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CHAPITRE II

Le Retable d'Hattonchâtel.

Située sur le sommet d'une montagne qui s'élève entre la vallée de la Meuse et les plaines de la Voëvre, à dix-huit kilomètres de Saint-Mihiel, l'église castralc d'Hattonchâtel possède le premier ouvrage de Ligicr Richier. La dalc de i 523, gravée en relief sur le soubassement du monument que nous allons décrire, indique que Richier n"avait environ que vingt-trois ans lorsqu'il l'exécuta.

Le retable, ou, comme on l'appelle, le calvaire d'Hattonchcàtel est placé au fond de l'abside, derrière le maître-autel. Il est composé de trois bas-reliefs, en ronde bosse, disposés dans des niches de o'",33 de profondeur, séparées entre elles par des pilastres d'une élégante architecture sur laquelle nous aurons à revenir. Les figures ont environ o'",45 de hauteur et sont couvertes de peintures qui, malgré les restaurations exécutées au siècle dernier, ont encore conservé leurs tons harmonieux.

Dans le premier compartiment de gauche, le Christ succombe sous le poids de la croix. Sa tête, ceinte d'une large couronne d'épines, est empreinte d'une tristesse profonde. Sa bouche entr'ouverte semble exhaler un soupir d'angoisse. Derrière lui, Simon le Cyrénéen soulève la croix. Son prohl sémitique, son long bonnet pointu, dont les bords sont relevés, caractérisent son origine. Près de lui, une sanite femme, les mains jointes, exprime, par les traits contractés de son visage, la compassion douloureuse qu'elle éprouve. Sa tète est couverte d'une sorte de turban, retenu, sous le menton, par une bande d'étoffe, détail de costume que nous trouvons souvent reproduit par Richier et que nous signalons ici une fois pour toutes. Le bourreau, placé à la droite du Christ, est vetu d'un pourpoint collant, couvert d'une multitude de crevés. Il a la tête nue. En homme familier avec ces sortes de besognes, il retient flegmatiquement la croix qui vient de tomber. Le mouvement du second bourreau est plus vif. De la main gauche, il soulève la cr(jix, tandis que, de la droite, il agite, d'un air menaçant, un paquet de cordes au-dessus

de la tête du Christ. Au premier plan, sainte Véronique, dont les traits expriment le pieux étonnement qu'elle éprouve, déploie aux regards des

fidèles le voile qui a reçu l'empreinte de la sainte face. Derrière sainte Véronique, une femme se baisse en avant pour voir le miracle; ses cheveux, répandus sur ses épaules, font reconnaître en elle sainte Madeleine. Ce groupe de sept figures est habilement composé. Chaque personnage exprime vivement, par ses gestes et par sa physionomie, les divers mouvements de l'àme qui le passionnent. Dès son premier travail, Ligier Richier annonce les grandes qualités qui le distingueront plus tard. 11 ouvre une voie nouvelle qu'il ne quittera plus.

La niche centrale du retable, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, est beaucoup plus élevée que les deux autres, à cause de la croix qui en occupe la partie supérieure. Elle a i'",25 de hauteur, tandis que celles qui sont latérales

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