‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 109 sur 269 · CALVAIRE DE BRIEY — LA VIERGE ET SAINT JEAN I · texte numérisé non relu

CALVAIRE DE BRIEY — LA VIERGE ET SAINT JEAN I

simple qu'à Gcnicourt, et le vêtement reste le même. Un voile à large saillie enveloppe la tête de la Vierge ; une guimpe enserre le visage ; une robe étroite tombe en plis tuyautés sur les pieds chaussés de larges pantoufles à bouts arrondis. Un geste presque identique, mais plus pathétique encore, ramène sous les bras les pans de l'ample manteau jeté sur les épaules, et leurs plis harmonieux, ramassés par ce mouvement de navrante détresse, accentuent avec une puissance étonnante le dramatisme de la figure. Jamais jusqu'ici l'art de Ligier ne nous a paru aussi poignant.

Le saint Jean, dans l'intention du statuaire, devait nous produire la même impression que la Vierge, mais il n'y réussit pas. On se demande, en le voyant, quelle pouvait bien être la pensée de l'artiste pour risquer une pareille représentation et surtout pareil geste.

L'apôtre est debout, le corps un peu rejeté en arriére, la tête levée dans la direction de la croix. Richier l'a vêtu de cette longue tunique, boutonnée au col et aux manches, dont nous avons déjà rencontré tant d'exemples. Elle est recouverte d'un manteau posé transversalement sur le corps, enveloppant l'épaule ainsi que l'avant-bras droit, et noué sur la hanche gauche au moyen d'un gros nœud. La main droite ouverte, les doigts écartés, s'appuie sur la région du cœur, tandis que la gauche, dissimulée sous la retombée du manteau, se trouve placée à la hauteur du pubis. C'est le geste, trivial, avouons-le, de contenir l'irrésistible envie d'uriner consécutive à une violente émotion, et dont le naturalisme, hardi à l'excès, ne paraît avoir nullement choqué le sculpteur. Résolu à traduire un profond chagrin, il n'a point hésité à en rappeler l'effet le plus ordinaire. Le mouvement de son personnage traduit la faiblesse de la nature avec un réalisme fort cru, et je ne

Ijé LIGIER RICHIER

sais si la chute du manteau voilant la main tacheté, d'une façon aussi heureuse que le disait Gaston Save ('), la vulgarité de la pose. Le visage du saint Jean de Briey ressemble beaucoup à celui de Génicourt. Les lignes en sont moins contractées que celles du visage de la Vierge ; mais la même expression douloureuse, relevée encore par le geste et l'attitude, s'y dessine visiblement. La sixième et dernière statue du groupe de Briey représente Marie-Madeleine, tournée vers la gauche, et à demi agenouillée sur le sol. Le buste porté en avant, elle se penche et tend à demi les bras, joignant presque ses mains grandes ouvertes comme pour embrasser la croix ou les pieds de Jésus. La tête est découverte, un peu relevée ; une opulente chevelure Hée sur la nuque laisse tomber ses tresses ondulées jusqu'au-dessous de la ceinture. L'ensemble de la physionomie, aux lignes régulières et fines, dénote un attendrissement et une compassion profonde. Une longue pièce d'étoffe, jetée en forme de manteau, est posée sur le bras gauche d'où elle descend sur la partie inférieure du corps, drapant à peine la cuisse et produisant une chute de phs d'une facture large et souple. Une robe très simple dessine sous les sobres replis de sa draperie les formes, visiblement alourdies par la grossesse, de la pécheresse repentie C), et un corsage ajusté sur le

1. Cf. Léon Germain, « Le Calvaire Je Briey ». Bull. Soc. Archéol. lorr., octobre 1903.

2. Un examen approfondi de cette figure, fait en compagnie d'un médecin de nos amis, nous a permis de const.iter, comme nous le disons, que l'artiste avait représente une femme arrivée à une période avancée de la grossesse, dont il a très crûment rendu non seulement les déformations de la taille, mais aussi l'épaississement des lignes du visage. L'œuvre ayant été exécutée entre 1533 et 1534, et un fils étant né à l'artiste à peu près vers ce temps, on peut penser que c'est peut-être sa femme qui lui a servi de modèle. Mais il est tout au moins singulier de la rencontrer ici en pareil état, surtout dans le rôle de la Madeleine. L'idée est plus qu'étrange et dénote, chez Richier, une singulière liberté d'allures et d'esprit.

{Phot. de l'auteur)

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