LA PAMOISON DE LA VIERGE I
un peu plus de recherche que dans les autres œuvres. Les formes sont plus nettement accusées et l'on sent, dans le sobre agencement des plis, un réel souci d'harmonie et d'élégance.
La tête est couverte d'un voile carré dont la large saillie projette sur le visage, encadré d'une guimpe tombant sur la poitrine, une ombre qui vient encore en augmenter l'expression douloureuse. Une robe étroite, moulée sur le buste, et dont la partie inférieure est enveloppée presque tout entière dans les sobres plis d'un ample manteau largement jeté en arriére, descend jusque sur les pieds. Ces derniers sont chaussés de sandales ; un seul est visible, et il ne touche le sol que par l'extrémité des doigts. Les manches de la robe, serrées aux poignets, se relèvent pour former une sorte de parement légèrement évasé et bordé d'un étroit galon. A la taille est fixée une longue ceinture, nouée avec une élégance toute florentine, dont les plis flottants et ondulés retombent sur le devant de la jupe.
Debout en arriére, arc-bouté sur lui-même afin de maintenir avec plus de force la Vierge qui s'abat, saint Jean la soutient de ses deux mains passées sous les aisselles. Certains critiques ont trouvé ce geste un peu osé et même irrévérencieux ; nous nous contenterons de le trouver maladroit, surtout la pose de la main gauche qui pourrait être plus heureuse. Le visage de l'apôtre, calme malgré la contraction amenée par l'effort, demeure respectueux et grave; son expression est cherchée et complexe. De longs cheveux tombent sur son front et de chaque côté de sa figure, qu'ils encadrent de leurs mèches bouclées. Les traits plus adoucis, moins frustes qu'à Génicourt, offrent néanmoins un caractère d'individualisme assez marqué. Ils sont aussi plus réguliers, plus fins, plus distingués si l'on veut, mais le type, en tous cas, demeure tout à fait réel.
144 LIGIER RICHIKR
Saint Jean porte une longue tunique, boutonnée au col, retombant en plis droits, assez secs et même un peu lourds, qui rappellent le premier style de Ligier. Elle est recouverte d'un manteau très ample, posé transversalement sur le corps ; un nœud bouffant, traversé par une agrafe en forme de boucle, en rattache sur l'épaule droite les deux extrémités. Contrairement à ceux de la Vierge, les pieds de l'apôtre sont chaussés.
De grandeur naturelle, les personnages de ce groupe, taillés dans des blocs de noyer, étaient primitivement peints. « La robe de la Vierge, lisons-nous dans un ancien mémoire, était d'un bleu foncé orné de fleurons et d'entrelacs d'or, son voile était blanc comme un fin tissu de lin. La tunique de saint Jean était brune; son manteau, vert à l'extérieur, était rouge intérieurement et ses cheveux paraissaient noirs {'). » Ainsi enluminée, cette composition si bien harmonisée, si pure de lignes et que son naturel et sa beauté simple doivent faire placer au premier rang parmi les oeuvres dont notre art national peut à bon droit s'enorgueillir, devait produire un effet beaucoup plus impressionnant encore.
Malheureusement, dans la fragile matière où Richier avait taillé ses images, le temps, aidé par les vers, avait fait son œuvre. Une destruction complète semblait, à brève échéance, menacer le groupe de l'Abbatiale, si bon ordre n'y était mis. On imagina alors de l'imprégner d'une couche d'huile chaude, légèrement teintée à la céruse, espérant ainsi remédier aux causes qui menaçaient son existence. L'avenir dira la valeur du procédé, mais on ne peut que regretter, à notre avis, une restauration qui, en supprimant la polychromie, a modifié l'œuvre d'une façon aussi complète.
I. Magasin pittoresque, 17° annte, 1849, p. 64. Article attribué à Justin Bonnairc.