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LE JUGEMENT DE SUZANNE

Bas-relief en pierre. Kcole de Saint-Mihiel. (Musce du Louvre.)

vendre les statues funéraires de René II de Beauvau et de Claude de Baudoche, sa femme, placées dans la vieille église de cette commune. L'occasion était trop belle pour la laisser échapper. On savait que ces statues étaient dues au ciseau de Ligier Richier et il était à présumer que les villes voisines, ne possédant pas dans leurs musées d'œuvres du grand sculpteur lorrain, ne manqueraient pas de chercher à les acquérir et créeraient, par leurs démarches, une concurrence nuisible aux intérêts du Musée historique de Nancy. Il fallait se hâter. Grâce ù Tempresscment que mil le comité de la Société lorraine, grâce, d'autre part, au bon voul(jir des fabriciens de Noviant, l'affaire fut facilement conclue. Moyennant une somme de i,5oo francs, les deux statues devinrent la propriété du Musée historique lorrain. Elles sont aujourd'hui placées au rez-dechaussée du palais ducal, dans une salle voûtée, sorte de crypte, un peu obscure, mais bien en harmonie avec les monuments funéraires qu'elle abrite.

René II de Beauvau, baron de Manonville et de Rorté, seigneur de Noviant, Tremblecourt et Hamonville, sénéchal du Barrois, était fort jeune lorsqu'il assista à la bataille d'Agnadel, où il fut armé chevalier par Louis XII. Il épousa Claude de • Baudoche, dame de Panges et autres seigneuries, dont il eut onze enfants. Il mourut en 048 et ce fut dans la chapelle castrale de Noviant qu'il fut inhumé avec sa femme.

Le bon chevalier est représenté couché, les mains jointes, dans l'attitude de la prière. Son visage est encadré de longs cheveux régulièrement disposés, une barbe épaisse descend sur sa poitrine. Détail caractéristique, les paupières baissées sont terminées par un bourrelet de chair assez saillant que l'on retrouve dans d'autres figures de Ligier. Il est vêtu d'une cotte d'armes blasonnée des armoiries écartelées de Beauvau et de Craon, d'une finesse d'exécution remarquable. Ligier se plaisait à soigner ainsi les ornements accessoires. Sous la cotte armoriée, René est revêtu de l'armure complète des hommes d'armes du xvi*" siècle, cotte de mailles, brassards, cuissards, etc.

Claude de Baudoche repose à côté de son époux. Ses traits réguliers sont empreints d'un pieux et doux sentiment de résignation. Son costume, 1res simple, est traité avec cette largeur et cette sobriété sévère qui est un des traits caractéristiques du talent de Ligier. Une coiffe, à la Marie Stuart, entoure le visage en cachant les cheveux. La robe, fermée au menton, est couverte d'une pèlerine qui s'arrête sous les bras et est

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échancrée sur la poitrine. Un long rosaire pend à son côté. Les deux époux ont la tête un peu relevée par un coussin.

Ces figures ont une longueur de i"\/S. Elles sont en pierre de Saint- Mihiel, à laquelle un bain d'encaustique a donné une patine brillante. Un lion et une levrette, aux pieds de ces nobles personnages, n'ont point le caractère héraldique oblige pour ces sortes d'accessoires. Ils sont l'œuvre du sculpteur qui a restauré le bout des doigts du chevalier et l'extrémité des solerets de son armure. Sauf ces restitutions modernes, les statues sont très bien conservées.

M. Léon Germain attribue aussi à Ligier Richier les Corps gisants de Claude de Lorraine, duc de Guise, mort en i5 5o, et d'Antoinette de Botirbon, sa femme, qui se trouvaient à leur tombeau de l'église Saint- Laurent de Joinville'. Cette opinion est fondée sur l'affirmation de M. Taylor, qui indique Richiel ou Richier, comme étant le nom d'un des trois sculpteurs qui travaillèrent au tombeau du duc de Guise. Ces Corps gisants ont été détruits en 1792. Nous ne pouvons, dès lors, contrôler l'opinion de M. Léon Germain qui, nous le reconnaissons, est appuyée par des arguments très ingénieusement présentés.

I . Léon Germain, De la collaboration de Ligier Ricliier au tombeau de Claude de Lorraine, à Joinvillc. Extrait des Mémoires de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bar-le-Duc, t. IV, 2" sJric. i883.

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