XVIII INTRODUCTION
paru vers la fin de l' année i88j, marque une étape importante. Nous avons, cette fois, non pas une brochure de quelques pages comme tons les travaux publiés jusqu'alors, mais un volume compact qui réunit et condense tout ce qm, jusqu'à lui, a été dit et fait sur la question. Il s'augmente d'aperçus nouveaux, recherche et signale, avec une patience et une minutie méritoires, un grand nombre d'œuvres ; certaines sont rapportées à Ligicr, d'autres à ses descendants. Malheureusement pour lui, l'auteur était peu fait pour une semblable tâche; il manquait de sens critique et, plus encore peut-être, de sens esthétique. Il avait surtout une imagination vive que la réflexion ne venait pas toujours arrêter à propos. Emporté par elle, il est parfois allé bien loin — des rives de la Meuse à celles de la Sarthe — et a vu des œuvres de Richier là où tout lui interdisait d'en rencontrer.
Son point de départ, d'ailleurs, est faux. Aussi crédule que dont Calmet, il tient pour vraies la plupart de ses légendes. Puis, en se basant sur un passage de Dunwnt — au fond tout opposé à cette thèse — il brode et amplifie encore sur certains détails, principalement sur celui des trois frères. De là est sortie, sans la moindre apparence de justesse, une classification d'œuvres d'art absolument arbitraire, qui prouve l'esprit ingénieux de l'auteur, nuiis ne plaide guère en faveur de son jugement et de sa compétence artistique.
Pour l'ahbé Souhaut comme pour fiislin Bonnaire — et le travail de ce dernier a beaucoup servi au premier qui l'a eu longtemps entre les nuiins — Ligier Richier est un génie à nul autre pareil, éclos soudainement dans un milieu barbare, où jusqu'à lui les arts étaient inconnus. Il prend sous sa plume des allures de héros; il possède tous les talents; toutes les qmlités et les vertus sont son partage. Aussi, quel chagrin ce dut être, pour le digne prêtre, larsqu'il lui fallut reconnaître, à la suite des découvertes faites à Genève, que son cher Ligier avait fini ses jours dans la religion de Calvin.
Rendons toutefois justice à l'abbé Souhaut : il a fait preuve de bemi-