‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 72 sur 73 · I.IBKES Eïl'DKS · texte numérisé non relu

I.IBKES Eïl'DKS

doxies alliées. Ce serait grande honte à mes yeux qu'un pareil mouvement, si général, si profond, si bien motivé, s’accomplit sous nos yeux , sans que les protestants et leurs pasteurs y prissent aucune part. Leur devoir, l’intérôt de leur cause les y oblige.

A. — Ne pourrait-on répondre que l’athéisme de Voltaire les en dispense et doit les en empêcher ?

B. — Non. Ne permettez jamais au mal d'annuler le bien. Après avoir examiné toutes choses^ et écarté toute espèce de mal, retenez ferme tout ce qui est bon, et n’y renoncez plus, quoi qu’il arrive.

D’ailleurs Voltaire ne fut jamais athée. S’il le semble parfois, le Dieu qu’il nie est celui que Béranger a appelé

Le Dieu que l'on protège à Rome.

Mais malgré les funestes habitudes d’esprit de ses contemporains, malgré les railleries des Lainettrie et des d’Holbach, Voltaire croyait fermement en Dieu. L’univers à ses yeux était une horloge qui suppose un horloger. Écoutez -le lui-même :

« Il me paraît absurde de faire dépendre l’existence de Dieu d’A -j- B divisé par Z. Où en serait le genre humain s’il fallait étudier la dynamique et l’astronomie pour connaître l’Étre suprême ? il ne faut que des yeux et point d’algèbre pour voir le jour. {Corr. gén., 1753, t. iv, p. 463.)

» Je méditais cette nuit, j’élais absorbé dans la contemplation de la nature, j’admirais l’immensité, le cours, les rapports de ces globes infinis : j’admirais encore plus l’intelligence qui préside à ces vastes ressorts. Je me disais : il faut être aveugle pour n’ètre ]ias ébloui de ce spectacle, il faut être stupide pour n’en pas reconnaître l’auteur, il faut être fou pour ne pas l’adorei'. Quel tribut d’adoration dois-je lui rendre? ce tribut ne doit-il pas être le même dans toute l’étendue de l’espace, pui.s((ue c’est le même pouvoir suprême

r,A STATUK UE VOLTAIRE.

qui r(’'gue également dans cette étendue? un être pensant qui habile dans une étoile de la voie lactée ne lui doit-il pas le même hommage que l’être pensant sur ce petit globe où nous sommes? la lumière est uniforme pour l’astre de Sirius et pour nous; la morale doit être uniforme. Si nn animal sentant et pensant, dans Sirius, est né d’un père et d’une mère tendres qui aient été occupés de son bonheur , il leur doit autant d’amour et de soins que nous en devons ici à nos parents. Si quelqu’un dans la voie lactée voit un indigent estropié, s’il peut le soulager et s’il ne le fait pas, il est coupable envers tous les globes. »

{Dictionnaire phil. v° Religion.)

A. — Ces citations, je l’avoue, me surprennent; mais au moins est-il vrai que ce même Voltaire a maintes fois insulté le Christ de la manière la plus révoltante !

B. — Rien n’est plus certain ni plus déplorable , mais Voltaire a-t-il jamais connu celui dont il parlait si indignement ? Élève des R. P. jésnites, il a justement redouté le faux Jésus de Loyola et des couvents, de Torquemada et des inquisiteurs. Jésus pour lui, c’était tout au plus le Christ magique de l’hostie, qui

Nous montre un Dieu présent dans un pain qui n’est plus;

Et il ne pouvait oublier les juifs et les protestants qui avaient été sacrifiés sur le bûcher pour avoir nié ou offensé ce Dieu-là. Songez à l’immense masse d’absurdités, d’abus de pouvoir, de perfidies et d’horreurs que représentait à ses yeux le christianisme desjésuitesetdesautos-da-fé; et déplorez profondément, mais ne vous étonnez pas trop qu’accoutumé à dire sans cesse du pouvoir exorbitant et flétrissant de l’absolutisme : Ecrasons l’infdme \ il ait poussé l’ignorance et la légèreté jusqu’à ne pas distinguer Jésus de ses soi-disant vicaires ou de la société détc.stée qui usurpe son nom. Ignorant

au degré suprême ([uant aux choses religieuses, passionné, souvent surexcité par la calomnie et par la lutte, il a confondu CO qui se ressemble le moins en réalité : le cléricalisme et le christianisme; l’un, à vrai dire est, sous bien des rapports, l’opiiosé de l’autre.

A. — Ne peut-on craindre cependant que les hommages exceptionnels qu’on veut rendre à ce grand ennemi des ténèbres ne tournent au profit de l’incrédulité?

B. — Non. Le règne du voltairianisme moqueur et ignare est fini et ne renaîtra pas. L’histoire est mieux connue ; l’étude comparée des religions et des langues a révélé bien des vérités; l’Orient mieux compris, avec ses idiomes divers et ses mœurs immuables, les ruines de l’Egypte et de Ninive enfin expliquées, ont fait justice d’une foule de railleries mal fondées ou de mauvaise foi. 1.0 sentiment religieux lui-même est devenu moins rare et a plus conscience de .ses droits qu’au xvm'’ siècle et avant la révolution. Le scepticisme de nos jours admire la personne du Sauveur et reconnaît hautement que Jésus a vécu, parlé et souffert avec une merveilleuse élévation. Les résultats acquis , démontrés par la science et acceptés par la conscience, ne sont plus en danger.

Aujourd’hui, pour la religion, le péril énorme, c’est le mal que lui font l’aveuglement des uns et l’esprit envahissant des autres. S’il y a des gens qui nient Dieu, c’est surtout par haine ou par peur de ses prêtres ; mais ceux-là dédaignent Voltaire, parce qu’il croyait en Dieu, auquel il érigea une église avec la fameuse inscription (destinée à faire contraste avec les dédicaces des temples catholiques, à tel ou tel saint) :

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