‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 69 sur 73 · EXPOSITION RÉGIONALE DE NIMES · texte numérisé non relu

EXPOSITION RÉGIONALE DE NIMES

peinture attribuée à Hobbema, un des meilleurs et des plus rares paysagistes de Hollande; mais ce qui ne peut faire l’ombre d’un doute, c’est le mérite de l’œuvre, c’est la beauté de ces massifs d’arbres merveilleusement peints. Un ou deux paysages du grand et sombre Ruysdaël montrent la nature à travers le prisme grandiose, mélancolique, de cette haute individualité. Nous avons admiré des troupeaux peints par Paul Pottcr, avec une perfection qui n’avait jamais été atteinte, ou par son digne émule Albert Cuyp, qui les faisait si bien ressortir du milieu de ces beaux brouillards dorés qu’il rendait avec tant d’harmonie et de charme. Les petits maîtres, Philippe Wouvermans , Pieter de Hooghe, Weenix, Van de Yelde, Neefs, Berghem enfin , donnaient aux visiteurs de ce musée quelque idée de l’art hollandais; et l’on pouvait constater par Hondhorst {Gherardo delle Notte), Botb et Poelcnburg, que les peintres de la Néerlande ont su réussir dans le genre italien, quand ils ont eu le tort de l’imiter et d’abdiquer leur individualité native.

Après la peinture et la sculpture , qui sont ce que nous avons le mieux vu, il nous resterait à parler de quelques faïences dues à notre immortel Bernard Palissy, d’émaux de Limoges qui rappellent la dynastie huguenote des Pénicaut, et un ou deux autres noms qui ont droit à une haute estime. Mais nous ne voulons plus que mentionner les merveilleuses reproductions en liège qui ont rendu célèbre un protestant de Nîmes, M. Auguste Pelet. Il a exposé une trentaine de ces chefs-d’œuvre de patience et de goût, réductions exactes des monuments antiques de Rome, de Pæstum, d’Athènes et de Nîmes, qui, peut-être, entre toutes les villes du monde, est après Rome et Poinpéi la plus riche en monuments romains, nombreux, variés et heureusement conservés.

Excepté Sigalon, tous les artistes si divers que nous avons nommés ici sont ou étaient protestants. D’autres, sans doute, eussent mérité d’être signalés et l’auraient été si nous avions

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tenté une étude complète de l’exposition nînioise. Tout ce que nous îivons voulu, en indiquant ici tant d’ouvrages remar- (juables et de noms glorieux, c’est saisir une occasion favorable pour faire justice d’un préjugé inique et suranné.

La France serait arrivée plus tôt au rang éminent qu’occupe actuellement dans le monde son école, et nous sommes convaincus qu’elle se serait élevée plus haut encore, si chez nous comme en Hollande, les artistes avaient su résister à l’importation des modèles et des maîtres italiens. Les admirables écoles d’Italie ont fait beaucoup de mal, parce qu’on les a partout imitées avec une servilité insatiable. C’est ainsi que François I", le père des lettres, a nui infiniment aux arts en France; les deux reines Médicis, Catherine surtout, ont continué cette mode étrangère où a péri pour longtemps l'originalité française.

A peu près seuls, les vieux artistes protestants français ont su être eux-mêmes (quoique deux d’entre eux, Jean Cousin, et beaucoup plus tard, Sébastien Bourdon, .aient mérité le même reproche). Palissy, Jean Goujon, le compositeur Goudiinel, étaient bien Français; en les faisant périr pour cause de religion, on a voué la France pour des siècles, aux artistes de cour, à l’imitation fastueuse des Italiens.

Ce sont là des vérités de plus en plus généralement reconnues, et nous serions heureux si ces quelques p.ages pouvaient soulever chez quelques âmes bien douées une généreuse émulation, venger la Réforme et son principe libéral d’un injuste mépris ou plutôt d’uné ignorance trop répandue, démontrer enfin que l’individinalisme religieux , la liberté protestante, le pur Évangile, peuvent inspirer heureusement les beauxarts et l’ont prouvé maintes fois .avec éclat.

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