‹ LichtensteinChapitre 4 sur 16 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

Les sources du Susquennah et les pittoresques hauteurs de Boston, les vertes rives de la Tweed et les montagnes des Highlands d'Ecosse, les gaies coutumes de la vieille Angleterre et la pauvreté romantique des Gails, ■'•ivent encore, grâce à Theureux pinceau de célèbres romanciers, et elles sont même chez nous dans toutes lesbouches. On lit avec avidité dans d'exactes traductions, qui semblent sortir de terre comme des champignons, ce qui s'est passé il y a soixante ou bien six cents ans dans les champs de Glascow ou dans les forêts du pays de Galles. Certes, nous posséderons bientôt de l'histoire des trois royaumes une connaissance aussi parfaite que si nous l'avions puisée aux sources les plus savantes. Et cependant nous la devons presque tout entière au grand inconnu '■ qui nous a présenté Tune après l'autre toutes les vieilles chroniques de l'Angleterre dans une série d'admirables tableaux. Il a opéré ce miracle, que nous sommes plus instruits de l'histoire de l'Ecosse que de la nôtre, et que nous connaissons beaucoup moins bien les crises religieuses et civiles de notre passé que celle des presbytériens et des épiscopaux d'Angleterre.

Or en quoi consiste le charme avec lequel ce magicien inconnu attire nos regards et dos cœurs vers les montagnes et les bruyères de sa patrie? Est-ce dans la multitude de ses récits, ou dans le nombre énorme de volumes qu'il nous a envoyés par-dessus le canal? Mais n'avons-nous pas, nous aussi, grâce à Dieu et aux foires de Leipzig, des écrivains de quatre-vingts, de cent et de cent vingt volumes! Ou bien est-ce que les montagnes d'Ecosse ont une verdure plus brillante que le Harz allemand, que le Taurus et que les cimes de la forêt Noire? La Tweed roule-t-elle des ondes d'un bleu plus beau que le Neckar ou le Danube? ses rives sont-elles plus séduisantes que celles dd Rhin? Ou bien les Ecossais sont-ils une race plus intéressante que les hommes de notre patrie? leurs pères avaient-ils un sang plus rouge que les Souabes et les Saxons des anciens temps? leurs femmes et leurs filles sont-elles plus belles et plus aimable.*" que les Allemandes? Nous avons des motifs pour en douter, et ainsi ce n'est pas là qu'est le charme de l'écrivain inconnu.

Ce qui fait ce charme, c'est que le grand romancier marche toujours sur le terrain de l'histoire. Notre pays n'est pas moins riche en souvenirs historiques : mais depuis des siècles nous sommes habitués à chercher sous un ciel étranger ce qui fleurit chez nous , et à admirer ce qui est étranger, par cette seule raison que ce n'est pas un produit de nos vallées.

Et cependant, nous aussi nous avons un passé riche en guerres civiles, qui ne nous paraît pas moi ns intéressant oue le passé des Écossais. C'est ce qui nous enhardit à dérouler un taoleau historique auquel pourront manquer la hardiesse des portraits et le charme des paysages ; mais si l'œil habitué à de telles magnificences y cherche en vain la douce et paisible magie de la sorcellerie et les prophéties des Bohémiens, si nos couleurs paraissent pâles et notre crayon émoussé, notre tableau conserve au moins un mérite : celui de la vérité historique.

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