient le nom de Gérard Dow ; il en est deux qui nous ont paru authentiques et dignes de cet incomparable pinceau, délicieusement fin et cependant si magistral, si large et si riche de couleurs, si poétique et si correct. Nous doutons de l’authenticité d’une

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