‹ Libres oinions morales et historiquesChapitre 15 sur 26 · DE L*IDÉE DB MONARCHIE UNIVERSELLE^ 2Î · texte numérisé non relu

DE L*IDÉE DB MONARCHIE UNIVERSELLE^ 2Î

Révolution et de l'Empire elles-mêmes, n'eurent pas d'autre cause et ne contiennent pas d'autre enseignement.

Cette idée de monarchie universelle, sous quelque -belle apparence qu'elle se présente, a deux grands, défauts cependant : c*est une impiété, et c'est en outre un non-sens politique. A quçl propos prétend-on imposer aux peuples une même domination? Sur quel droit peut-on s'appuyer pour démontrer que toutes les nations doivent se courber devant un même pouvoir, qui non seulement n*est pas de leur choix, mais qui n'est pas de leur race et de leur croyance? Selon la religion chrétienne, il y a un maître pour tous les hommes, et il n'y en a qu'un : Dieu. C'est parce qu'elles reconnaissent toutes le même Dieu que les nations chrétiennes ne sont point étrangères les unes aux autres : c'est parce qu'elles reconnaissent toutes le même Dieu qu'elles ont formé au moyen âge, et qu'elles peuvent former encore, une même grande confédération. C'est là, dans cette idée d'une confédération universelle des peuples, et non pas dans l'idée de la monarchie universelle, qu'est contenue la solution de cette grande question de l'unité du monde. Toutes les différences de gouvernement, de culte, de civilisation peuvent être acceptées sans que pour cela l'unité morale soit en danger. Que sont, en effet, toutes ces différences, sinon de purs accidents de forme, résultats ici du développement original, et nous dirions volontiers de l'allure qu'a prise la civilisation dans tel ou tel pays, là d'une influence naturelle des objets physiques sur l'homme, ailleurs du tempéra-

ment de telle ou telle race, plus loin de souvenirs et de traditions contre lesquels est venue se briser la toute-puissance du temps? Pures choses de hasard, purs accidents que la mer de la vie a apportés avec son flux chez tel ou tel peuple, et^ qu'elle a oublié de remporter dans son reflux I Et cependant ce sont tous ces accidents extérieurs, ce sont toutes ces différences de forme qui donnent à la vie de tel ou tel peuple sa beauté et son charj[ne, qui arrêtent Tœil du contemplateur, qui enflamment rimagination du poète, qui enfantent les diverses littératures et les diverses écoles d'art ; c'est grâce à elles que ce monde vaut la peine d'être habité et que l'existence a tout son prix.

Au fond, d'ailleurs, en quoi ces différences détruisent-elles l'unité? L'unité est-elle une chose spirituelle, morale, ou bien est-elle une chose tangible qui se pèse et se mesure? Est-elle une des conditions nécessaires de la vie de l'humanité, ou bien n'est-elle que le produit d'un systèirie et le résultat d'une volonté énergique? Si la première de ces deux hypothèses est la vraie, qu'est-ce donc que l'idée de la monarchie universelle, sinon une impiété religieuse et un non-sens politique? Pour que l'unité existe dans l'humanité, il n'est pas nécessaire que tous les hommes soient liés par les mêmes chaînes matérielles, qu'ils soient emprisonnés dans les mêmes formes extérieures; il suffît qu'ils s'accordent sur les quelques choses essentielles et sur les quelques faits éternels qui sont les bases immuables de l'ordre du monde, des sociétés et de la vie individuelle. C'est là l'unité qui peut et qui doit régner dans l'avenir, et qui s'exprimera par une confédération des peuples; mais l'unité par la monarchie universelle, qu'est-ce autre chose que le triomphe des formes extérieures, que l'hypocrisie de l'apparence, que la tyrannie et la contrainte des âmes, que le règne

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