‹ LichtensteinChapitre 3 sur 16 · INTRODUCTION. III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. III

Le duc de Bavière , le plus puissant de ses voisins et son beau-frère, était en inimitié avec lui, parce que Ulrich ne vivait pas au mieux avec la duchesse Sabine, A tout cela vint s'ajouter, pour hâter sa ruine, le mr-ui-tre d'un chevalier franconien qui vivait à sa cour. Des chroniques dignes de foi disent que les rapports entre Jean de Hutten et Sabine n'étaient pas de nature à plaire au duc. Aussi, celui-ci attaqua le chevalier dans une partie de chasse, lui reprocha son infidélité, le provoqua et le perça de son épée. Les partisans de Hutten, et particulièrement Ulrich de Hutten, élevèrent leurs voix contre le duc, et leurs plaintes et leurs cris de vengeance retentirent dans toute l'.^llemagne.

De son côté, la duchesse, dont l'humeur hautaine et acariâtre avait déjà blessé Ulrich avant son mariage et ne lui avait point rendu leur union des plus agréables, se déclara alors contre lui, et s'enfuit avec l'aide de Dietrich de Spaet, et elle et ses frères allèrent se présenter devant l'empereur comme ennemis et accusateurs du duc. Des traités furent conclus et violés, des conditions de paix furent ]5roposées et rejetées; les embarras du duc grandirent de jour en jour autour de lui, sans qu'il voulilt céier, car il pensait avoir agi avec justice. L'empereur mourut sur ces entrefaites. C'était un maître qui, malgré les nombreuses plaintes élevées contre Ulrich, lui avait toujours montré de la douceur; le duc perdait en lui un juge impartial dont il aurait eu grand besoin dans ses embarras, car à présent le malheur s avançait rapidement.

On célébrait les funérailles de l'empereur, à Stuttgard, au château, quand on donna avis au duc que les habitants de Reutlingen, une ville impériale située sur son territoire, avaient tué son intendant des forêts à Ach.:iim. Ils lui avaient déjà fait souvent de sensibles affroni s, ils lui étaient odieux et devaient bien lôt sentir sa vengeance. Prompt à se mettre en colère, comme il 1 était, il monta à cheval, fit retentir dans le pays sa trompette d'alarme, assiégea la ville et s'en empara. Le duc se fit reconnaître par les bourgeois, et la ville impériale devint propriété du Wurtemberg. Mais alors la ligue de Souabe fit des apprêts redoutables pour se ressaisir de Reutlingen. Quelque difficile qu'il fût ordinairement de réunir en armes tant de princes, de comtes et de villes, cette fois ils n.e se firent pas attendi-e, car la haine est un lien puissant. Ulrich invoqua en vain des traités écrits. L'armée de la ligue s'assembla près d'Ulm, et une invasion devint imminente. La situation d'Ulrich était des plus critiques : s'il réussissait à tenir la campagne, il gardait ses droits et il n'y avait pas de doute qu'il n'eût ensuite beaucoup d'alliés; mais si la ligue triomphait, malheur au duc! il avait provoqué trop de vengeances pour pouvoir espérer des ménagements.

Les regards de l'Allemagne étaient fixés avec inquiétude sur l'issue de cette lutte; ils cherchaient à pénétrer le voile du destin et à découvrir ce que l'avenir préparait ; si le Wurtemberg serait vainqueur, si la ligue resterait maîtresse de l'électorat. Nous allons lever ce voile et dérouler tous les tableaux de cette histoire. Puisse 1 œil ne pas s'en fatigueretne passe détourner trop vite! Ou bien y aurait-il de la témérité à entreprendre de notre temps le récit d'une histoire de chevalerie? Y aurait-il de l'indiscrétion à prier le lecteur de tourner pendant quelques heures son attention vers les Alpes de la Souabe et vers les délicieuspi vaJli^e? du NeckarV

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