TOMBEAU DE PHILIPPE DE GUELDRES
n'a, pour cela, renoncé à Aucun de ses moyens ordinaires, pas plus qu'à la matière qu'il avait coutume d'employer. Se servant de l'encaustique qui lui était habituelle, il a su donner, à la figure et aux mains de sa statue, entièrement taillée dans la pierre fine de Saint-Mihiel, un ton mat et cireux qui rend assez bien la teinte cadavérique. La guimpe et la couronne sont traitées de même, mais dans une nuance plus blanche et plus claire. Pour le reste du costume, robe et voile, la même encaustique broyée avec du noir a donné la teinte naturelle. Un poli général a terminé ensuite le travail de la pierre qui a pris, à l'aide de ce procédé, un brillant et des reflets qui lui donnent l'apparence du marbre.
Ainsi complétée, cette statue, pour laquelle on pourrait peutêtre reprocher à Richier d'avoir trop servilement copié le cadavre, produit un effet saisissant. On croirait presque, tant il semble s'être appliqué à pousser loin l'illusion, avoir sous les yeux la dépouille mortelle de la pieuse duchesse, telle que la virent les membres de sa famille et les religieuses de son couvent qui, jusqu'à l'ensevelissement, « demeurèrent auprès de la saincte dame, regardant comme elle était belle et semblait qu'elle dormît » ('). On y reconnaît aussi sans peine le portrait que nous en a laissé sa biographe et qui nous la représente comme une des personnes les plus accomplies de son temps : « belle et grande et moult droicte, ayant la face belle et plaisante n. »
Que d'art néanmoins dans cette copie, de science et d'arrangement précis dans ce vêtement de pierre qui modèle du rythme harmonieux de ses amples plis, savamment étages, le cadavre dont il dissimule les lignes forcément sèches et raides.