DES REFORMATIONS EN GÉNÉRAL
Rien en ce monde n’est immuable. C’est en vain que les religions prétendraient faire exception à la règle. 11 n’en est aucune où l’histoire ne nous montre des modifications d’abord insensibles, puis, tour à tour, lentes ou rapides, et en certains moments décisives, mais d’ailleurs constantes.
Quand le temps et les hommes ont gravement altéré une religion, si le principe fondamental, qui en était l’âme, reste vivant et fort, il réagit, il se défend, et tend à se dégager de tout ce qui l’opprime ou le dénature. Si, en même temps, de nouveaux besoins religieux se produisent, ceux qui en souffrent le plus ne manquent jamais d’entrer en alliance intime avec l’ancien principe qui avait été négligé; ils trouvent en lui un point de départ et un drapeau, et ils lui apportent en échange les avantages puissants de l’actualité, ils lui donnent prise sur l’esprit des contemporains. Do ces forces réunies naît alors ce qu’on appelle une Réformation.
Il s’en faut de beaucoup que la réforme chrétienne du xvi“ siècle soit la seule. Cependant elle porte par excellence et à bon droit dans l’histoire le nom de la Réformation, parce que ce grand fait a inauguré une ère nouvelle, parce qu’il a eu dans l’histoire un retentissement immense et des proportions plus vastes qu’aucun autre événement depuis la chute de l’Empire romain. La Révolution française, plus
(1) Dictùmnaire général de lapolüigue, publié par M. Maurice Block, 1864.
dramatique, mais née dans une zone i)lus restreinte, peut seule, dans les temps modernes, rivaliser de grandeur avec elle. Mais, en général, on peut dire que tout mouvement religieux considérable s’est donné pour une réforme des idées ou des rites antérieurs à lui.
A la vérité, il n’en peut être autrement. Une religion nouvelle qui ferait table rase, qui renierait tous les antécédents de la pensée et du sentiment religieux, serait absurde et impossible. Elle ne trouverait moyen de se rattacher à rien. Elle flotterait dans le vide. Or, s’il y a des temps d’arrêt, il n’y a jamais solution de continuité dans la marche de l’esprit humain. Personne ne peut être admis à soutenir qu’avant lui rien ne fut vrai.
Le Bouddha (Çakya-Mouni) fut un réformateur. Mahomet accepta Moïse et Jésus-Christ comme prophètes et prétendit faire d’eux ses précurseurs. Le christianisme ne devait et ne pouvait faire exception à cette loi de l’histoire et de l’esprit humain.