‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 108 sur 269 · CALVAIRE DE BRIEY — LF.S LARRONS I · texte numérisé non relu

CALVAIRE DE BRIEY — LF.S LARRONS I

le visage et les cheveux en désordre s'enlèvent par larges mèches sommairement traitées. La pose est plus naturelle, le corps plus tombant, les jambes liées beaucoup plus bas. Le linge des reins est composé d'un simple carré d'étoffe jeté en avant et retenu par une corde passée autour du corps en forme de ceinture.

La tête du mauvais larron est également très forte. Violemment rejetée en arriére, ainsi que tout le reste du corps, elle semble, dans un mouvement de répulsion suprême, se détourner du Christ, dont le calme abandon forme un saisissant contraste avec cette pose violente et tourmentée. Alors que les traits du bon larron, doucement détendus, expriment le calme, la résignation et la confiance, ceux de son compagnon de supplice, contractés et fermés, indiquent le mépris et presque la haine. Sa mort, on le sent, fut celle d'un réprouvé. Le visage est dur, le nez fort et busqué ; la barbe rude et iacuhe se confond avec les mèches d'une chevelure en broussaille. Les lignes du corps sont massives et noueuses ; un modelé sec, nerveux, mais merveilleusement assoupli, accuse les saillies des muscles. Le linge des reins, toujours fixé au moyen d'une corde, est d'une exécution remarquable. Une de ses extrémités retombe au-dessous du nœud et, passée sous la cuisse gauche, elle s'échappe en arrière dans une envolée superbe dont l'ampleur et la finesse confinent de bien près à la réalité. Le bras droit de cette figure, singulié. rement posé, comme on peut le remarquer, ne rappelle en rien ce qui se voit à Bar, où il retombe en arriére de la traverse du tau. C'est, croyons-nous, uniquement le fait d'une restauration mal comprise, exécutée peut-être dans le but de faire disparaître une saillie gênante, empêchant d'appliquer la croix contre la muraille.

De profondes entailles se voient sur les cuisses de ces deux personnages ('). L'artiste a voulu rappeler ainsi le moyen que les bourreaux employèrent pour hâter la mort des deux larrons. On leur « rompit les jambes », disent les récits évangéliques ; ce qui, pour les commentateurs du Moyen Age, signifiait qu'on leur trancha les veines des jambes et qu'ils moururent d'hémorragie.

La Vierge et saint Jean, debout à droite et à gauche de la croix, rappellent, au strict point de vue du type et du costume, les figures étudiées à Génicourt. Les mêmes modèles ont dû inspirer et guider le statuaire. Mais, ainsi que nous le faisions remarquer en commençant, le sentiment qui s'en dégage est tout à fait différent. Ce n'est plus cette fois, surtout pour la Vierge, la résignation, l'abandon à une volonté supérieure connue et acceptée, mais une sorte de crispation douloureuse imprimée à tout l'ensemble du personnage, dénotant une émotion intense, moins contenue que partout ailleurs, et dont l'effort est peut-être trop visiblement traduit.

La strophe liturgique, Stal)at Mater dohrosa, juxta crucem lacrymosa, dum pcndchat Films, a servi de thème à l'artiste. Son personnage se tient debout, à droite de la croix, dans une pose qui accuse de la désolation et de l'abattement. La douleur est exprimée dans toutes les lignes : par le regard ; par les traits tendus et comme congestionnés par les larmes ; par le geste des bras serrés, croisés contre la poitrine ; par le crispement des doigts ; par l'attitude vacillante et par une sorte de tremblement convulsif qui paraît agiter tout le corps.

L'ensemble de cette figure demeure aussi modeste, aussi

I. Une Crucifixion du milieu du quinzième siècle, provenant de l'église Saint- Martifi et d'auteur inconnu, aujourd'hui au musée de Colmar, présente la même particularité. (Communication due à l'obligeance de M. Paul Perdrizet.)

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